Le .xxiii.e chappitre.

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Cy commence le traittié intitulé les euvangiles des quenoilles faittes a

l'onneur et exaucement des dames.

Maintes gens sont au jour d'huy qui alleguent et auctorisent leurs

parolles et raisons par les euvangilles des quenouilles qui gaires ne

scevent de quele importance et auctorité elles sont ne qui en furent les

sages doctoresses et premieres inventerresses. Et aincoires qui pis est

les alleguent plus par derrision et en mocquerie qu'ilz ne font par

affection qu'ilz ayent a la grande substance qu'elles contiennent. Et ce

font ilz tousjours en l'amoindrissement et reboutement des dames dont

c'est pechié et grant honte pour ceulx qui ainsy le font.

Car ilz ygnorent la grande noblesse des dames/ et les grans biens qui

d'elles procedent. Car pour ce que la premiere femme fut faitte et cree

en lieu hault et noble plain de net et pur air pour ce sont toutes

femmes naturelement nobles/ nettes/ douces/ courtoises/ et plaines

d'esperit legier et inventif et si tressoubtil: que a bien pou d'ayde

elles scevent pluiseurs choses avenir. Car les passeez et presentes

scevent de leur propre nature selon les conjectures et dispositions des

temps des personnes des auguremens des oyseaulx et des bestes et brief

de toutes autres creatures comme il apperra ou procés de ce livre.

Or est ainsi doncques que pour obvier a teles injures et teles

mocqueries mettre a neant/ et par contraire exauchier les dames et leurs

euvangiles verifier: je qui de pieça et mesmes des mon enfance ay esté

leur humble clerc et serviteur/ et dont des biens que d'elles ay receus

assez ne me sauroie loer/ je a la requeste d'aucunes mes treschieres/ ay

comme cy aprés porrez veoir mis par escript et en ordre ce petit

traittié qui contient en soy le texte des euvangiles des quenouilles

ensemble pluiseurs gloses et postiles y adjousteez et esclarciez par

aucunes sages dames desqueles les noms seront cy ensiuvant mis et

escrips.

Les noms des dames qui firent le texte des euvangiles des quenoilles.

Pour entammer doncques ceste euvre il est tout notoire a tous bons et

vrais catholicques que pour mettre et redigier par escript a la memoire

perpetuele des crestiens les saintes et vraies parolles/ ensambles les

vertueuses euvres et fais de nostre benoit sauveur et redempteur jhesus

crist/ et de ses sains apostres/ furent esleus quatre preudhommes

d'entr'eulx plains de verité et vertus pour faire cestui sainct mistere

qui se nomment euvangiles par les escriptures lesqueles la vraye et

sainte foy catholique est tenue/ enluminee et corroboree/ et sera

jusques en la fin des siecles.

A semblable doncques pour verifier et mettre en en avant les parolles et

auctoritez des femmes de jadis/ affin aussi de les nom perdre ne

telement evanouyr que la memoire ne puisse estre fresche et recente

entre celles du temps present et de cellui ont esté trouveez six

matrones sages et prudentes pour reciter et lire lesdittes euvangiles

des quenouilles en la maniere que cy aprés sera declairié.

Et pour ce que en tout tesmoingnage de verité il convient trois femmes

pour deux hommes: pour faire et acomplir doncques le nombre desdiz

quatre euvangelistes il a convenu que six femmes aient esté empeschiez

de faire cestui euvre pour plusgrande approbacion de verité. desqueles

les noms se ensuivent.

La premiere fut nommee dame ysengrine du glay.

La seconde estoit appellee dame transeline du croq.

La tierce eut nom dame abonde du four.

La quatre fut appellee dame sebile des marez.

La quinte eut nom dame gomberde la faee.

Et la sixiesme eut nom dame berthe de corne.

Ces six dames furent si tressaiges en leur temps que se ce eust esté

pour conjurer un bleu dyable ou pour le loyer dessus un coussin: si

estoient elles assez expertes et habilles.

Qui fut la premiere femme qui mist avant ces euvangiles. Et comment le

composeur de ce livre fut constraint de faire cest euvre.

Selon ce que je treuve es anciens registres ces euvangiles furent

commenceez des les premiers et second eages du monde ou temps que

regnoit le fort et puissant roy zoroastes qui fut le premier qui trouva

l'art de nygromancie/ de laquele art il monstra et enseigna partie a la

royne sa femme nommee hermofrodita. et laquele depuis fist de beaux

principes pour le commencement de ces euvangiles. mais elles ne furent

de son temps acheveez. ains d'eage en eage/ et de siecle en siecle elles

ont esté multiplieez/ et par legiers espris infusez es corages des

prudentes femmes chascunes en son temps selon les auguremens et signes

qu'elles povoient concevoir et veoir tant en la terre comme en l'air.

Et depuis ce temps n'a esté aincoires aucun/ voire que j'aye sceu ne qui

soit venu a ma congnoissance qui ait volu prendre la paine de les mettre

par escript ou en registre/ au moins le tout/ ne par ordre/ mais ce tant

pou que fait en a esté/ ce a esté confusiblement et par pieces puis cy

puis la sans tenir aucun ordre. et aincoires ce que fait en a esté/ ç'a

esté plus par derrision et mocquerie que autrement et toutesfois elles

ne deffaillent pas de grant mistere. Et pour vous donner a cognoistre

comment je suis venu en ceste temeraire et presumptueuse hardiesse et

outrecuidance que de vouloir escripre et mettre par ordre cest euvre: il

est verité que un soir aprés souper/ pour cause d'esbat et de

passetemps/ es longues nuis entre le noel et la chandeleur derrain

passé/ je me transportay en l'ostel d'une assez ancienne damoisselle

assez prez ma voisine ou j'avoye acoustumé d'aler souvent deviser/ car

pluiseurs des voisines d'environ venoient illec filer et deviser de

pluiseurs menus et joieux propos dont je prenoie grant soulas et

plaisir. mais pour ceste fois estoient illec les six dames assambleez

qui moult fort estoient empeschiez de diverses raisons/ et souvent de la

grant haste qu'elles avoient de dire leurs propos: elles anticipoient

l'une l'autre et parloient toutes ensemble.

Moy aucunement honteux de ceste ma soudaine avenue entr'elles/ me voulz

retraire arriere et pris congié d'elles en moy deportant d'illec. Mais

soudainement je fus d'elles rappellez et de fait arrestez par la robe

par l'une d'elles dont moitié force moitié requeste je retournay et

m'assiz entr'elles et leur priay moult humblement qu'elles me

pardonnaissent de ce que si francement et si baudement me estoie embatus

entre elles.

