LES DISCOURS

Voici le résumé du discours prononcé par le colonel de Lotbinière

Harwood D. A. G., commandant le district militaire No 6, au banquet du

Drill Shed:

Messieurs,

S'il y a une classe d'hommes, au sein de la Confédération Canadienne

qui, depuis de nombreuses années, ont eu à souffrir de l'apathie, de

l'indifférence des habitants de ce pays, en retour des sacrifices

immenses qu'ils se sont imposés pour prouver à leurs concitoyens leur

dévouement à la chose publique et à la patrie, c'est indubitablement la

classe des volontaires.

Que chacun rappelle ses souvenirs, il verra combien de fois les

volontaires ont été, depuis quelques années, traités d'exaltés, d'hommes

bons à jouer aux soldats. On s'est même oublié jusqu'à les traiter de

"vils traîneurs de sabre"; des patrons de boutiques, de grands magasins,

de grandes usines allaient jusqu'à dire: Nous ne voulons pas de

volontaires à notre service, comme employés.

S'il s'agissait de donner des prix aux meilleurs tireurs à la carabine,

je connais le nom de gens haut placés dans le commerce et ailleurs qui

refusaient de donner leur obole, en disant: "Pourquoi tout ce tapage?

Pourquoi la Milice? A quoi sert tout cela? Nous n'avons pas besoin

de donner notre argent pour faire jouer au soldat, etc., etc." Et la

conséquence était que nos braves militaires, non contents de donner leur

temps et leurs peines, étaient obligés de souscrire de leurs bourses,

afin de fournir des prix aux concours! Que de sacrifices les officiers

de fout rang ont été obligés de faire en maintes circonstances pour

maintenir leurs corps de volontaires en état effectif en face de toute

cette apathie! Puis encore, lorsque les différents ministres de la

milice voulaient de l'aide des chambres pour la Milice, soit pour les

camps, soit pour avoir des armes, des accoutrements, des uniformes

convenables, vous voyiez tout de suite un certain nombre de membres

se récrier, criant au gaspillage, disant que le pays allait à la

banqueroute, à la ruine, que la Milice était inutile... que nos braves

volontaires n'étaient bons qu'à jouer au soldat, et que dirai-je encore.

Tout ce temps, nos volontaires, toujours animés du plus noble

patriotisme, se disaient: Patience! patience! un moment viendra, et le

pays, dans sa détresse, nous demandera à grands cris. Alors, nous, comme

toujours, nous répondrons: _Présents!_

Oui, messieurs, à la fin de mars dernier, ce moment est malheureusement

venu.... et qu'est-il arrivé? Il est arrivé, messieurs, qu'à ce moment

suprême chaque volontaire, d'un bout du pays à l'autre, depuis

les colonels jusqu'au dernier des soldats, s'est écrié avec joie:

_Présents!_

A la fin de mars dernier, au milieu de nos troubles le Bon Génie, qui

préside aux destinées du pays, s'était chargé de nous donner l'homme

qu'ils nous fallait--le brave et habile général Middleton, le général

modèle doux, humain, et _fortiter in re_. Oui, le général Middleton, ce

soldat "sans peur et sans reproche," qui, par son tact, sa prudence, ses

sages mesures, ses calculs habiles, "sans verser de sang inutilement,"

a su conduire nos troupes & la victoire, et étouffer un soulèvement qui

menaçait d'être général, un de ces soulèvements qui, peu de chose au

commencement, pouvait en grandissant prendre des proportions colossales,

faire promener la torche incendiaire d'un bout à l'autre du Nord-Ouest,

et faire couler des flots de sang à travers ces vastes régions. (Vifs

applaudissements.) Mais, grâce à Dieu, un homme presque providentiel

se trouvait à la tête des forces, et avec son aide et celle de nos

vaillants volontaires, la douce paix, "cette fille aimée du ciel,"

est rentrée au sein de notre belle confédération. (Bruyants

applaudissements.)

