Que si on est trois à se promener, le milieu est le lieu d'honneur

et, partant, celuy de la personne qualifiée; la droite est le second,

et la gauche est le troisième. De là vient que le haut bout dans un

jardin, et ailleurs où l'usage n'a rien déterminé, est la droite de la

personne qualifiée.

Que si, par exemple, deux grands Seigneurs faisoient mettre un

inférieur au milieu d'eux pour pouvoir mieux écouter quelque récit

qu'il auroit à leur faire, il faut à chaque retour d'allée que

l'inférieur se tourne du costé du plus qualifié de ces Seigneurs. Que

s'ils sont tous deux égaux, il faut qu'il se tourne à un bout d'allée

du costé de l'un, et à l'autre bout du costé de l'autre; observant de

quitter luy-même le milieu quand il aura achevé son récit.

Que si la personne qualifiée garde sa place, qui est le milieu, et que

les deux autres personnes qui sont à ses costez soient d'une assez

égale condition, il sera de son honnesteté de se tourner à chaque

retour d'allée tantost vers l'un et tantost vers l'autre.

En général, quand on se promène deux à deux, il faut observer qu'au

bout de chaque longueur de promenade, on doit tourner en dedans du

costé de la personne avec laquelle on se promène, et non en dehors, de

peur de luy tourner le dos.

Que si on se promène trois ensemble, et que l'on soit égaux, on peut

se quitter le milieu alternativement à chaque retour d'allée, celuy

qui estoit au milieu se reculant à costé pour laisser entrer au milieu

un de ceux qui estoient à costé.

Que si la personne qualifiée s'asseoit pour se reposer, il ne

faudroit point s'asseoir près d'elle qu'elle ne nous y conviast, et

en ce cas-là on doit prendre le bas bout, c'est-à-dire sa gauche, en

laissant un espace raisonnable entre deux. Mais si nous nous trouvions

avec d'autres gens, ce seroit une grande incivilité de se promener en

la présence et à la veuë de la personne qualifiée pour laquelle on

doit avoir du respect; comme aussi de se tenir assis devant elle si

elle se promenoit.

De même, c'est une grande incivilité, quand on est dans le jardin

d'une personne que l'on doit respecter, d'y cueillir ou des fruits, ou

des fleurs, ou autre chose. Si on en présente, on peut les accepter,

sinon il ne faut toucher à rien que des yeux.

Que si on rencontre dans les ruës teste à teste une personne de

qualité, il faut prendre le bas où est le ruisseau. S'il n'y a point

de haut ni de bas dans un chemin, il faut se poster en sorte que nous

passions sous sa main gauche pour luy laisser la main droite libre. Et

cela se doit aussi observer dans la rencontre des carrosses.

Que s'il s'agit de la saluer comme venant de la campagne, il faut le

faire en se courbant humblement, ostant son gand et portant la main

jusqu'à terre. Mais sur tout il faut faire ce salut sans précipitation

ni embarras, ne se relevant que doucement, de peur que la personne que

l'on saluë venant aussi à s'incliner, et peut-estre par honnesteté à

embrasser celuy qui la saluë, on ne luy donne quelque coup de teste.

Que si c'est une Dame de haute qualité, il faut par respect ne la pas

baiser, si elle-même par honnesteté ne tend la jouë, et alors même il

faut seulement faire semblant de la baiser, et approcher le visage

de ses coëffes. Et de quelque façon qu'on la saluë, soit qu'on la

baise ou non, il faut que toutes les révérences se fassent avec de

très-profondes inclinations de corps.

Que si, en la compagnie de cette Dame, il s'en rencontre quelques

autres qui soient d'égale condition ou indépendantes d'elle, alors

il les faut saluer de même. Que si elles luy sont inférieures ou

dépendantes, c'est une incivilité de les saluer, parce que c'est faire

quelque injure à leur supérieure que de les traiter de leur égale.

* * * * *

VI

EXTRAIT DE _La civilité puérile et honneste, dressée par un

missionnaire_[292].

[1749]

_La manière de saluer en se rencontrant._—Si dans le chemin vous

rencontrez une personne qui vous semble de mérite, ou par son âge

ou par sa qualité, vous la saluerez honnestement, sans beaucoup

vous retourner vers elle, si ce n'est que vous la connoissiez

particulièrement.

Il ne faut pas qu'un jeune enfant fasse de difficulté de saluer les

personnes qu'il rencontre, particulièrement si ces rencontres ne sont

pas fréquentes, parce qu'il y a de l'honneur à honorer les autres.

La coutume de Paris est de ne saluer que ceux que l'on connoist, à

cause du luxe et de la braverie[293] qui règne dans cette ville, où

la qualité des personnes est méconnoissable. Il ne faut pas néanmoins

refuser ce devoir aux ecclésiastiques et aux religieux.

Si une personne vous salue et vous arreste dans le chemin, il faut lui

rendre au moins autant qu'il vous donne, pourveu qu'il ne vous soit

pas tout à fait inférieur. Il ne faut pas dire à toutes personnes:

_Comment vous portez-vous?_ mais seulement à ceux qui vous sont à peu

près semblables, et que vous connoissez particulièrement.

