C’est le deuxième acte, l’intérieur de la comtesse, que nous montre

le tableau représenté ici. _Peu après le mariage_, dit la notice. Cet

intérieur ne manque pas, certes, de pittoresque et, au premier coup

d’œil, nous découvrons que l’ordre et l’économie n’y règnent pas. Le

décor est très riche, l’appartement se prolonge en un salon tout peuplé

de tableaux de maîtres, mais il suffit de regarder les personnages

pour se convaincre que la gêne, peut-être même la ruine, menacent ce

luxueux logis. Nous sommes au petit jour; le mari vient de rentrer,

après une nuit de débauche; il s’affale sur un fauteuil, l’habit

défait, débraillé et, les mains enfoncées dans les poches, il subit

d’un air indifférent les invectives de sa femme qui a passé la nuit à

l’attendre.

A gauche du tableau, on aperçoit le vieux maître d’hôtel, les mains

pleines de billets qu’on n’a pu payer et qu’on ne payera pas; il

s’éloigne navré, en levant les yeux au ciel. Évidemment, Hogarth a

connu ce ménage, et peut-être beaucoup de ménages semblables; nous

savons trop bien que cette histoire est éternelle.

«Il est difficile de découvrir dans l’histoire de la peinture anglaise

des documents plus fidèlement représentatifs d’une époque. Dans le

cadre si précis des accessoires, les personnages apparaissent doués

d’une vie si réelle, qu’à leur vue l’évocation historique se produit

immédiate et le spectateur se trouve immédiatement transporté au foyer

dévasté d’une de ces familles de la haute société anglaise atteinte par

la dissolution générale des mœurs.» (Armand Dayot.)

Hogarth ne toucha que 3.150 francs, en 1750, pour les six toiles du

_Mariage à la mode_ que Sir Augustin paya, trente ans plus tard, 34.325

francs. C’est ce collectionneur qui les a léguées à la “National

Gallery” où elles figurent aujourd’hui dans la salle XIX, réservée à la

vieille école anglaise.

* * * * *

Hauteur: 0.68.--Largeur: 0.88.--_Figures: 0.34._

VELAZQUEZ

PHILIPPE IV

SALLE XIV.--ÉCOLE ESPAGNOLE

[Illustration]

_Philippe IV_

Le _Philippe IV_ de la “National Gallery” représente le monarque aux

environs de la quarantaine. Ce n’est plus le mince jeune homme qu’une

haute stature fait paraître légèrement efflanqué; ses joues maigres se

sont emplies, un double menton se pose sur la fraise de dentelle et un

léger embonpoint lui donne une plus grande apparence de majesté. Mais

la chair envahissante a transformé le masque sans l’altérer: toutes

les caractéristiques de la race s’y retrouvent. C’est le même visage

étroit, aplati sur les tempes; l’œil a cette même fixité inquiétante

de jadis, où se lisent l’orgueil de la race et une sorte d’hébétude

tranquille, un peu cruelle, qu’on remarque dans le regard des fauves.

Le haut du visage, avec le front haut, ne manque pas d’intelligence;

le bas, au contraire, avec la lèvre autrichienne tombante, le menton

empâté et lourd, accuse la déchéance commençante qui, si vite,

va plonger dans une quasi-imbécillité les tristes descendants de

Charles-Quint. La rude griffe du destin ne s’est pas encore trop

violemment imprimée sur la face ronde de Philippe IV; ce monarque

n’est qu’au premier échelon de cette émouvante et tragique descente

d’une dynastie s’abîmant dans le néant. Ce roi possède un certain air

de noblesse qui trahit son illustre origine; on ne devinerait pas, au

seul examen de ces traits, que, derrière le masque énergique, se cache

une volonté faible, une humeur fantasque, un médiocre esprit. Comme

tous ceux de sa famille, Philippe IV, héritier de Charles-Quint aux

cheveux rouges et du blafard Philippe II, porte en lui cette langueur

autrichienne qui se manifeste par l’excessive blondeur des cheveux

et des moustaches. Il n’a rien d’espagnol, ce roi, ni le feu sombre

des yeux, ni la vivacité des mouvements, ni le goût du plaisir. Son

humeur est morose, son esprit inquiet, il règne sur des peuples qu’il

ne connaît pas et, comme ses ancêtres, il gouverne deux mondes du fond

d’une cellule de l’Escorial. S’il chasse, car il est grand chasseur,

c’est moins par plaisir véritable que pour tromper l’ennui mortel qui

le dévore. Son costume est toujours de couleur sombre, comme celui

des moines dont il fait son habituelle compagnie, et tout le luxe de

ce monarque, possesseur des plus beaux diamants du monde, se borne au

collier qui soutient la Toison d’Or.