L'une prist la parolle pour toutes les autres. et me dist que vrayement

je leur estoie le tresbien venus et le mieulx que homme qu'elles

sceussent en ce monde. et qu'il leur sembloit que dieu m'avoit illec

amené pour estre en leur ayde attendu le fait en quoy elles estoient

pour ceste heure occuppeez et empeschiez/ et que mieulx leur drescheroie

leur euvre et concept veu que autreffois en autres matieres avoie

escript des dames fort a leur honneur. et aincoires de present me

prioient que le pareil voulsisse faire a cestui leur tresgrant besoing/

et elles en temps oportun par elles ou par leurs successeurs me feroient

tele remuneracion que jusques a souffire/ me priant en oultre que

voulsisse entreprendre de mettre par escript un petit volume qui pour

son nom prenderoit. les euvangiles des quenoilles en memoire et

souvenance perpetuele d'elles/ et a l'adreschement de toutes celles qui

vendroient.

Moy aucunement honteux de la loenge qu'elles me donnoient me cuiday

excuser. mais tantost je fus sy anticipez de parolles/ et de diverses

raisons enveloppez: que tout confus me convint entreprendre ceste

charge. En laquele s'il y a a redire ou aucune faulte/ ou mauvais

entendement: je vous supplie le me pardonner/ et laditte faulte imputer

a celles qui par si tresgrant haste le me disoient: que loisir ne temps

n'avoie aucuneffois les bien entendre/ ne ma main qui par vieillesse est

devenue pesante/ et mes yeulx obnubilez ne les povoient si hastivement

comprendre ne servir si tost qu'elles eussent bien volu.

Ceste charge doncques par moy ainsi prise les dames me remercierent

grandement/ et prindrent jour entr'elles et heure de retourner le

lendemain aprés souper. Et me chargierent que avec moy aporttaisse

largement papier et enchre et plumes car elles vouloient determiner de

haultes besoingnes.

L'ordonnance de cestui livre mise en termes par dame ysengrine.

L'endemain a heure assignee je furny de mes agoubilles me trouvay ou

lieu assigné ouquel estoient desja assambleez les six dames qui aprés

moy attendoient. Et elles de ma venue joyeuses comme par samblance elles

demonstroient/ aprés qu'elles me eurent preparé mon lieu pour a mon aise

oyr et escripre leurs oppinions et doctrines: l'une d'elles et la plus

ancienne nommee/ dame ysengrine du glay: commença a parler aprés licence

obtenue des autres ses compaignes les parolles qui s'ensuivent.

Mes treschieres voisines et compaignes en ceste vocacion vous voyez/ et

aussy il est tout notoire comment les hommes du temps present ne cessent

de escripre et faire libelles diffamatoires et livres contagieux

poingnans l'onneur de nostre sexe. Et touteffois attendu que eux et nous

sommes fais tous d'un ouvrier descendans l'un de l'autre. Et encoires

puis que dire le me convient sommes venues et descendues de plus hault

et plusnoble lieu qu'ilz ne sont/ et faittes de matiere plus nette et

plus clarifiee que eux: il m'est avis a correction de vous toutes que

bon seroit que a l'ayde de cestui nostre secretaire et amy nous feissons

un petit traittié des chappitres que volons tenir/ et mettre par ordre/

lesquelz depieça de noz grandes et anciennes meres ont esté trouveez

affin de les non mettre en oubliance et qu'il puisse venir entre les

mains de celles qui aincoires sont a a venir. Lequel traittié contendra

les chappitres des euvangiles des quenoilles/ ensemble les gloses que

aucunes sages et prudentes matrones y ont adjousté et aincoires feront

en multipliant le texte.

Et pour entrer en la matiere et mettre ordre en nostre commencement vous

savez qu'ilz sont six jours ouvriers en la sepmaine et nous sommes six

qui avons empris ceste besoingne/ et qui avons veu et oy recorder par

noz anciennes pluiseurs choses des viel et nouvel testament/ et

pluiseurs vraies et bonnes auctoritez. Si m'est avis en conclusion qu'il

seroit bon que a lundy prochain venant nous assamblissons en l'ostel de

maroie ployarde ou l'en a acoustumé de tenir la serie/ environ sept

heures du vespre/ et illec se c'est vostre avis l'une de nous commencera

sa lecture/ et ses chappitres recitera en la presence de toutes celles

qui illec seront assambleez pour les tenir et mettre en perpetuele

memoire.

Les assistentes tantost et sans autre deliberacion dirent toutes a une

voix que dame ysengrine avoit tresbien dit. Et de fait lui prierent

qu'elle voulsist entreprendre ceste charge de lire la premiere pour ce

lundy a l'eure assignee/ et elles sans aucune faulte y seroient et sy

prieroient aucunes de leurs voisines vielles et jones pour mieulx

auctorisier leur chappitre. Ceste charge prist moult volentiers dame

ysengrine et dist qu'elle en feroit son mieulx. En ce disant elle se

tourna vers moy et moult amoureusement me requist que son secretaire

voulsisse estre/ et pareillement de toutes les autres. et qu'elles me

feroient guerredonner par aucunes d'elles des plusjones et a mon chois/

duquel guerredon je les remercie/ et dont desja je me tiens pour

content.

L'ordonance de la premiere journee. et de la descripcion de dame

ysengrine du glay et qui elle fut.

Le lundy au soir environ entre sept et huit heures aprés souper

s'assemblerent lesdites dix dames/ ensembles toutes les voisines qui

accoustumé avoient d'y venir et pluiseurs autres qui y furent inviteez

qui aincoires n'y avoient esté pour oyr le mistere que illec faire se

devoit/ dame ysengrine du glay y vint acompaignie de pluiseurs de sa

congnoissance qui toutes apporterent leurs quenoilles/ lin/ fuiseaux/

estandars/ happles/ et toutes agoubilles servans a leur art. Et brief ce

sembloit a veoir un droit marchié ou l'en ne vendoit que parolles et

raisons a divers propos de pou d'effect/ et de petite valeur.

Le siege de dame ysengrine estoit preparé a un costé un pou plushault

des autres/ et le mien decosté elle devant moy un rondeau ou estoit

assise une lampe d'oile pour enluminer sur mon euvre/ et toutes les

assistentes avoient tourné leurs visages ou regart de dame ysengrine

Laquele aprés licence obtenue commença a parler en ceste maniere. Mais

avant que je commence escripre ses chappitres je vous veuil reciter

l'estat/ et la genealogie d'elle.

