Le tiroir était plein d'or.
--Oh! fit-il, c'est à devenir fou!
--Soit, dit l'homme gris, mais, en attendant, mets quelques guinées dans
ta poche.
Et Shoking plongea une main fiévreuse dans le tiroir.
Cependant comme l'or brûle les mains de ceux qui n'ont pas l'habitude
d'y toucher, le pauvre diable se montra discret; il prit cinq ou six
guinées seulement et les glissa dans sa poche avec hésitation.
L'homme gris souriait toujours.
Il prit Shoking par le bras et l'entraîna.
Quand ils furent hors du cabinet de toilette, il lui dit:
--As-tu faim?
--Je ne sais pas, répondit Shoking.
--Et soif?
--Pas d'avantage.
Shoking ne savait même plus s'il était mort ou vivant: comment aurait-il
pu savoir s'il avait soif ou faim?
Ils arrivèrent dans le parloir où la table était dressée.
Mais l'Irlandaise et son fils ne s'y trouvaient plus.
--Où sont-ils donc? demanda naïvement Shoking.
--Couchés, répondit l'homme gris.
--Ici?
--Parbleu!
Alors le mendiant eut un accès de raison:
--Maître, dit-il, depuis que je me suis attaché à vous, je vous ai
loyalement servi.
--C'est vrai, dit l'homme gris.
--Ai-je donc mérité que vous vous moquiez ainsi de moi?
--Mais je ne me moque pas, dit l'homme gris en se mettant à table.
--Vrai?
Et Shoking se mit à table à son tour en disant:
--Je crois que j'ai faim.
--Et je parie que tu as soif.
Sur ce mot, l'homme gris lui versa à boire.
--Un nectar! dit Shoking qui vida son verre d'un trait.
Puis il avisa sur un coin de la table une écritoire, du papier et une
plume.
--Pourquoi donc cela? dit-il.
--Pour faire ton testament...
A ces mots, Shoking jeta un grand cri et laissa tomber sa fourchette:
--Ah! mon Dieu! fit-il, je commence à comprendre pourquoi vous me disiez
que Shoking était mort... Le vin que je viens de boire était sûrement
empoisonné!