On a beaucoup parlé de Garibaldi et de ses volontaires; les journaux ont
retenti pendant quatre mois des événements qui se sont accomplis en
Sicile et en Italie. Pour les uns, le célèbre Niçois est un aventurier,
un écumeur de mer, un Walker de la pire espèce; ses compagnons un amas
de bandits, de flibustiers, rebut de la société des quatre parties du
monde. Pour les autres, l'ancien défenseur de Rome est un héros, une
figure prise dans le livre de Plutarque, presque un nouveau Messie
entouré d'une phalange de martyrs et de libérateurs. Mais il y a un
point sur lequel tout le monde est d'accord, c'est sur l'intégrité et le
désintéressement de l'ermite de Caprera.
J'aurais pu, comme un autre, essayer une monographie de Garibaldi que
j'ai connu dans la Plata, à l'époque où il commençait la vie aventureuse
qui l'a mené jusqu'à la conquête d'un royaume; et aborder à ce propos
les considérations historiques et politiques auxquelles on est
naturellement si enclin à se laisser entraîner: j'avais aussi ma petite
brochure dans la tête et ma petite solution dans la poche. Mais je me
suis rappelé heureusement à temps le vers du Bonhomme, et me suis
souvenu que je ne devais avoir d'autres couleurs que celles de ma
palette.
Je me suis donc résigné à écrire les faits dont j'ai été témoin, comme
je les aurais dessinés, cherchant à reproduire leur côté pittoresque
sans blesser personne. Peut-être ces simples esquisses recueillies à la
hâte par un artiste qui depuis vingt ans a assisté, soit comme
correspondant de nos premières feuilles, soit comme peintre officiel de
la marine, à tous les grands événements contemporains, auront-elles leur
enseignement et leur utilité. C'est tout ce que j'espère, tout ce que je
désire pour ce petit livre.