Pour ceste derraine glose sourdy grande tumulte entre les femmes illec

assembleez tant de rire comme de parler toutes ensemble/ et ne sembloit

autre chose fors que ce fust un marchié de hire hare sans ordre et sans

voloir entendre l'une l'autre ne atendre la fin de leurs raisons

pourquoy quant je vey ceste confusion je ploiay mon papier/ estouppay et

serray mon escriptoire/ remis ma plume en mon coffin/ et me levay me

cuidant embler d'elles/ mais tantost je fus apperceus d'aucunes d'elles

qui me retindrent a toute force et pour moy firent aucun pou de silence

qui gaires ne dura. en laquele elles me prierent que l'endemain

voulsisse retourner entr'elles a l'eure acoustumee affin de parfurnir/

et achever leur intencion et la chose encommencee/ et pour mettre par

escript le residu des euvangiles de dame berthe de corne qui estoit la

derraine assemblee qu'elles devoient faire/ et ou elles devoient

conclurre et faire fin de leurs articles. Moy considerant le commun

proverbe qui se dit. Que qui sert et ne parsert son loyer pert: leur

ottroiay leur requeste liberalement. Et aprés congié pris d'elles me

parti. et m'en alay reposer/ car la teste avoie fort vuide pour les

raisons traversaines d'elles que mon entendement n'avoit peu comprendre.

Si les laissay illecques trousser leurs bagues et leurs quilles et m'en

alay reposer.

La continuacion de la serie du vendredy a celle du sammedy.

Le samedy soir environ six heures aprés le salve de nostre dame/ et que

j'eus prise assez legiere refection tant pour l'onneur du jour comme

pour l'affeccion que j'avoie pour veoir et oyr a quel fin prenderoient

noz dames conclusion de leurs euvangiles: je aprés que j'eus prises mes

agoubilles/ papier plume/ et enchre me transportay ou lieu ou le soir

precedent avions assemblé.

Et moy illec venus me assis en mon lieu acoustumé/ pluiseurs des

escolieres estoient desja venues qui commençoient a desvuider et haspler

leurs fuseez. car filer ne povoient pour l'onneur du samedy et de la

vierge marie. je n'eus illec gaires sejourné quant vint dame berthe de

corne acompaignie de pluiseurs de ses amies et voisines pour son

euvangile lire et continuer comme a ce faire estoit esleute. Mais avant

que je procede a ses chappitres: je vueil descripre aucune chose de sa

genealogie et venue.

Dame berthe de corne estoit de l'eage environ de .iiii.xx. ans ou plus

fille avoit esté de regnaut de corne sage homme a merveille qui en son

temps avoit estudié a toulette en l'art de gramaire et en geomancie:

depuis avoit esté a montpellier ou il avoit estudié en medecine/ et

ceste art fut dont il vesqui toute sa vie et introduist dame berthe sa

fille en laquelle elle prouffita moult/ et s'en vesqui depuis en

tapinage assez honnestement. Elle doncques assise en son siege et

silence obtenue commença son euvangile en ceste maniere.

Mes bonnes amies et voisines puis que mon tour est venu que je vous doy

faire fin et conclusion de l'euvre par mes dames encommencé: je a mon

povoir traitteray de la science que j'ay aprise qui touche medecine. et

m'en acquiteray au mieulx que porray. Si vueilliez diligemment entendre

et les retenir car elles sont dignes d'estre mises en vostre memoire.

Le premier chappitre.

Et pour mon premier chappitre je vous dy qui a les fievres et il june le

premier dimence aprés le premier jour qu'elles l'auront pris sachiez

pour vray qu'elles le laisseront.

Le second chappitre.

Cellui qui aura les fievres tierces et il porte a son col en un petit de

soie les haulz noms lyez sans doubte il en garira.

Le tiers chappitre.

Se vous avez mari rebelle et qui ne vous vueille baillier argent a

vostre besoing prenez le premier neu d'un festu de fromment cueillie

auprés de terre la nuit sainct jan tandis qu'on sonne nonne/ et icellui

boutez ou trou du coffre ou lieu de la clef: et sans faulte elle

s'ouvrira.

Le quart chappitre.

Cellui qui a les fievres quartaines face tant qu'il treuve le tesffle a

quatre fueilles/ et s'en desjune par quatre jours/ et pour vray elles le

laisseront.

Le .v.e chappitre.

Femme qui est malade de la rougereule doit prendre de l'eaue qui aura

esté benoite le dimence et d'icelle en faire un chaudeau et en humer/ et

pour certain elle en garira.