Nunquam retrorsum! Non! non, jamais en arrière, officiers et soldats

du 65e bataillon! Fidèles à la noble devise qui distingue votre beau

bataillon, vous vous êtes levés, comme un seul homme, à la fin de mars

dernier, pour aller défendre le drapeau national, laissant sans la

moindre hésitation, parents, amis, situation, position, affaires

privées, pour obéir au cri du devoir et à la voix de î'honneur qui vous

appelaient. (Vifs appl.)

65e bataillon, sur vous est tombé le premier choix d'entre tous les

bataillons de la province de Québec! La patrie comptait sur vous et ses

espérances n'ont pas été déçues!

Le pays vous a constamment suivi des yeux. Votre souvenir a toujours été

présent à l'esprit de vos amis, à travers vos longues marches, tantôt;

en butte à un froid sibérien, tantôt sous les rayons d'un soleil

d'Afrique.

Vos souffrances morales et physiques de toutes sortes (mal couchés,

souvent mal nourris, à peine vêtus, sans pain, sans souliers, couchant

sur la dure), vous avez tout souffert, tout bravé! Que de marches, de

contremarches, que de milles parcourus en tous sens, et la nuit, et le

jour, mais grâce à Dieu, vous nous revenez couverts de gloire.........

Vous nous revenez, la joie, l'orgueil et l'honneur de Montréal.

(Applaudissements frénétiques.)

Oui, soldats du 65e bataillon, vous nous revenez couverts de

gloire......... et c'est avec un légitime orgueil que nous contemplons

vos figures basanées, les nobles débris d'uniformes qui vous couvrent

à peine, mais qui font votre gloire........ vos visages bronzés, vos

visages de vétérans! ah! mais c'est que vous n'avez pas joué au soldat

(hourras frénétiques!)

Oui! vous nous revenez glorieux et vainqueurs.

Tous avez reçu le baptême du feu... Vous avez reçu le baptême du sang...

Vous avez reçu le baptême des privations et des souffrances de toutes

sortes. Vous avez même reçu le baptême de la médisance et de la calomnie

la plus atroce... Attaqués dans votre honneur de gentilshommes, de

Canadiens, de soldats, par cette sale et dégoûtante feuille de choux,

cultivée, fumée, arrosée par ce grand Prêtre de la calomnie, le fameux

Sheppard de Toronto; vous nous revenez vainqueurs et vous avez prouvé à

tout le pays que comme patriotes, gentilshommes et soldats, vous n'aviez

ni supérieurs, ni maîtres dans toute la milice du Canada. (longs

applaudissements.)

Aussi avec quelle joie lisions-nous le récit de vos hauts faits dans le

Nord-Ouest, avec quel orgueil lisions-nous les belles paroles que

votre commandant, le général Strange, nous adressait après vos actions

d'éclat. Nous avons tous lu avec joie ce que le général Strange écrivait

de vous à un de ses amis intimes, il n'y a que quelques jours.

Nos coeurs ont battu à briser nos poitrines en lisant des pages comme

celle-ci: "Quand le canon, cette voix de fer, ce dernier argument de la

civilisation armée, eut fait répercuter pour la première fois les échos

endormis de la solitude des, sombres régions du Nord-Ouest, nos braves

soldats du 65e bataillon se sont élancés sur l'ennemi--les marais, les

sombres forêts, les broussailles presqu'impénétrables, n'arrêtaient

pas leur impétuosité--et comme les chevaux qui traînaient le canon se

trouvaient souvent embourbés, envasés jusqu'aux oreilles, _my plucky

French Canadians_ s'attelant au canon font sortir de cette impasse

chevaux, canon et tout ce qui s'en suit, le tout avec cette agilité, cet

élan français qui distingue nos Canadiens-Français." (Applaudissements.)

