SÉANCES SOLENNELLES D'OUVERTURE A L'HOTEL.-DE-VILLE.

Dans quelques jours, les séances solennelles d'ouverture des concours

pour les écoles spéciales vont être terminées. Ces séances, bien que

publiques, attirent peu d'autres spectateurs que les professeurs et les

élèves; cependant, c'est un spectacle qui ne manque pas d'intérêt. Cette

jeunesse studieuse qui se presse dans la salle d'apparat du vieil

hôtel-de-ville parisien, ces épaulettes, ces habits brodés qui brillent

devant le bureau on l'on voit aussi le costume modeste des savants

examinateurs, tout attire l'attention: car c'est là que va se décider

l'avenir de bien des familles. Dans ces séances préparatoires on tire au

sort le nom des concurrents, et l'ordre que le hasard leur donne, leur

indique celui dans lequel ils se présenteront au concours. C'est un

grave moment, et bien des coeurs battent: dans cette lutte qui va ouvrir

ou fermer une carrière, il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus.--Or,

il a fallu déjà bien du temps et bien de fortes études pour oser

affronter l'honneur de concourir, et même d'échouer dans cette lice

devenue si difficile.

C'est un honneur brigué maintenant par l'élite de la jeunesse française.

Dans ce millier de noms jetés tous les ans dans l'urne, on retrouve les

noms les plus distingués dans la noblesse, les sciences, l'armée, les

finances, le barreau; on dirait que chaque famille veut avoir son

représentant aux Écoles spéciales.--Aussi avons nous cru faire plaisir à

ceux de nos lecteurs qui ne pourront assister à ces séances, en leur

donnant quelques détails sur le concours de cette année, ou va se

décider l'avenir de leurs amis, de leurs parents, de leurs frères ou de

leurs fils.

Les Écoles spéciales, dont les examens commencent ou vont commencer,

sont les Écoles Polytechnique, Forestière, Navale et de Saint-Cyr. La

séance d'ouverture pour l'École Navale a eu lieu le 5 juillet; celle des

autres Écoles est remise au 20 de ce mois. C'est Paris qui ouvre la

lice. Les autres villes qui sont centres d'examen ne commenceront leurs

séances que plus lard.

Les concours seront sans doute brillants cette année: on peut le

présumer d'après le nombre des athlètes qui se présentent pour la lutte.

Ce nombre augmente chaque année dans une progression telle qu'on ne

saurait prévoir où elle s'arrêtera. C'est l'indice que l'étude des

sciences exactes est cultivée avec une ardeur croissante dans les

collèges royaux et les institutions de Paris. Un simple rapprochement de

chiffres suffira pour le prouver..

En 1839, le nombre des candidats pour l'École Polytechnique, inscrits à

Paris, fut de 112

En 1840, il n'atteignit que 123

En 1841, il fut de 148

En 1842, il s'éleva jusqu'à 389

En 1843, il a dépassé 470

Il a donc presque quadruplé en quatre ans.

Pour l'École de Saint-Cyr, il a positivement quadruplé. En 1839, le

nombre des candidats inscrits à Paris était de 62

En 1840, de 75

En 1841 (1er concours en février, motivé par les événements de 180),

de 196

En 1841 (2e concours normal, en juillet), de 199

En 1842, de 261

En 1843, de 300

Pour l'École Navale la progression est la même.

En 1839, le nombre des candidats inscrits à Paris était de 41

En 1843, il est de 140

Les collèges Saint-Louis, Louis-le-Grand, Charlemagne sont toujours ceux

qui fournissent le plus de candidats. L'aristocratique, le léger et

spirituel Bourbon y compte à peine quelques représentants: la

Chaussée-d'Antin se charge d'alimenter l'École de Droit. Parmi les

institutions particulières, l'institution Sainte-Barbe, MM. Barbet,

Parchappe, Debains, Loriol, envoient les plus nombreuses phalanges.

Sans doute on ne peut que se féliciter pour la force des études de cette

concurrence, qui pousse tant de jeunes gens sur le seuil des Écoles du

gouvernement. Mais n'y aurait-il pas un regret de voir s'encombrer ainsi

la carrière qui offre en perspective les emplois salariés par l'État, et

n'y aurait-il pas un danger dans le désappointement des concurrents

malheureux dont l'avenir doit changer après de si dignes études

spéciales?--Or il faut s'attendre que le nombre en soit grand; si les

concurrents se multiplient, les places ne se multiplient pas dans la

même proportion.--Il faut donc le répéter: Il y aura beaucoup d'appelés,

mais peu d'élus.

L'Illustration, No. 0020, 15 Juillet 1843 · 第 7 / 18 题