Dans la rencontre d'une personne d'honneur ou qui vous est semblable,

donnez-lui le haut bout, et vous retirez tant soit peu au milieu de la

rue pour lui faire honneur[294].

Il est de mauvaise grâce de dire à une personne _Couvrez-vous,

monsieur_, si ce n'est qu'il soit inférieur. A vos semblables, vous

pouvez dire _Couvrons-nous_.

Si vous avez besoin de vous couvrir en présence d'une personne à qui

vous voulez faire de la civilité, vous pouvez lui dire: _Monsieur,

j'attends votre ordre pour me couvrir._

Si on vous dit de vous couvrir, il le faut faire incontinent, sans

attendre qu'on vous l'ait dit trois fois; et si la personne qui vous

parle est aussi découverte, ne vous couvrez pas le premier, mais

faites-le ensemble.

_Du port ou du maintien extérieur._—Il ne faut point baisser le dos

comme si vous aviez un gros fardeau sur les épaules; mais tenez-vous

toujours droit, et accoutumez-vous à cette posture.

Ne mettez pas votre chapeau sur l'oreille, ni trop sur le devant de la

teste comme si vous vouliez cacher votre visage; voyez comme font les

honnestes gens.

Portez votre manteau sur les deux épaules, et non pas retroussé sous

le bras; il est encore plus ridicule de le porter sur le coude.

Ne mettez pas les bras aux costés, comme ces femmes qui sont en colère

et qui disent des injures à leurs voisines.

Il est incivil de branler les jambes quand on est assis, comme font

les petits enfans qui ne peuvent s'en empescher.

Il ne faut pas aussi mettre une jambe sur l'autre: cela n'appartient

qu'aux grands Seigneurs et aux Maistres; mais tenez-les fermes et

arrestées, les pieds également joints et non croisés l'un sur l'autre.

_La manière de donner ou de recevoir quelque chose._—Si vous

présentez quelque chose à quelqu'un, il faut baiser la chose si cela

se peut; et la lui ayant présentée, il faut faire la révérence.

Si on vous présente quelque chose, telle qu'elle puisse estre, il faut

baiser la main avant que de la recevoir, et puis baiser la chose que

vous avez reçue. Il ne faut pas néanmoins mettre la main ou la chose

si près de la bouche: il suffit de faire semblant de la baiser.

Quand vous présentez quelque chose à quelqu'un, il la faut tellement

tenir qu'il la puisse prendre facilement par où elle doit estre prise.

Ainsi, lorsque vous présentez un couteau ou une cuillière, il faut

tourner le manche vers celui qui doit la recevoir.

C'est contre la bienséance de faire des éloges du présent que vous

faites, comme si vous vouliez que l'on eût plus de reconnoissance.

Que si d'autres le louoient, il faut répondre que vous souhaiteriez

qu'il fust plus beau et plus digne du mérite de celui à qui vous le

présentez.

Il est de la civilité, au contraire, de témoigner de l'estime du

présent que l'on vous fait, et de ne le point cacher incontinent.

C'est une très-grande faute d'y trouver à redire, particulièrement

devant celui qui vous l'a fait, parce qu'il ne faut jamais faire honte

à personne.

_La manière de se moucher, cracher et éternuer sans manquer à

la civilité._—Bien que toutes les actions soient naturelles et

quelquefois nécessaires, il y a néanmoins la manière de les faire pour

ne point pécher contre les règles de la civilité.

Quand vous avez besoin de cracher, tournez-vous tant soit peu le

visage à costé, en sorte que vous n'incommodiez personne. Mettez

incontinent le pied dessus, avant qu'il puisse estre apperçu, si le

phlegme est considérable.

Il est de mauvaise grâce de cracher par la fenestre dans la rue, ou

sur le feu, et en tout autre lieu où on ne pourroit marcher sur le

crachat.

Ne crachez point si loin qu'il faille aller chercher le crachat pour

mettre le pied dessus, et encore moins ne crachez point vis-à-vis de

personne.

Gardez-vous bien de vous moucher avec les doigts ou sur la manche,

comme les enfans; mais servez-vous de votre mouchoir, et ne regardez

pas dedans après vous estre mouché.

Il ne faut pas aussi faire un grand bruit en se mouchant, comme pour

sonner de la trompette. Mais on doit se comporter tellement qu'à peine

ceux qui sont présens puissent s'en appercevoir.

Si vous vous sentez disposé à éternuer, tournez-vous tant soit peu

de costé, couvrez votre visage avec le mouchoir, et remerciez la

compagnie qui vous aura salué, en lui faisant la révérence.

Il faut s'abstenir de bâiller en compagnie autant que l'on peut, parce

que c'est une marque d'une personne ennuyée. Que si néanmoins on y

étoit contraint, il faudroit s'abstenir de parler pour lors, mettre le

mouchoir ou la main devant la bouche, après avoir tourné la teste.

_Comme l'enfant doit se comporter auprès du feu._—Apprenez à vous

comporter auprès du feu comme en toute autre rencontre, et que

l'honnesteté veut que l'on cède toujours la place la plus honorable

et la plus commode aux personnes de plus grand mérite.