Puis encore les paragraphes suivants:

"Le véritable esprit militaire des anciens coureurs des bois, la milice

de Montcalm, des voltigeurs de Salaberry semble aussi vivace que jamais

dans le coeur de nos Canadiens-Français. Nous avons bivouaqué sous nos

armes... nous étions sans feu... le 65e bataillon était pour le moment

sans capotes (en parlant de la poursuite contre Gros Ours). Les soldats

du 65e bataillion n'avaient pas pris de vivres avec eux lorsque le matin

ils débarquaient de leurs bateaux pour s'élancer au pas redoublé là où

le devoir les appelait. Nous partageâmes nos rations avec eux."

Puis plus loin.

"Un autre jour, ils arrivent (le 65e) à un certain endroit; après avoir

marché toute une nuit l'énorme distance de onze lieues; à travers

des marais presqu'impassables... le coeur joyeux... la gaie chanson

canadienne à la bouche... bravant tous les obstacles, plusieurs d'entre

eux allaient pieds nus et ensanglantés, leurs uniformes étaient en

lambeaux et cependant ils étaient prêts à tout."

"Sur eux tombaient les postes les plus exposés chaque fois que nous

pouvions rejoindre l'ennemi, et c'était toujours avec peine que je

pouvais contenir l'ardeur belliqueuse de _my plucky French Canadians_,"

Ainsi vous voyez que rien de ce qu'on disait de vous n'était perdu pour

nous, pour moi surtout qui ai le plaisir de compter votre beau bataillon

parmi les bataillons du District que j'ai l'honneur de commander. Aussi

soyez les bienvenus au milieu de nous. Vous avez bien mérité de la

patrie. Tous ceux qui vous sont chers, qui vous aiment si tendrement,

brûlent d'envie de vous serrer la main, de vous presser sur leur coeur,

et de vous dire combien ils sont contents de voua, fiers de vous, comme

nous le sommes tous ici, comme l'est tout le pays en général et la ville

de Montréal, en particulier. (Tonnerre d'applaudissements.) Aussi,

messieurs, en terminant, permettez-moi de proposer la santé du brave

général Middleton, le soldat "sans peur et sans reproche" et celle

du 65e bataillon nos _plucky French Canadians_. (Applaudissements

prolongés.)

Le maire Beaugrand, appelé à prendre la parole, complimenta en termes

appropriés et d'une façon très éloquente le 65e bataillon.

A l'instar du colonel Harwood, il parla des accusations portées contre

le bataillon, et sut les réfuter.

M. Beaugrand termina en proposant la santé du général Strange qui

dirigea nos troupes, du colonel. Ouimet, commandant du 65e, des braves

officiers, et sous-officiers. Il fit allusion au sergent Valiquette,

mort au champ d'honneur, aux morts et aux blessée de cette insurrection

qui sera l'événement mémorable de 1885.

Le colonel Ouimet répondit brièvement, mais avec éloquence. Il remercia

chaleureusement le public canadien, le maire de Montréal, les dames,

des secours donnés aux familles des volontaires, et pour la brillante

réception du jour. A peine était-il assis que trois, hourras retentirent

en son honneur sous l'immense voûte de la salle d'exercices.

M. le maire Beaugrand proposa en anglais la santé de la Montreal

Garrison Artillery et des autres bataillons qui, sans avoir participé à

la campagne, avaient été prêts à répondre à l'appel.

Le colonel Stevenson, appelé à répondre, dit qu'il s'associait de tout

coeur à la démonstration du jour. Il était heureux de serrer encore une

fois la main aux braves du 65e, de les voir revenir gais et en bonne

santé.

M. C. A. Corneiller parla en dernier lieu. Ce fut le discours de la

clôture du dîner. En faisant l'éloge des braves volontaires, l'orateur

paya un noble tribut d'hommages au zèle et au dévouement du R. P;

Prévost, l'aumônier du 65e bataillon. Il a suffi à, M. Cornellier de

rappeler ce nom si cher aux soldats dont on fêtait l'arrivée pour

soulever les applaudissements les plus enthousiastes.

Durant le dîner, la musique de la Cité et l'Harmonie font entendre les

morceaux les plus choisis de leur répertoire.

Cent-vingt jours de service actif Récit Historique Très Complet de la Campagne du 65ème au Nord-Ouest · 第 80 / 83 题