Dame ysengrine estoit eagie de .lxv. ans ou environ/ belle femme avoit

esté en son temps mais elle estoit devenue fort ridee. les yeulx avoit

enfonssez et la bouce grande et large/ cinq maris avoit eu/ sans les

acointes de costé. Elle se mesloit en sa viellesse de recevoir les

enfans nouvellement nez. mais en sa jonesse elle recevoit les grans

enfans. moult experte fut en pluiseurs ars. Son mari estoit asses jone

duquel elle estoit fort jalouse/ et dont elle faisoit souvent grandes

complaintes a ses voisines. Touteffois licence comme dit est obtenue/

elle commença son euvangille et prist son thume sur son mari en hongnant

et dist.

Cy commencent les chappitres de l'euvangile dame ysengrine du glay pour

le lundy.

Mes bonnes compaignes et voisines/ il n'est aucune de vous qui ne sace

que je prins mon mari josselin plus pour par sa beaulté que pour sa

richesse/ car povre compaignon estoit. Et vela je ne le vey ne hier ne

au jour d'huy/ dont j'ay grant doleur au cuer. Et certes il a grant

marchié des biens que mes maris ses predecesseurs ont parcidevant a

grande paine et doleur assemblez. je croi que ce sera ma mort.

Et a ce propos et pour le premier chappitre/ je dy pour aussy vray comme

euvangile que l'omme qui despent indeuement les biens qui lui viennent

de par sa femme et sans son gré et congié: il en rendera conte devant

dieu comme de chose emblee.

Glose. Sur ce chappitre dist une ancienne matrone nommee griele femme de

jehan joquesus. Certes cellui mari qui fait contre ce chappitre/ est mis

aprés sa mort ou purgatoire des mauvais maris en un baing plain de

soulphre ardant. s'il n'a faitte sa penitance en ce monde par les

hospitaux.

Le second chappitre.

Il n'est riens plus certain que le mari qui va au contraire de ce que sa

femme lui conseille et veut faire/ et qui la contredist de chose qu'elle

dye: il est faulx et desloyal parjur.

Glose. Certes dist gombaude du fossé j'en ay veu pluiseurs miracles de

ceulx qui ont transgessé ce chappitre. et mesmes mon parastre se rompy

la jambe pour ce qu'il n'avoit volu croire le conseil de ma mere.

Le tiers chappitre.

Homme qui sa femme bat pour quelconque cause que ce soit n'aura jamais

pour priere qu'il face faire grace de la vierge marie/ se premierement

il n'a obtenu pardon de sa femme.

Glose. Maroie ployarde dist sur ce chappitre que cellui qui bat sa femme

fait autel pechié comme s'il se voloit soy mesmes desesperer. Car selon

ce j'ay oy dire a no curé/ ce n'est que un corps d'homme et de femme

acouplez par mariage.

Le quart chappitre.

Homme qui fait aucune chose sans qu'il le donne a congnoistre a sa femme

je vous dy comme euvangile qu'il est en conscience pire que larron qui

bien l'oseroit dire.

Glose. Les anciennes matrones ont maintenu pour verité que les enfans

qui viennent de tel mariage jamais en ce monde ne devendront riches/ et

si seront volentiers menteurs.

Le cinquiesme chappitre.

Mes amies je vous di pour verité qu'il n'est doleur ne angoisse pareille

a celle que femme porte quant son mari va autre part porter et donner sa

substance. et especialement quant les biens viennent de par elle.

Glose. Pour certain dist une vielle qui estoit nommee flourette la

noire. Cellui qui rompt son mariage par adultere est moins a prisier que

un juyf ou sarasin. car il est parjur.

Le .vi.e chappitre.

Fille qui veult savoir le nom de son mari a venir/ doit tendre devant

son huis le premier fil qu'elle filera cellui jour/ et de tout le

premier homme qui par illec passera savoir son nom. sache pour certain

que tel nom aura son mari.

Glose. A ce mot se leva l'une des assistentes nommee geffrine femme de

jehan le bleu et dist que ceste chose avoit esprouvee et que ainsi lui

en estoit avenu/ dont elle maudissoit l'eure d'avoir encontré un tel

homme qui toute couleur et beauté avoit perdue/ et si estoit si

tresmauvais mesnagier que autre chose ne povoit faire que dormir.

Le .vii.e chappitre.

Quant femme porte enfant et on veult savoir s'elle porte filz ou fille

on doit mettre en dormant sur sa teste du sel si soement que point ne le

sache/ et aprés en devisant a elle sachiez quel nom elle nommera s'elle

nomme homme ce sera un fils/ et s'elle nomme femme ce sera une fille.

Glose. Ceste mesmes chose m'avint quant je portoie ma fille lise

tempremeure/ dist griele du solier/ et le me fist/ et aprist ma tante

qui estoit fort ancienne et moult renommee en pluiseurs ars.

Le .viii.e chappitre.

On ne doit point donner a jones filles a mengier de la teste d'un lievre

affin qu'elles marieez et par especial enchaintes n'y pensent/ car pour

certain leurs enfans en pourroient avoir leurs levres fenduez.

Glose. Dist tantost Margot des bledz. tout ainsi en avint il nagaires a

l'une de mes cousines. car pource qu'elle avoit mengié de la teste d'un

lievre sa fille dont elle estoit enchainte en apporta sur terre quatre

levres.

Le .ix.e chappitre.

On ne doit point aussi laissier mengier aux jones filles a marier de

teste de mouton/ de crest de coq ne d'anguille affin qu'elles ne cheent

du mal sainct loup par derriere.

Glose. Certainement dist belotte la cornue/ c'est un tresgrant dangier/

car pour ce que ma mere en mengea j'en ay eu trois taches qui comme je

croy jamais ne me fauldront. L'une si est que souvent me laisse cheoir

par derriere/ La seconde que je hurte volentiers. et la tierce qu'il me

croist ou plus secret lieu de mon corps une chose a maniere de la creste

d'un coq dont j'ai grant vergoingne.

Le .x.e chappitre.

Je vous jure comme euvangile que quant une jone fille mengue

acoustumeement lait bouilly en la paelle/ ou en un pot de terre: qu'il

pleut volentiers et par coustume le jour de ses nopces. Et si a

volentiers mari merancolieux et hoingnart/ et aussi ne fault elle pas

d'estre souvent crottee et mal paree.

Glose. Dist dame abonde/ a cest texte ne fault aucune exposicion/ car la

regle en est toute commune/ et jamais n'y a faulte/ comme il apparut a

mes nopces ou pluiseurs de vous furent.

Le .xi.e chappitre.