Le .vi.e chappitre.

Pluiseurs gens parlent de la maladie des fievres blanches qui gaires ne

scevent que c'est/ mais elles sont pires que doubles quartes. touteffois

se pevent elles garir par faire une souppe ou vaissel sainct george.

Le .vii.e chappitre.

Pour garir fievres continues il fault escripre trois les premiers mos de

la paternoster sur une fueille de sauge nostree et icelle mengier par

trois matineez et il garira.

Le .viii.e chappitre.

Se une femme se mespasse le pied telement qu'il soit estors et comme

hors du lieu. il convient que son mari voise en pelerinage a monseigneur

sainct martin pour sa santé et qu'il raporte des lavemens du pied du

cheval sainct martin. et d'iceulx lavemens en lave son pied et tantost

elle garira.

Le .ix.e chappitre.

Se une femme est malade des varoles il convient que son mari achate un

noir aigneau de l'annee et qu'il couche et lye sa femme en la peau

d'icellui agneau toute chaude/ et qu'il face son pelerinage et offrande

a saincte arragonde et pour certain elle en garira.

Le .x.e chappitre

Se un cheval s'est estors la gambe ou le pied/ il convient le

chevauchier vers l'ostel du prestre et le appeller pardehors et sans

parler a lui tantost s'en retourner et pour certain le cheval yra tout

droit comme devant sans sentir aucune douleur.

Le .xi.e chappitre.

Je vous diroie merveilles des chevaux et de leurs medecines. Mais pour

ce que les hommes ne le prengnent a leur prouffit/ je m'en tairay et

parleray d'autre chose/ mais touteffois je vous vueil bien aincoires

tant dire que quant vous veez un cheval si terrible qu'il ne vuelt

souffrir qu'on monte sur lui/ ou ne veult entrer en un navire/ ou sur un

pont/ dittes lui en l'oreille ces parolles. Cheval aussy vray que

meschine de prestre est cheval au dyable/ tu vueilles souffrir que je

monte sur toy. Et tantost il sera paisible et en ferez vostre volenté.

Le .xii.e chappitre.

Mes amies et voisines aincoires vous dy pour verité que se un homme

avoit sur lui ou portoit en bataille la petite peau qu'il apporte du

ventre sa mere: sachiez qu'il ne porroit estre blechiez ne navrez en son

corps.

Glose. Lors sourdy une vielle matrone d'entr'elles nommee jehanne tost

vestue/ et dist oyant toutes que se un homme portoit sur lui quant il

doit aler en bataille les haulz noms qui sont telz.

Tart y va

loing te tien.

S'on s'i combat/

si t'en revien.

que jamais bleschiez ne seroit en la guerre.

Le .xiii.e chappitre.

Je ne me puis retraire de toudis parler des choses a l'avantaige des

hommes/ et si sçay bien que de nous ne font gaires de compte/ car ilz

tiennent leurs parlemens et gengle de nous toudis en la reproche de

nostre sexe mais tant vous vueil aincoires bien dire que a femmes qui a

nouvellement pris les fievres s'elle oingt tous ses conduis de miel le

premier jeudy aprés qu'elles les aura eues: sachiez qu'elle en sera

quitte et delivre.

Le .xiiii.e chappitre.

Quant vous voyez arondelles faire leur nyd en aucune maison sachiez que

c'est tout signe de povreté. Et se les moissons y font leur nyd/ c'est

signe de prosperité et de toute bonne fortune.

Le .xv.e chappitre.

Je vous dy aincoires pour verité que qui veult boire de toutes manieres

de vins et avec toutes manieres de gens sans estre yvre sachiez qu'il ne

fault que se desjuner d'une pomme sure au matin et boire un trait de

fresche eaue et sans faulte il ne sera ce jour yvre.

Glose. Joly treu le fille de mouscaille dist a ce propos que son pere

pour vin qu'il beust oncques ne fut yvre/ mais il reclamoit tousjours

sainct nycolas en toutes ses requestes.

Le .xvi.e chappitre.

Mes amies pour la conclusion finale de mon euvangile/ ensemble pour

l'onneur du saint dimenche qui nous approche/ je vous vueil dire un

merveilleux secret que pou d'hommes scevent. je vous dy pour certain que

les cygoignes qui en l'esté se tiennent en ce pays et en yver s'en

retournent en leur pays/ qui est entour le mont de synay: sont pardela

creatures comme nous. Et qu'il appere qu'elles ayent raison elles

donnent tousjours et paient leurs dismes a dieu quant elles ont fait des

petis de l'un d'iceulx.