Tel est le personnage dont Velazquez nous a laissé de si nombreux et

si puissants portraits. Peintre officiel de la cour, il a eu à peindre

son souverain en de nombreuses circonstances. On trouve des portraits

de Philippe IV dans presque toutes les galeries d’Europe et nous l’y

voyons à tous les âges. Celui que nous donnons ici est un des plus

beaux avec celui du Louvre.

Quand on parle de Velazquez, il semble superflu de s’attarder aux

beautés de son œuvre. Elles brillent d’un tel éclat et s’emparent si

vivement de notre esprit que tout commentaire affaiblirait l’impression

reçue. Ne suffit-il pas de contempler ce portrait pour sentir que l’on

est en présence d’un maître? N’est-ce pas une âme qui transparaît

derrière ce masque indolent et altier? Cette toile est vraiment

émouvante: la physionomie est empreinte de désillusion, de tristesse,

on y devine la lassitude de toutes les obligations du rôle officiel,

toute la désespérance de l’homme qui a perdu sa première femme et

son fils, ainsi que deux des enfants de sa seconde femme et dont

l’intelligence est à peu près annihilée par la dévotion.

Il faudrait la plume d’un Michelet pour décrire ces effigies royales

laissées par Velazquez; ce sont, en même temps que d’admirables

morceaux de peinture, des documents révélateurs, on pourrait même dire

indiscrets. L’artiste se montre là un pénétrant psychologue: grâce à

lui, nous connaissons à fond la psychologie du morne Philippe IV, et

d’après sa physionomie, nous comprenons les causes de l’inéluctable

décadence de l’Espagne.

Philippe IV, disons-le à sa louange, fut toujours un parfait protecteur

de Velazquez. Il fit même mieux que le protéger, il l’aimait autant

que pouvait aimer cette nature indolente et mélancolique. En 1625,

après son premier portrait, il le gratifie d’un présent de trois cents

ducats, d’une pension de même valeur et d’un logement à la Cour. Très

souvent, il s’échappe de ses appartements et vient passer de longues

heures dans l’atelier de Velazquez et s’entretient avec lui en le

regardant travailler; en 1651, il le nomme maréchal du Palais, avec un

superbe traitement et un logement princier dans la maison du Trésor.

Cette charge oblige le peintre à organiser des fêtes pour la nouvelle

reine Mariana d’Autriche, jeune princesse de dix-sept ans, que la

triste cour d’Espagne ennuie et que le roi veut distraire. Enfin, en

1668, Philippe IV le fait chevalier de Santiago, malgré les résistances

du Conseil de l’ordre qui ne le trouve pas d’assez bonne noblesse et

refuse de l’admettre. C’est une gloire, la meilleure pour le roi,

d’avoir toujours défendu son peintre contre l’hostilité de la cour; il

s’opposa même plus tard, avec une louable énergie, aux entreprises de

ceux qui voulurent, après sa mort, salir sa mémoire.

Le portrait de _Philippe IV_ appartient à l’ancienne collection; il

figure dans la salle XIV, réservée à la peinture espagnole.

* * * * *

Hauteur: 0.63.--Largeur: 0.52.--_Figure grandeur nature._

PISANELLO

SAINT ANTOINE ET SAINT GEORGES

SALLE VIII.--VIEILLE ÉCOLE VÉNITIENNE

[Illustration]

_Saint Antoine et saint Georges_

Sous les regards d’une Vierge, dans le ciel, au milieu d’une gloire

d’or, saint Antoine et saint Georges se rencontrent, aux confins de

la solitude où vit le saint ermite. Amusante et pittoresque rencontre

que celle de ces deux personnages, si différents d’allure et de

condition. Saint Antoine s’est porté au-devant du noble chevalier

venu, sans doute, pour le visiter: il porte le costume traditionnel

des anachorètes, une longue robe de bure dont le capuchon se rabat sur

sa tête chenue. Du visage amaigri par les mortifications et envahi par

une grande barbe blanche, on n’aperçoit que deux yeux pleins de feu et

de vie. Dans sa main gauche le vénérable vieillard tient la clochette

qu’agitaient autrefois les cénobites, en temps d’orage, pour prévenir

le voyageur que, tout près de lui, se trouvaient un refuge et un abri.