Pour certain et pour aussi vray que euvangile quant un homme couche avec

sa femme ou s'amie ayans les piez ors et puans/ et il avient qu'il

engendre un filz: il aura puante et mauvaise alaine Et se c'est une

fille elle l'aura puante par derriere.

Glose. Maroie ployarde dist sur ce chappitre que de sa cousine germaine

en avint ainsi. Car par tout ou elle aloit elle rendoit une odeur si

puante de son derriere: que les assistens en estouppoient leurs nez mais

ne savoient qui cellui estoit qui estoit en cause.

Le .xii.e chappitre.

Pour aussi vray que euvangile je vous dy que quant un jone homme pucel

espouse une fille pucele le premier enfant qu'ilz ont est par coustume

fol.

Glose. Berte l'estroite sur ce chappitre dist que ainsi estoit nagaires

avenu a l'une de ses filles qu'elle avoit mariee au porchier de son

hostel/ car il convint que pour la premiere nuit elle leur enseignast

comment ilz devoient faire. dont il est avenu que leur premier filz est

fol et pour innocent.

Le .xiii.e chappitre.

Mes voisines et compaignes je vous dy pour euvangile que quant l'enfant

est nouvellement né et avant qu'il suche la mamelle/ se on lui donne a

mengier d'une pomme cuitte/ jamais aprés toute sa vie il n'en sera si

luffres ne gourmant a table en boire/ et en mengier. Et si en sera plus

courtois en fais et en parolle entre les dames.

Glose. Maroie morele dist sur ce texte que quant un enfant est né qui

lui porteroit le petit boyau jusques au chief: il en auroit longue vie/

douce alaine/ bonne voix/ et gracieuse loquense.

Le .xiiii.e chappitre.

Je vous asseure pour aussy vray qu'euvangile que pour faire avoir aux

enfans cheveux crespés. tantost aprés qu'ilz sont desobez/ il convient

laver leur chief de vin blanc. et en leur baing soit mise la rachine de

blanche vigne.

Glose. Dame hermofrode sur ce pas dist en corroborant le texte que qui

feroit/ sechier par deux enfans jones et beaulx l'aubette du petit

enfant sur la pointe d'une espee tranchant/ et clere que l'enfant sera

toute sa vie beaux et hardis/ et bien venus entre les nobles.

Le .xv.e chappitre.

Or entendez bien vous toutes qui cy estes presentes/ je vous avertis que

jamais on ne doit tirer espee nue ne autre long trenchant devant femme

grosse que premier que riens s'en face ne lui va doucement touchier du

plat/ sur son chief/ affin qu'ele demeure asseuree. et que son fruit en

soit toute sa vie plushardy.

Glose. Peronne bevette dist que pour ce que on ne fist point ainsi a sa

mere quant elle le portoit/ elle a esté et aincoires est si paoureuse

qu'elle n'oseroit couchier seule sans avoir compaignie d'hommes.

Le .xvi.e chappitre.

Je vous di pour aussi vray que euvangile que jones filles ne doivent

jamais mengier cerises a la derraine avec leurs amoureux car souvent

avient que cellui a qui vient la derreniere: demeure le derrenier de

tous a marier.

Glose. Dame sebile des mares dist sur ce pas que les filles ne doivent

point mengier a cachelouche leur potage avec leurs amoureux. car par

coustume il avient souvent que leurs maris ont acointe apart et non pas

les femmes.

Le .xvii.e chappitre.

Aincoires vous dy que dieu et raison deffendent le parler ou le

ramentevoir devant aucune femme mariee en eage de porter enfans ou qui

est enchainte de quelconque chose pour mengier qui pour le present et au

besoing ne se pourroit trouver affin que le fruict qu'elle porte n'en

apporte enseigne sur son corps.

Glose. Dame abonde du four dist que par ruer ou visage de la femme qui

porte enfant/ aucunes cerises frezes ou vin vermeil l'enfant en

apportera sur soy aucune enseigne.

Le .xviii.e chappitre.

Sachiez que homme qui se double en mariage est inhabile de parvenir a

aucune dignité. Et se sa femme lui faisoit le pareil cas/ sans faulte il

seroit cause de l'ung et de l'autre mal. et elle deveroit estre jugié

quitte et sans pugnicion.

Glose. Dame ysoree la courte dist sur ce pas que la femme qui veult que

son mari point ne se desvoye avec autres femmes si face par trois lundis

chanter messe de saincte avoie. et je vous dy pour certain que les dames

de paris en entretiennent/ ainsi leurs maris.

Le .xix.e chappitre.

Quant on baptise aucun enfant soit filz soit fille. se la fille a deux

parrins elle aura deux barons ou plus. et aussi se le filz a deux

marrines et il vit eage d'homme il aura deux femmes ou pluiseurs.

Glose. Certainement dist ampelune hucquette. je doy bien mauldire l'eure

que vvillequin mon mari en eut oncques tant. car il en a trois accointes

sans celles que point ne sçay.

Le .xx.e chappitre.

Quant on voit ces petis enfans courir parmi les rues a chevaulx de bois/

a tout lances/ et desguisez par maniere de gens de guerre. c'est tout

vray signe de prochainement avoir guerre et dissencion ou pays.

Glose. Perrine hulottote dist sur ce pas que quant les petis enfans

portent bannieres/ et confanons en chantant par les rues/ c'est tout

signe de mortalité.

Le .xxi.e chappitre.

Se femme veult certainement savoir se son mari se double/ si avise se

une plaine lune se passe sans elle approchier/ certes s'elle y a

souspecion se n'est pas sans cause.

Glose. Ceste euvangile est bien vraye dist maroie ployarde car il y a

plus de trois lunoisons que jan ployart mon baron ne fist ne cou ne

quoy/ et si suis aincoires femme assez pour l'endurer.

Le .xxii.e chappitre.

On ne doit point donner aux femmes grosses a mengier de nulles testes de

poissons affin que par leur ymaginacion leur fruit n'apporte sur terre

la bouche plus relevee/ et plus ague qu'il n'est de coustume.

Glose. Perrette faytos sage femme/ dist qu'elle avoit receut pluiseurs

enfans qui avoient leur debout plus long oultre mesure que les autres.

Le .xxiii.e chappitre.

Se d'aventure un homme bat sa femme enchainte/ ou la pile du pié lors

qu'elle enfantera moult grant traveil en aura. et bien souvent les en

convient morir.

Glose. Dame hermofrode dist que en ce n'a aucun remede fors qu'il

convient avoir le soler dont le mari la pila/ et qu'ele boive a mesmes

et se ainsi le fait sachiez qu'elle enfantera legierement.

Le .xxiiii.e chappitre.

