Après le chant, M. l'abbé Emard monte en chaire et prononce l'éloquente
allocution que nous ne pouvons ici que résumer:
L'orateur rappelle, en des termes éloquents, le beau fait d'armes
accompli lors des luttes de nos pères par Dollard Desormeaux et ses
compagnons, partis eux aussi de l'église Notre-Dame, où nous revient
aujourd'hui le 65e bataillon, Dollard et ses compagnons sont tombés sous
les flèches de l'ennemi; vous, vous nous revenez chargés des trophées de
la victoire.
Nous admirons l'idée qui vous conduit aujourd'hui au pied des autels
pour entonner un chant d'action de grâces; car vous prouvez que vous
avez combattu non seulement en patriotes, mais en chrétiens; vous avez
invoqué le Dieu des combats, et vous venez le remercier.
La Religion et la Patrie sont fières de leurs enfants et défenseurs.
Vous avez porté fièrement le drapeau de votre foi. Vous vous êtes
montrés dignes de votre devise: "_Nunquam retrorsum_" La Patrie vous
remercie des sacrifices que vous vous êtes imposés pour sa défense.
Ah! quels sacrifices! Vous avez abandonné vos situations, vous vous êtes
arrachés des bras de vos mères, de vos familles et de vos enfants, et
vous avez volé à l'ennemi.
Vous avez donné à l'Europe un exemple de votre valeur militaire, vous
vous êtes montrés dignes de vos ancêtres.
Nous avons contemplé votre courage, quand a sonné l'heure du départ;
vous n'avez pas déçu nos espérances.
Nous avons appris avec orgueil votre conduite valeureuse. Soldats, vous
êtes des braves! Nous sommes fiers de vous; soyez-le, comme nous le
sommes.
Pendant cette brillante campagne, il s'est élevé une note discordante,
mais votre noble conduite, vos exploits ont su faire taire la voix de
l'envie et du fanatisme. Vous qui n'aviez vu que le côté brillant de
l'art militaire, vous avez vu la mort en face, et vous l'avez envisagée
l'âme calme, le coeur ferme et l'oeil serein Honneur à vous!
Vous avez pris sur vos épaulea la croix véritable et vous êtes allés
la transporter au champ des martyrs Fafard et Marchand. Soyez fiers de
votre campagne mais restez toujours dignes; après avoir remporté les
triomphes de la terre, soyez dignes de la couronne des cieux...Ainsi
soit-il.
Suivit le chant du _Te Deum_; encore cette fois toutes les voix se
réunirent pour remercier Dieu du retour de nos hommes et l'heureux
résultat de cette campagne mémorable.
Un joli incident et qui a été fort goûté de tous ceux qui en ont été
témoins: Avant de quitter l'église le lieutenant-colonel Ouimet déposa
au pied de la statue de la Sainte Vierge le superbe bouquet qu'il avait
recu à l'hôtel-de-ville.
On laisse Notre-Dame, toujours le 85ème en tête avec son magnifique
corps de musique; suivent les anciens membres du 65ème bataillon, le
65ème, les fondateurs du bataillon et la foule. On reprend la rue
Notre-Dame, on descend la Côte Saint Lambert, la rue Craig et on entre
au "Drill Hall."
Le 85e forme encore la garde d'honneur, suivent les représentants des
autres corps militaires de Montréal, puis apparaît le 65e qui fait son
entrée toujours triomphale, toujours aux acclamations de la foule. Il
défile au son de la musique et se forme en colonne.