A ses pieds se tient couché le cochon, habituel compagnon du saint.

Tout différent est saint Georges, patron des cavaliers. Il est jeune,

élégant et porte le riche costume des chevaliers du XVe siècle, avec

cuirasse, jambières et brassards. Sous son armure est attaché un

mantelet où se trouve brodée la croix de Jérusalem.

Ce qui donne à ce guerrier bardé de fer son caractère pittoresque,

c’est le chapeau à larges bords, orné d’une plume, dont le peintre l’a

gratifié. Rien de moins martial que ce couvre-chef en paille surmontant

un appareil aussi belliqueux. Mais la rencontre des deux saints a sans

doute lieu en Italie, aux environs de Vérone, où le soleil est très

ardent et le saint gentilhomme a jugé plus commode de troquer son

haubert contre une coiffure plus légère. Tout près de lui, on aperçoit

les têtes des chevaux qui l’ont amené jusqu’ici, avec son écuyer.

Couché à ses pieds, le peintre a placé le dragon grimaçant qui roule

ses anneaux tout près du cochon: les deux bêtes paraissent, d’ailleurs,

vivre en bon voisinage. Le tableau se complète par un paysage de forêt

dont on aperçoit les arbres, pressés, serrés les uns contre les autres,

presque au même plan que les personnages.

Pour juger une œuvre comme celle-là, il est absolument nécessaire de

la voir avec des yeux non prévenus et, pour cela, nous devons remonter

jusqu’à l’époque où vécut l’artiste. Vers la fin du XIVe siècle, l’art

s’est à peine débarrassé, sous l’heureuse influence de Giotto, de la

raideur hiératique; progressivement, mais lentement, le byzantinisme

disparaît, les personnages s’animent, les anatomies se dessinent, la

vie pénètre dans le corps humain, jusque-là momifié.

Pisanello fut l’un des principaux artisans de cette première

renaissance qui prépara l’autre, la grande, et qui ouvrit la voie

que devaient suivre plus tard, si glorieusement, les Raphaël et les

Corrège. A titre de précurseur, Pisanello mérite une place de choix

dans la lignée des grands peintres. On fait aujourd’hui bon marché

des quelques incorrections et des naïvetés de cette peinture pour

n’en retenir que les qualités supérieures qui s’y révèlent: un sens

très poussé de la composition, un effort réel vers l’expression des

physionomies, une connaissance, intuitive peut-être, mais certaine, de

l’anatomie des corps.

Aussi Pisanello, dont les œuvres sont aujourd’hui très rares, jouit-il

d’une estime méritée. Les musées se disputent ses tableaux et

s’enorgueillissent d’en posséder.

Pisanello naquit à Vérone, en 1397. Son père était originaire de Pise,

d’où le surnom donné au peintre. Pisanello, dès sa jeunesse, subit

l’influence d’Altichiero da Zevio et de Jacopo d’Avanzi, aussi bien que

des autres peintres et miniaturistes qui florissaient à Vérone dans

la deuxième moitié du XIVe siècle. En 1421, nous le trouvons à Venise,

engagé par Gentile da Fabriano pour la décoration de la salle du Grand

Conseil au Palais Ducal. Il ne reste rien aujourd’hui de ces fresques

qui furent refaites, en 1474, par Gentile Bellini. Pisanello revient

ensuite à Vérone, où il décore la plupart des églises de la ville, mais

ces œuvres ont été ou dispersées ou si maltraitées par le temps qu’on

n’en peut apercevoir sur les murailles que d’insignifiants fragments.

Aujourd’hui, l’art de Pisanello ne peut plus être apprécié que dans

quatre peintures de chevalet, précieux joyaux dont s’enorgueillissent

le musée de Bergame, le Louvre et la “National Gallery”. Le Louvre

possède une délicieuse _Princesse de la maison d’Este_; la “National

Gallery” place au rang de ses plus riches trésors deux œuvres de

Pisanello: _la Vision de saint Eustache_ et _Saint Antoine et saint

Georges_.