S'il avient que aucun ou aucune engambe par dessus un petit enfant/

sachiez que jamais plus ne croistera/ se cellui ou celle mesmes ne

rengambe au contraire et retourne par dessus.

Glose. Certes dist sebile de ceste chose viennent les nains et les

petites femmes.

Le .xxv.e chappitre.

Sachiez pour vray comme euvangile que se la chausse d'une femme ou fille

se desloie emmy la rue et qu'elle le perde: c'est signe et n'y a jamais

faulte que son mari ou amy ne se desvoie.

Glose. A ce mot laissa le filler une nommee Transsie d'amours jone de

.lxvii. ans/ et dist qu'il n'estoit chose plus vraye que ceste

euvangile. car des mercredy derrain passé je ne vey mon amy joliet. pour

ce que en ce mesmes jour je perdy mon gartier en la rue.

Le .xxvi.e et derrain chappitre.

Et pour conclusion mes amies et voisines et pour mettre fin a mes

chappitres je vous dy que quant a une femme vient le mal des mammelles

il ne lui fault autre chose si non que son mari lui face de son

instrument naturel trois cercles environ le mal/ et sans aucune doubte

elle en garira.

Glose. Saintine tempremeure dist que on doit entendre ces trois cercles

estre fais au debout du ventre un pou soubz la chainture.

* * * * *

Toutes les assistentes commencerent moult fort a rire de ceste joyeuse

conclusion/ et moult fort loerent la sage dame ysengrine qui si

hautement avoit continuee son euvangile et departi par .xxvi. articles

qui tous estoient de grant sens et de grande importance. et promirent

qu'elles metteroient paine de tant les repeter qu'elles les sauroient

par cuer pour les publier et communicquier a celles qui point n'avoient

esté a ceste lecture.

Moult me fut bel quant dame ysengrine mist fin a son parler car papier/

et chandeille me failloient/ avec sommeil qui fort m'avoit accueilli/

car pres de minuit estoit. Si voulz prendre d'elles congié/ mais elles

me prierent que avant que partisse je veisse eslire celle qui a

l'endemain deveroit lire son euvangile. Si se mirent toutes ensemble a

conseil et d'un commun accort esleurent Transeline du croq une ancienne

damoiselle/ laquelle prist volentiers la cherge de ce faire. et me

requist tresinstamment en la presence d'elles toutes que a ce besoing la

voulsisse servir. je lui promis que envis que volentiers: mais d'une

chose la requis/ c'est qu'elle venist un pou plus tempre que ce lundy

n'avoient fait affin de eviter le traveil de la nuit et le veillier qui

les yeulx traveille.

S'ensieut la continuacion des euvangiles faittes et leuttes par dame

transeline du croq pour le mardy en l'ostel et a heure acoustumez.

Quant vint le mardi environ cinq heures du vespre commencerent venir et

assembler femmes tant vielles comme jones de toutes pars/ car desja

elles avoient publié ce que le lundy avoit esté fait/ et ce que le mardy

faire se devoit par dame transeline du croq femme bien renommee/ car

elle estoit gentil femme eagie de environ soixante ans longue et maigre

estoit. en ses jones jours avoit demouré avec une dame qui savoit partie

de l'art de geomancie et rendoit raisons de pluiseurs choses avenir.

avec laquelle elle aprist moult d'augurie dont depuis elle fut moult

renommee et honnouree. Mais pour ce qu'elle avoit un jour mengié souppe

avec venus faitte au chauderon d'amours: oncques depuis ne cessa de

exercer son service avec les subgez d'icele. Et en sa vieillesse

s'estoit retraitté et alliee avec le curé de la ville qui de nuit et de

jour oyoit sa confesse/ pourquoy toutes celles de son voisinage

l'avoient en grant reverence.

Dame transeline doncques venue entr'elles salua toute la compaignie. Et

aprés qu'elle m'eut demandé se ma plume estoit preste d'escripre:

commença a parler en ceste maniere.

Le premier chappitre.

Or ça dist elle mes bonnes voisines et amies en continuant nostre propos

du soir precedent. je vous prie que silence soit faitte et je vous dy

pour aussi vray comme euvangile que quant une femme veult estre de son

mari ou de son amy bien amee: si lui face mengier herbe de chat/ et il

sera d'elle si tresamoureulx qu'il n'aura aucun repos se d'emprez elle

n'est.

Glose. Ceste chose est veritable dist burge fauvele/ car tout ainsi en

fis a mon mari/ et lui en feis une salade/ mais ceste amour ne dura que

six sepmaines pourquoy je cuide qu'il le fault renouveller souvent.

Le second chappitre.

Et si vous dy que qui pourroit finer d'un vray mandegloire et le

couchast en blans draps/ et lui presentast a mengier et a boire deux

fois le jour/ combien qu'il ne mengue ne boive: cellui qui ce feroit

devendroit/ en pou d'espace moult riche. et ne sauroit comment.

Glose. Certes dist jehane vvasteliere on dist/ mais c'est en tapinage/

que alexus du cornet est ainsi devenus riche.

Le tiers chappitre.

Je vous dy pour euvangile que quant aucun se met au chemin et un lievre

lui vient audevant c'est un tresmauvais signe. Et pour tous dangiers

eviter il doit par trois fois soy retourner dont il vient et puis aler

son chemin/ et alors sera il hors du peril.

Glose. A ceste parolle se leva maroie la faee et dist tout hault/ que

cestui chappitre estoit moult veritable. Car son parrastre avoit rompu

la jambe au cheoir de son cheval aprés qu'il avoit rencontré un lievre.

Mais qui rencontre un loup/ un cerf/ ou un ours c'est tresbon signe.

Le .iiii.e chappitre.

Oncques homme sage ne monta sur asne pour l'onneur de nostre seigneur

qui dessus monta. mais tresbien sur cheval. car qui chiet de l'asne il

dist crieve: et qui chiet de cheval il dit lieve.

Glose. Sur cest article se peut faire un argument. car quant joseph mena

la vierge marie en egypte elle monta sur un asne/ et toutesfois elle

n'en eut nul grief. Respondy dame sebile du fossé que aincoires n'avoit

jhesucrist point monté sur l'asne comme il fist depuis. replica une

ancienne nommee perrette du trou punais/ que si avoit et que nostre dame

l'emporta avec elle monté sur l'asne. Pour cest argument sourdy grande

noise entre toutes les assistentes/ et telement que les unes

soustenoient le texte de ceste euvangile/ et les autres soustenoient la

glose/ et si grant clameur sourdy entre elles que on ne savoit a la

quelle entendre. Touteffois dame ysegrine comme presidente pour ceste

nuitie leur imposa silence affin qu'elle peust paisiblement parfaire sa

lecture. laquele chose elle obtint a tresgrande paine.