Glose. A ceste conclusion affermer se leva dame abreye l'enfflee vielle

a merveilles/ et dist qu'il estoit vray ce que dame berthe de corne

avoit dit. Car elle avoit souvent oy dire a son tayon/ clais van triere

que quant il avoit esté a sainte katherine du mont de synay/ et en

passant les desers avoit perdu par mortalité toute sa compaignie/ il vey

de loing une creature a laquele il ala et commença a demander son chemin

en flameng. Celle creature lui respondi tantost et lui enseigna son

chemin et de fait ala longuement avec lui. Et lui devisa tout son estat/

et comment elle estoit cygoigne par deça/ et faisoit son nyd en flandres

sur l'ostel de son voisin. Clais qui ceste chose ne voloit croire lui

pria qu'elle lui baillast certaines enseignes affin que s'il povoit

jamais retourner ou pays qu'il la remerciast de sa courtoisie. Adont la

cygoigne tira un annel d'or qu'elle avoit recueillie en la place delez

sa maison et lui monstra/ et tantost que clais le vey il le recongneut/

car c'estoit l'annel duquel il avoit espousé mal cenglee sa femme. La

cygoigne lui rendy son annel par tel si qu'il deffenderoit aux porchiers

et vachiers de son hostel qu'ilz ne lui feissent plus de moleste comme

paravant ilz avoient acoustumé a faire. Et aprés ces promesses prist mon

tayon congié et s'en retourna a bruges ou depuis vesqui si bien qu'il

estoit gros de .xiiii. palmes de tour quant il morut.

* * * * *

Grande risee fut illec faitte de toutes les assistentes/ que desja

avoient lavé leurs cheveulx et desvuidié leurs fuseez/ et estoient

prestes de trousser leurs quilles et agoubilles dont je fus moult

joyeux/ car certes je m'en commençoie fort a taner/ pour ce que ce

qu'elles avoient dit me sembloient choses toutes sans aucune raison ou

aucune bonne consequence/ comme j'avoie au commencement pensé. Mais pour

me monstrer non parcial ne aussi vilipendeur ne despriseur de leurs

volentez/ je a demy chiere joyeuse/ et non pas trop attendi entr'elles

quele fin elles metteroient en leurs euvangilles et auctoritez: et

comment mon honneur sauvé je prenderoie congié d'elles. Il n'estoit

aincoires apparent que silence fust entr'elles/ pourquoy je me mis en la

veue d'elles affin que par mon regard elle eussent aucune vergoingne et

honte de leur affaire que certes estoit moult desriglé comme d'une

bataille faillie. Enfin les six qui avoient esté inventeresses et

presidentes toute la sepmaine vindrent vers moy/ et me remercierent

moult de la paine que prise avoie pour elles/ et pour mon salaire me

promirent ayde se les requeroie de me avanchier envers quelque

damoiselle. Dont je les remerciay en moy excusant par une auctorité

joyeuse qui se dist communement. C'est que quant un cheval va boire sans

qu'on lui maine/ et un homme va a complie atout un baston: Certes ces

deux ont passé leur temps: de ces deux bestes j'en suis l'une.

Conclusion de l'acteur.

Vous messeigneurs et mes dames qui cest petit traittié lirez/ ou avez

leut prenez le en passetemps d'oyseuse je vous prie/ et n'ayez regard a

aucun des chappitres quant au regard d'acune apparence de verité ne

d'aucune bonne introduction/ mais prenez le tout estre dit et escript

pour demonstrer la fragilité de celles qui ainsi se devisent souvent

quant ensamble se treuvent. Et aincoires plus en ay oy d'elles/ mais il

doit souffire quant a present/ pour ma part un autre vendra qui les

augmentera.

Note sur la transcription.

On reproduit dans cette version électronique le livre coté Res-Ye-92 de

la Bibliothèque nationale de France, édité vers 1479-1482 par Colard

Mansion.

On a conservé l'orthographe, la ponctuation et l'usage des majuscules de

l'original. Pour le confort de lecture, on a cependant résolu les

abréviations par signes conventionnels, introduit apostrophes, accents

et cédilles, et distingué u/v et i/j selon l'usage.

Seules les coquilles manifestes (par exemple: qne > que) ont été

corrigées.

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Les évangiles des quenouilles · 第 3 / 3 段