Pisanello fut, en même temps que peintre, un graveur sur médailles de

très grande valeur. Le British Museum possède un certain nombre de ces

médailles qui sont très belles. L’artiste les signait: _Opus Pisani

pictoris_, pour bien montrer cependant qu’il était peintre avant tout.

_Saint Antoine et saint Georges_ fut offert à la “National Gallery”,

en 1867, par lady Eastlake; il figure aujourd’hui dans la salle VIII,

réservée à la peinture de la vieille école vénitienne.

* * * * *

Hauteur: 0.45.--Largeur: 0.29.--_Figure: 0.27._

HOBBEMA

L’ALLÉE DE PEUPLIERS

SALLE XII.--ÉCOLE HOLLANDAISE

[Illustration]

_L’Allée de peupliers_

Le paysage n’a guère été cultivé par les Italiens, trop occupés de

l’homme pour faire grande attention à ce qu’on appelle aujourd’hui la

nature. On peut dire que Michel-Ange n’y jeta pas un seul coup d’œil,

et chez les autres maître de la péninsule, le paysage n’intervient que

pour servir de fond aux figures et les faire valoir. Sans y attacher

d’importance, Titien en fit d’admirables, mais le paysage n’était pas

un art séparé, ayant sa valeur propre; c’est vers les pâles climats du

Nord, sous les tristesses d’un ciel souvent brumeux, que le sentiment

de la nature se développa dans une rêveuse contemplation. Ruysdaël

fit de magnifiques paysages entièrement débarrassés d’histoire et

de mythologie, où l’homme n’intervenait qu’accessoirement et dans

sa proportion réelle. Il peignit des forêts sans nymphes où, sous

l’obscurité des branches, cheminait quelque paysan ou quelque vieille

portant un fagot; de grands arbres frissonnant au vent d’automne sur un

ciel grisâtre encombré de nuages gros de pluie, des buissons échevelés

au sommet de quelque tertre sablonneux, des torrents écumant contre

des pierres, des digues et des estacades de poteaux battues par l’eau

jaunâtre de la mer du Nord, avec une voile au loin s’inclinant sous la

rafale.

Qui fut le père de ces admirables paysagistes? Berghem peut-être, ou

plutôt Everdingen, sinon par leçons directes, du moins par influence;

en tout cas la nature. Presque tous ces peintres, dont la vie reste

obscure malgré les recherches, ne quittèrent jamais les environs de

leurs villes natales; mais il n’y a pas besoin de voyager pour être un

grand artiste, il suffit d’ajouter son âme à la nature qui vous entoure.

Ruysdaël est, certes, le plus grand paysagiste de Hollande, mais c’est

aussi un grand artiste que Minderhout Hobbema. Après sa mort, dont

on ignore la date précise, la renommée de ce peintre, qui dut être

apprécié de son vivant, subit, on ne sait pourquoi, une longue éclipse.

Il disparut dans l’oubli avec toute son œuvre, et ne reparut aux ventes

que vers 1739. Mais on ne faisait aucun cas de ses tableaux, qu’on paye

aujourd’hui des sommes folles. Ils se vendaient à bas prix et souvent,

pour leur donner de la valeur, on en effaçait la signature et l’on y

substituait celle de peintres plus en vogue, de Ruysdaël, dont il se

rapproche, ou de Dekker. Son œuvre ainsi débaptisée se fondit peu à peu

dans celle d’autres artistes et les tableaux authentiques d’Hobbema

sont devenus d’une excessive rareté. A la célèbre vente Patureau, _les

Moulins_ montèrent à cent mille francs.

Hobbema n’a pas la poésie de Ruysdaël, mais il possède un profond

sentiment de la nature, et il exprime d’une manière admirable la

puissante vie végétale de la forêt. Ses vieux chênes au tronc rugueux,

aux fortes branches, aux feuilles épaisses, sont pleins de sève, et ses

sous-bois, où cheminent des bûcherons ou des paysannes, ont bien la

fraîcheur humide de la Hollande.

La caractéristique du talent d’Hobbema est la vigueur, vigueur de

dessin, et vigueur de coloris. Examinons sa magnifique _Allée de

Peupliers_, reproduite ici. La manière habituelle d’Hobbema s’y révèle

toute. Ces grands arbres au fût grêle, couronnés d’un minuscule bouquet

de feuilles, acquièrent une force exceptionnelle à se profiler ainsi en

plein ciel.