Le .v.e chappitre.

Mes voisines pour muer propos et abaissier vos debaz je vous dy pour

euvangile que se une femme laisse son trepié ou son greil sur le feu

sans y mettre ou baston ou tison ardant/ sachiez qu'elle en envieillist

fort et en a ride le visage.

Glose. Dist l'une des filleresses nommee piate au long nez que qui s'en

va couchier sans remuer le siege sur quoy on s'est deschaussié/ il est

en dangier d'estre ceste nuit chevauchié de la quauquemare.

Le .vi.e chappitre.

Qui laisse de nuit une selle ou un trepié les piez dessus/ autant et

aussi longuement/ est l'ennemi a cheval dessus la maison.

Glose. Certes dist ysoree la temprieve que sa grant mere disoit que

autant de gannes dyables sont assiz dessus chascun pied s'ainsi demoure/

comme il en y a.

Le .vii.e chappitre.

Je vous asseure et dy pour euvangile que quant agaches ou pyes

gargonnent dessus une maison que c'est signe de tresmauvaises nouvelles.

Mais se moussons y gargonnent/ ou y font leurs nyds c'est signe de bon

air/ et de bonne fortune.

Glose. Gertrud des blez dist que quant une cygoingne fait son nyd dessus

une cheminee/ c'est signe que le seigneur de l'ostel sera riche et

vivera longuement.

Le .viii.e chappitre.

Quant les oreilles escopissent ou demenguent a aucun/ sachiez pour

verité/ et comme euvangile que se c'est la droite oreille ce seront

bonnes nouvelles. et se c'est la senestre elles seront mauvaises.

Glose. Ysabel de la creste rouge dist sur ce propos que quant le nez

escopist c'est signe de boire vin vermeil.

Le .ix.e chappitre.

Quant poix ou poiree boueillent ou pot qui est mis jus du feu/ sachiez

pour vray que en cestui hostel n'y a nulles sorcieres.

Glose. Perrette tost vestue dist que la chose que les cauquemares

craingnent le plus: c'est un pot qui boult jus du feu.

Le .x.e chappitre.

Or entendez vous toutes bien ce chappitre. Car je vous dy que qui doubte

la cauquemare qu'elle ne viengne de nuit a son lit/ il convient mettre

une sellette de bois de chesne devant un bon feu et se elle venue se

siet dessus: jamais de la ne se porra lever qu'il ne soit cler jour/ et

est chose esprouvee.

Glose. Jenneton tost preste dit qu'elle oublia une fois a ceste chose

faire/ mais elle aprés qu'elle fut cauquie tasta que ce povoit estre si

trouva que c'estoit une chose velue de assez doux poil.

Le .xi.e chappitre.

Qui laisse le samedy a parfiler le lin qui est en sa queloingne/ le fil

qui en est filé le lundy ensuivant jamais bien ne fera/ et si on en fait

toile jamais elle ne blanchira.

Glose. Dist marion le bleue pour ce que les femmes d'alemaigne ont ceste

coustume que de laissier le lin a la queloingne le samedi: jamais leurs

toilles ne sont blanches. Et cest verité il appert aux chemises que les

hommes en apportent pardeça.

Le .xii.e chappitre.

Qui se abstient de torchier son derriere d'herbe/ de feuilles ou d'autre

verdure qui ait creu sur terre il n'aura ja mal en l'eschine ne es

rains.

Glose. Pyatine le verde dist a ce propos que cellui qui ce fait il

n'aura jamais les trenchisons en la teste. mais en ce lieu il aura

souvent sa chemise doree.

Le .xiii.e chappitre.

Cellui qui ne jette ou seuffre jetter ou feu les os aprés qu'il en a

mengié la char: jamais n'aura mal es dens pour l'onneur de sainct

laurens.

Glose. Mais noir trou afferme ce chappitre estre vray/ mais elle dit que

en ce lieu les chiens s'en combatent volentiers.

Le .xiiii.e chappitre.

Cellui qui point d'argent n'a en sa bourse/ se doit abstenir de regarder

la nouvelle lune ou autrement il n'en aura gaires tout au long d'icelle.

Glose. Robinette noire trache dist sur ce chapitre que cellui qui

perchoit le croissant a plaine bourse: il le doit saluer et encliner

devotement et pour certain il multipliera toudis celle lonoison.

Le .xv. chappitre.

Cellui ou celle qui treuve le treffle a quatre fueilles s'il le garde en

reverence sachiez pour aussi vray que euvangile qu'il sera eureux et

riche toute sa vie.

Glose. Sur cest article dist dame sebile rouge en taille que se un homme

passe a pieds nuds sur le treffle a quatre fueilles/ il ne puet

eschapper d'avoir les fievres blanches. Et se c'est une femme elle sera

vvihotte.

Le .xvi.e chappitre.

Quant un homme treuve sur sa robe une yraigne c'est signe d'estre ce

jour moult eureux. et pareillement qui treuve le fer d'un cheval ou

partie d'icellui: il aura bonne fortune.

Glose. Lors se leva francine molles tettes/ et dist que quant on treuve

au matin devant desjuner argent a terre c'est tresmauvais eur/ s'il n'y

a de l'or parmy.

Le .xvii.e chappitre.

Quiconques frotte un porion la veille de sainct jehan de la fueille

d'ung sehus/ et puis la boute parfont en terre/ a mesure que celle

fueille pourrira: le porion sechera.

Glose. Ysabel de la doutre dist/ que ceste avoit autreffois fait: mais

de frotter le porion du lait d'une fueille de pissenlit/ il en seche

plus tost. Car elle l'avoit esprouvé.

Le .xviii.e chappitre.

Quant un homme treuve en son pourpris un vaisseau d'eeps atachiés en un

arbre s'il ne l'estrine d'une piece d'argent c'est mauvais signe.

Glose. Baudinon gorgette dist que cellui qui approprie a soy les eeps

sans les estriner comme dit est ou texte: elles ne feront que picquier

cellui/ et jamais ne l'aimeront ne lui feront prouffit.

Le .xix.e chappitre.

Cellui qui le jour sainct vincent loye les arbres de son gardin de

loyens de fuerre de fromment: il aura cestui an plenté de fruis.

Glose. Emmeline le crottee dist a ce propos que qui behourde le jour des

brandons ses arbres/ sache pour vray qu'ilz n'auront en tout cest an ne

honnines ne vermines.

Le .xx.e chappitre.

Cellui qui estrine sa dame par amours le jour de l'an de couteaux

sachiez que leur amour refroidera.

