On passa le pont, on entrevoit au loin les contours de la montagne,
à gauche le joli village du Sault; à droite les cloches de l'église
Saint-Laurent, on reconnaît les maisons, les champs, etc.
La locomotive file toujours.
De temps à autre, un hourra se fait entendre, c'est un brave homme, une
bonne femme, un enfant, qui, le chapeau ou le mouchoir à la main, nous
envoie la bienvenue.
On passa Hochelaga, on est à Montréal, on approche du but. Les vivats,
les cris de joie, les acclamations deviennent plus nourris, on voit des
groupes aux fenêtres, sur les portes, sur la rive, cela prend du corps,
les groupes deviennent foule et nos braves soldats penchés aux fenêtres
des wagons, étonnés, émus de ces manifestations se regardent et se
demandent ce qui les attend encore.
En passant près du parc Mount, des acclamations enthousiastes saluent
le train au passage, maintenant chaque éminence, chaque fenêtre est
occupée.
La musique du 65ème entonne la marche triomphale composée spécialement
pour cette occasion.
Au loin un murmure qui se change bientôt en grondement se fait entendre
et quand enfin on dépasse le signal qui se trouve près du fleuve et que
le train entre en gare, c'est une explosion, un éclat de tonnerre qui se
fait entendre.