Cette allée de Middelharnis, en Hollande, est une merveille de

perspective; ses ornières s’enfuient en se rétrécissant jusqu’aux

premières maisons du village, dont on aperçoit la masse rouge dominée

par le clocher. On pourrait dire de cette route qu’elle est tout le

tableau si le peintre, avec sa minutie toute hollandaise, n’avait

prodigué autour de ce motif central des détails d’une étonnante

virtuosité. A droite et à gauche de l’avenue, les prés s’étendent et

le vert des champs prend des colorations atténuées sous la grisaille

d’un ciel où roulent des nuages. Le vide que laisse, de chaque côté,

la haute stature des peupliers, est heureusement rempli, à gauche par

un sombre massif d’arbustes, à droite par un corps de ferme qui se

prolonge jusqu’au premier plan par une rangée d’arbres.

Ça et là, de minuscules personnages sont représentés, comparses

indifférents qui disparaissent dans la majestueuse grandeur du paysage.

D’ailleurs Hobbema, comme Claude Lorrain, ignorait l’art de dessiner

les figures; il en laissait le soin à des collaborateurs spéciaux, qui

étaient eux-mêmes des maîtres. Ruysdaël qui était son ami, lui rendait

volontiers le service de placer au bon endroit les petits bonshommes

dont s’animent ses paysages; Adrien Van de Velde y travailla aussi

souvent.

Malgré cela, Hobbema fut peu prisé de son vivant et il vendait si mal

ses tableaux qu’il dut accepter pour vivre un modeste et absorbant

emploi dans les douanes, qui lui laissait peu de loisirs pour peindre,

ce qui explique la rareté de ses œuvres.

_L’Allée de Peupliers_, qui est le chef-d’œuvre d’Hobbema, date

vraisemblablement de la fin de sa vie. Elle est entrée à la “National

Gallery” en 1871, avec la collection Peel, en même temps que cinq

autres toiles du même peintre et figure avec elles dans la salle XII,

réservée aux toiles de cette collection.

* * * * *

Hauteur: 1.02.--Largeur: 1.40.

HANS HOLBEIN

LES AMBASSADEURS

SALLE XV.--ÉCOLE ALLEMANDE

[Illustration]

_Les Ambassadeurs_

Dans une remarquable conférence sur le portrait, le maître Albert

Besnard s’exprime ainsi:

«Il est incontestable que ce que l’homme aime le mieux dans la nature,

c’est encore lui-même; voilà pourquoi le portrait est l’œuvre dont

l’intérêt résiste le plus au temps et aux esthétiques dévastatrices...

Le portrait est le point de repère de l’histoire, qu’il renseigne,

par la physionomie, le costume et l’attitude. Les héros disparus sans

laisser d’effigies ne nous intéressent que comme des abstractions. Nous

admirons leurs actions comme de beaux nuages dans le ciel sans savoir

d’où ils viennent. De quels frissons, au contraire, ne sommes-nous pas

saisis devant les faces pâles aux petits yeux bridés d’un Charles IX

ou d’un Henri III! Leur costume que nulle description ne rétablirait

symbolise l’époque et aide puissamment à la classer dans le recul des

temps. Le chapeau au panache blanc d’Henri IV, c’est la victoire; de

Louis XIII les cheveux plats et les culottes bouffantes racontent toute

une époque de luttes philosophiques, mystiques et littéraires, que

vient dramatiser la cape rouge de Richelieu...»

En dépit de lui-même, s’il peint le milieu dans lequel il vit, le

peintre fait œuvre d’historien, il documente les générations futures

sur un temps qu’elles n’ont pas connu. En ce sens, Holbein aura été

l’évocateur d’une des plus curieuses époques de l’Histoire. Par ses

portraits il fait revivre tous les personnages qui jouèrent un rôle

dans la première moitié du XVIe siècle. Mêlé au mouvement intellectuel

qui secouait le vieux monde, le peintre connut à Bâle les principaux

protagonistes des idées nouvelles, Erasme et Amerbach; c’est tout le

scepticisme ironique des humanistes, précurseurs de la Réforme, qu’on

lit sur le mince et intelligent visage d’Erasme. Plus tard, admis à la

cour d’Angleterre, il peindra le lourd et brutal Henri VIII et, sur ses

traits, il inscrira ineffaçablement la cruauté, la luxure, la violence

de ce tueur de femmes. En même temps que le bourreau il a peint les

victimes, Anne Boleyn, Jane Seymour, et d’autres.