Glose. Dist a cest article collette du cren. je vous asseure que cellui

qui estrine sa dame d'espinceaux a grosses testes que l'amour en devient

plus ardant et plus durable.

le .xxi.e chappitre.

Cellui qui franchement puet chevauchier l'ours .ix. pas d'un tenant/ il

est affranchy de .ix. paires de maladis.

Glose. Dist une vielle matrone qui derriere les autres estoit. je cuide

bien qu'il soit vray de la garison desdites .ix. maladies. mais non pas

de celles dont on chiet a la renverse.

Le .xxii.e chappitre.

Quant vous veez un chat assis sur une fenestre au soleil qui lesche son

derriere/ et la patte qu'il lieve ne porte audessus de l'oreille il ne

vous convient doubter que celle journee il ne pleuve.

Glose. Lors se leva dame mehault caillotte/ et dist que point n'y a

faulte/ car aincoires est sa buee ou cuvier qu'elle n'ose laver pour ce

que son chat ne cesse de lechier son derriere.

Le .xxiii.e chappitre.

Qui se siet au feu et escript es cendres de son doy ou d'ung baston ou

qui se joue du feu/ c'est signe qu'il a pissié ou qu'il pissera au lit.

Glose. Peronne l'enfumee dist en affermant ce texte que cellui qui

regarde sa femme couvrir le feu devant lui sans soy lever: sachiez que

celle nuit il ne cessera de ronquier et de dormir. Et se c'est une fille

a marier/ elle ne sera de l'annee mariee.

Le .xxiiii.e chappitre.

Quant on craint que son chien ne soit mors de chien enragié/ faittes le

mengier et boire parmy un trepié et il sera ce jour asseuré de la rage.

Glose. A ce propos dist Guillemette la boisteuse que qui veult son chat

ou sa geline tenir a l'ostel sans les perdre si prengne ou le chat ou la

geline et la tourne par trois fois entour la crameillie/ et puis leur

frote leurs pattes contre le mur de la cheminee. et sans nulle faulte

jamais de cest hostel ne se departiront.

La conclusion de ceste journee.

Pour ceste euvangile commencerent toutes les assistentes moult fort a

rire/ et de fait en laissierent le filer et desvuidier/ et moult fort

loerent dame transeline du croq de la deduction de son euvangile/

ensamble celles doctoresse et sages femmes qui l'avoient glosé/ et si

honnourablement deduit/ et postilé que mieulx on ne les porroit exposer.

Je me levay de mon siege a demy lassé et desja semons du messagier du

dieu dormant pour aller le berchier en son repos. Mais avant mon

departement. je voulz veoir faire l'election de celle qui l'endemain

devoit presider. Les femmes donques ayans laissié le rire dirent que

temps estoit d'eslire la dame qui l'endemain presideroit. Si eslurent

d'un commun accort dame abonde du four/ qui l'accepta benignement et

promist d'en faire son povoir.

Aprés ceste election ainsi de dame abonde du four: je me departis le

plus coyement que je peus/ car elles se prindrent si fort a quaqueter

ensemble qu'elles n'eurent regart a mon departement.

S'ensieut la continuacion des euvangiles des queloingnes faittes le

mercredy soir par dame abonde du four.

Le merdredy soir a heure acoustumee convindrent et s'assemblerent toutes

les femmes qui avoient acoustumé d'y estre/ ensemble pluiseurs autres

qui paravant n'y avoient esté par la induction de leurs voisines. Et

elles ainsi assembleez survint dame abonde du four qui pour ceste nuit

devoit et estoit ordonnee pour lire son euvangile/ comme elle fist. Mais

avant que je procede aux chappittres d'icelle: je vueil descripre de son

estat la maniere. Il est vray qu'en ses jones jours elle fut marchande

de luxure a detail/ et depuis en tint bouticle en gros a bruges entre

les marchans. belle femme avoit esté en sa jonesse: mais le vin et les

bons morseaux qu'elle avoit pris et souvent l'avoient faitte si grasse

que apou avoit sa rondeur sa longueur. Et abrief dire elle avoit une

partie des sept ars en sa memoire/ car elle avoit estudié a paris par

l'espace de sept ans ou colliege de glatigny. dont elle avoit rapporté

mainte parfonde science. Elle doncques venue se ala seoir ou siege a ce

determiné et aprés scilence faitte des assistentes commença pour son

thume et premier chappitre en ceste maniere.

Le premier chappitre.

Pour le premier chappitre de mon euvangile/ je vous asseure que pour

pissier entre deux maisons/ ou contre le soleil: on en gaigne le mal des

yeulx qu'on apelle le leurieul.

Glose. Aucuns l'appellent la rougerole dist beatrix flabaude/ mais je

croy mieulx que ceste maladie viengne de trop boire a la fontaine

d'amours.

Le .xx.e chappitre.

Pour eschever de non venir palasineux de la teste ou des rains il se

fault abstenir de mengier de teste ne de char de chat ou de ours.

Glose. Dist tantost berte au court talon je cuide et si croy que pour le

palasin des rains/ il se fault garder de couchier a l'envers voire les

femmes/ et les hommes au contraire.

Le .iii.e chappitre.

Qui se met a pissier contre un monstier ou en une atre/ c'est grant

merveille se avant sa mort il ne chiet en apopelisie. car du moins il

sera graveleux.

Glose. Certainement dist jacquemine galoise qui long temps avoit servi

le curé/ je vous asseure que cellui qui ainsi pisse ou fait sa

neccessité contre l'eglise ou en l'attre l'eaue benoite qu'il rechoit le

dimence ne le puet aidier contre le tonnoire pour celle sepmaine.

Le .iiii.e chappitre.

Se une femme perchoit un loup qui le suive/ elle doit tantost trayner sa

chainture par terre aprés elle en disant. Garde toy loup que la mere

dieu ne te fiere/ et tantost tout confus s'en retournera.

Glose. Jane la sauvage dist que se aucun voit le loup devant que le loup

le voye il n'aura povoir de lui meffaire. Et pareillement la personne au

loup.

Le .v.e chappitre.

Quant le seigneur ou la dame d'un hostel est malade et un corbauld vient

crier dessus la cheminee ou la maison ou le pacient gist: c'est grant

signe qu'il mora de ceste maladie.

Glose. Mehault tost preste dist a ce propos que quant une agache y vient

gargonner/ c'est bon signe et que le pacient garira.

Le .vi.e chappitre.

Quant le vent d'escorchevel vente les femmes sages et bonnes mesnagieres

doivent taillier le debout de l'oreille dextre de leur jone veau et

jetter celle piece a l'encontre du vent affin que leur veau croisse et

amende comme il fera.