Il est historien encore, d’une moins dramatique histoire, dans le

tableau que nous reproduisons ici. Les deux personnages accoudés à

cette table sont des ambassadeurs: l’un, celui de gauche, richement

habillé d’un manteau bordé de fourrures, est Jean de Dinteville,

seigneur de Polésy, ambassadeur de France: à son cou est attaché le

collier de l’ordre royal de Saint-Michel; l’autre est George de Selve,

évêque de Lavaur, portant un costume noir ecclésiastique avec le bonnet

carré. Sur la table qui les sépare sont disséminés des objets divers,

instruments scientifiques, et l’on y aperçoit même une viole. Entre les

deux personnages, à terre, se remarque un objet bizarre dans lequel on

a voulu voir la déformation d’un crâne humain.

Ce qui est admirable dans cette peinture, c’est la beauté des têtes,

leur vérité d’expression, la puissance de vie qui les anime et qui fait

de ce peintre l’un des plus étonnants portraitistes connus.

Le magnifique tableau des _Ambassadeurs_, un des chefs-d’œuvre

d’Holbein, fut peint en 1533. Entre 1790 et 1795, il passa par vente

aux mains du comte de Radnor et resta dans la famille jusqu’en 1891. A

cette époque, la “National Gallery” l’acheta à un prix très élevé et le

plaça dans la salle XV réservée à la peinture allemande.

* * * * *

Hauteur: 2.08.--Largeur: 2.08.--_Figures grandeur nature._

TABLE DES MATIÈRES

Pages.

_Avertissement_ 1

_Arnolfini et sa femme_, par J. Van Eyck 5

_Portrait de Jeune homme_, par Botticelli 11

_Intérieur hollandais_, par P. de Hooch 17

_Vénus et Cupidon_, par Velazquez 23

_Saint-Georges terrassant le Dragon_, par Le Tintoret 29

_Les Grâces couronnant l’Hymen_, par Reynolds 35

_Christine de Milan_, par Holbein 41

_La Vierge aux Rochers_, par L. de Vinci 47

_Mrs. Siddons_, par Gainsborough 53

_Les Enfants de Charles Ier_, par A. Van Dyck 59

_Élisa Bonaparte_, par Louis David 65

_Flatford Mill_, par J. Constable 72

_Le Doge Lorédan_, par Giovanni Bellini 77

_Le Jugement de Pâris_, par Rubens 83

_Une Dame et son Enfant_, par Romney 89

_Bacchanale_, par N. Poussin 95

_Le Retour d’Ulysse_, par Pinturicchio 101

_Portrait de Dame âgée_, par Rembrandt 107

_Mercure instruisant Cupidon_, par Le Corrège 113

_Ulysse s’éloignant de Polyphème_, par Turner 119

_Cornélius van der Geest_, par A. Van Dyck 125

_Jeune Buveur_, par Murillo 131

_Groupe de Famille_, par Franz Hals 137

_La Fille aux crevettes_, par W. Hogarth 143

_La Leçon de musique_, par G. Metsu 149

_Le Marché aux chevaux_, par Rosa Bonheur 155

_Vieille Femme pelant une poire_, par David Téniers 161

_La Vierge et l’Enfant_, par Raphaël 167

_Lady Cockburn et ses enfants_, par Reynolds 173

_Bacchus et Ariane_, par Le Titien 179

_La Femme à l’Épinette_, par Jan Vermeer 185

_Port de Mer avec Personnages_, par Cl. Lorrain 191

_Portrait de Jeune fille_, par Ghirlandajo 197

_La Servante paresseuse_, par N. Maës 203

_Mrs. Mark Currie_, par Romney 209

_Nativité_, par Piero Della Francesca 215

_Portrait d’homme_, par Terburg 221

_L’Origine de la voie lactée_, par Le Tintoret 227

_Un Chanoine et ses saints patrons_, par Gérard David 233

_L’Annonciation_, par Crivelli 239

_Le Mariage à la mode_, par Hogarth 245

_Philippe IV_, par Velazquez 251

_Saint Antoine et saint Georges_, par Pisanello 257

_L’Allée des peupliers_, par Hobbema 263

_Les Ambassadeurs_, par Holbein 269

INDEX ALPHABÉTIQUE

La "National Gallery" · 第 9 / 10 段