Glose. Certes dist maroie joe brulee/ je croy que qui prometteroit a

sainct barthelmieu sa dextre corne qu'il souffiroit.

Le .vii.e chappitre.

Mes bonnes voisines/ je vous vueil en ce chappitre dire l'un des

plusgrans secrez que j'aye oncques apris en savoie/ c'est pour aussi

vray comme euvangile que quant aucune tempeste levera en l'air vous

devez tantost faire du feu de quatre bastons de chesne en croix au

dessus du vent/ et lui faire une croix dessus/ et tantost la tempeste se

tournera de costé et ne touchera a voz biens.

Glose. Baudine camuse dist bien que ou pays de savoie a pluiseurs sages

femmes/ car pour faire bel ou lait temps elles en sont maistresses.

Le .viii.e chappitre.

Quant les anettes sentent la tempeste esmouvoir en l'air et qu'elles

volent/ et crient sur l'eaue en bas c'est signe qu'il plouvera sans

tempeste. mais quant elles se taisent: elles redoubtent fort le

tonnoire.

Glose. A ce propos dist Mabelie joliette que quant les cynes ou les oies

se baignent et debatent en l'eaue/ il n'y aura aucune faulte qu'il ne

pleuve cellui jour.

Le .ix.e chappitre.

Quant on oit chiens uller on doit estoupper ses oreilles. car ilz

apportent mauvaises nouvelles. Et par contraire on doit oyr le cheval

crier et haynir.

Glose. Magnon broquette dit en approuvant cest article. que quant on oit

les loups uller on se doit mettre en bon estat/ car c'est signe de grant

pestilence avenir par guerre ou par famine.

Le .x.e chappitre.

Quant vous veez les loups venir querre leur proie pres des villes ou

dedens les villages sachiez que c'est grande apparence de chier temps.

Glose. Jehane baguette dist sur ce texte que quant cerfz/ bisches/ ou

dains viennent paistre pres des villages et des maisons c'est bon signe

et habondance de tous biens.

Le .xi.e chappitre.

Je vous dy pour euvangile que nul qui veult gaignier au jeu de dez ne se

doit jamais asseoir pour jouer son dos devers la lune ou qu'elle soit

lors/ ains lui doit tourner le visage ou se ce non jamais il n'en levera

sans perte.

Glose. Michelette houchue dist a ce promos que qui veult gaignier aux

dez par jour il convient faire le contraire car il fault tourner le dos

au soleil.

Le .xii.e chappitre.

Je vous dy mes voisines que quant on met blans draps en un lit l'angele

de dieu s'i repose jusques a ce que on y fait/ ou pet/ ou vesse.

Glose. Marion ort trau dist a ce propos que tantost que l'angele s'est

departis du lit le dyable puant y entre dont souvent en sourt grande

noise entre homme et femme.

Le .xiii.e chappitre.

Cellui qui rechoit de l'eaue benoite le dimence a la grant messe le

diable mauvais en toute ceste sepmaine/ ne puet cellui ou celle tempter

ne approchier a sept piez prez.

Glose. Berte le lourde dist que qui ne rechoit de l'eaue benoite le

dimence/ le dyable lui puet et jour et nuit asseoir invisiblement sur

l'espaule. Et qui ne la rechoit de la main du prestre/ sachiez qu'elle

n'a ne force ne vertu.

Le .xiiii.e chappitre.

Cellui qui souvent benist le soleil la lune et les estoilles ses biens

lui multiplieront au double.

Glose. Jossine tost preste dist que qui a son couchier salueront

l'estoille pouchiniere/ il ne seroit possible de perdre aucun de ses

pouchins/ et se multiplieroient doublement.

Le .xv.e chappitre.

Cellui qui au matin a son lever fait le signe de la croix/ et laver ses

mains ains qu'il passe hors de son huys le diable pour ce jour n'aura

povoir de le grever. Et s'il ne le fait quelque labeur qu'il face tout

ce jour ne lui pourra multiplier.

Glose. A ce propos dist geffrine tost preste que qui ne fait dire le

benedicite a son disner/ le dyable invisiblement siet a celle table et y

boit et mengue.

Le .xvi.e chappitre.

Quant aucune femme porte des chappons a la bonne ville pour les vendre

ou autres choses/ s'elle d'aventure chausse au matin son pied droit

premier/ elle aura bon eur de bien vendre.

Glose. Ceste chose m'est souvent avenue dist tempre meure. Et oultre ce

ay esté maintefois estrinee de tel marchant qu'il en penseroit a mari

s'il le savoit.

Le .xvii.e chappitre.

Quant une femme entre au matin en son estable pour moudre ses vaches/

s'elle ne dist vous sauve dieux/ et sainte bride volentiers les vaches

du pied de derriere regibent et souvent brisent le pot ou respandent le

lait.

Glose. A ce propos se leva une vielle qui n'avoit mais que un dent/ et

dist en audience que quant les veaulx ne veulent boire ne au doy ne

autrement/ que le toreau qui engendra ce veau n'eut point d'amour a la

mere.

Le .xviii.e chappitre.

Se une cense a plenté de brebis qui aient pluiseurs aigneaux/ et aprés

la disme payee on en presente chascun an un au loup/ certes il en

prendera un nonobstant garde qu'on y commette.

Glose. Emmelotte du glay dist a ce propos que qui ne presente un aignel

au loup en l'onneur de l'aignel de dieu: il sache certainement qu'il en

y aura de foireux en l'annee.

Le .xix.e chappitre.

Qui cueille ou eslit la poree le samedy aprés nonne pour le dimence

cuire et mengier/ il en vient de legier a celles qui ce font le mal

qu'on dist le joyel nostre dame.

Glose. Jehanne court talon dist que ainsi l'en avint en sa jonesse/ mais

un jone medecin l'en garist assez doucement en pou de temps.

Le .xx.e chappitre.

Quant un homme est prest pour monter a cheval/ il ne doit prendre de la

main de sa femme son espee ne autre piece de harnas/ car a son besoing

il ne s'en porroit deffendre.

Glose. Dist une des assistentes nommee angeline verde vaine que ainsi en

avint il a son premier mari. Car en chevauchant de nuit il vey a la

clarté de la lune un espovantaire de costé sa voye/ mais il ne sceut

onques tirer son espee que lui avoie baillié de haste qu'il eut de s'en

fouyr.

Le .xxi.e chappitre.

Cellui qui pisse contre le soleil il devient en sa plaine vie graveleux/

et si engendre souvent la pierre.

Les évangiles des quenouilles · 第 1 / 3 段