La place d'honneur est celle du milieu, quoique à présent, dans les

familles, celle du coin qui regarde la porte soit celle d'ordinaire

que le maistre choisit pour voir ceux qui entrent et qui sortent; mais

ce doit estre une place de son choix, non pas qu'elle puisse estre

honnestement présentée à un honneste homme.

Ne vous approchez pas si près du feu, crainte de vous brûler les

jambes; et encore moins ne mettez pas les mains dans la flamme.

Toucher au feu sans cesse, pour approcher les tisons les uns des

autres ou pour changer la disposition du feu, c'est la marque d'un

esprit turbulent et qui ne peut se tenir en repos.

En présence d'honneste compagnie, vous ne devez pas tourner le dos

au feu; et si quelqu'un se donnoit cette liberté à cause de sa

prééminence, il ne faudroit pas l'imiter en cela.

La charité, aussi bien que la civilité, veut que l'on fasse place à

ceux qui viennent de nouveau, et que l'on s'incommode un peu en faveur

de ceux qui ont plus besoin de se chauffer.

Si quelqu'un jette quelque chose dans le feu, comme lettres, papiers,

ou autres choses semblables, il est de très-mauvaise grâce de les

retirer pour quelque raison que ce puisse estre.

* * * * *

VII

EXTRAIT DES _Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne_.

Par DE LA SALLE[295].

[Édition de 1782]

_De la tête._—Gratter sa tête lorsqu'on est en compagnie, cela est

d'une très-grande indécence, et indigne d'une personne bien née. C'est

aussi l'effet d'une grande négligence et malpropreté, car cela vient

ordinairement de ce qu'on n'a pas assez de soin de se bien peigner

et de se tenir la tête nette. C'est à quoi doit prendre garde une

personne qui n'a point de perruque de ne laisser ni ordure, ni crasse

sur sa tête, car il n'y a que des personnes mal élevées qui tombent

dans cette négligence.

La modestie et l'honnêteté demandent qu'on ne laisse pas amasser

beaucoup d'ordure dans ses oreilles; ainsi il faut de temps en temps

les nettoyer avec un instrument fait exprès, qu'on nomme pour ce sujet

_cure-oreille_. Il est d'usage à présent que les oreilles ne soient

pas entièrement couvertes de cheveux; c'est pourquoi il faut avoir

grand soin de les tenir fort nettes.

Il n'y a qu'une nécessité indispensable qui puisse obliger un homme à

pendre des anneaux à ses oreilles. C'est une marque d'esclavage qui

l'avilit, et qui ne peut convenir qu'aux femmes qui, selon la loi de

Dieu, doivent être assujetties à leurs maris, et à qui la vanité fait

croire que c'est un ornement d'avoir des pendants d'oreilles.

Le plus bel ornement des oreilles d'un chrétien est qu'elles soient

bien disposées et toujours prêtes à écouter avec attention et à

recevoir avec soumission les instructions qui regardent la religion...

Quoiqu'il ne faille pas facilement mettre de la poudre sur ses

cheveux, et que cela ressent un homme efféminé, on doit cependant

prendre garde de ne les pas avoir gras. C'est pourquoi, lorsqu'ils le

deviennent, on peut les dégraisser avec du son, ou mettre de la poudre

dans le peigne pour les rendre secs et leur ôter leur humidité, qui

pourroit gâter le linge et les habits.

On ne doit jamais sortir du logis qu'après avoir peigné et arrangé

proprement ses cheveux. On y peut mettre de la pommade et de la poudre

en très-petite quantité.

Il est de la modestie et de l'honnêteté de ne pas toucher ses cheveux

sans nécessité. C'est pourquoi il n'y faut mettre que très-peu de

poudre, parce que la trop grande quantité engendre de la vermine,

qui engage quelquefois les jeunes gens à imiter certaines dames qui

frappent la tête avec le doigt dans les endroits où cette vermine se

fait sentir.

Il est de la propreté de se nettoyer tous les matins le visage avec un

linge blanc pour le décrasser. Il est moins bien de le laver avec de

l'eau, car cela rend le visage plus susceptible du froid en hiver et

du hâle en été.

C'est une chose très-messéante de mettre des mouches sur son visage,

et de le farder en y mettant du blanc ou du vermillon. Cette vanité

prouve que ceux qui en usent ainsi n'ont pas de beauté naturelle.

Il n'est pas à propos de se couper les sourcils fort courts: ce seroit

s'exposer à s'attirer quelque fluxion sur les yeux.

Un homme sage ne doit jamais lever la main pour donner sur la joue

à quelqu'un. La bienséance et l'honnêteté ne le permettent pas, à

l'égard même d'un domestique.

Il est de la bienséance de tenir le nez fort net; car il est l'honneur

et la beauté du visage, et la partie de nous-même la plus apparente.

Il est vilain de se moucher avec la main nue en la passant dessous le

nez, ou de se moucher sur sa manche ou sur ses habits.

C'est une pratique assez en usage de prendre du tabac en poudre. Il

est cependant beaucoup mieux de ne le pas faire, particulièrement

lorsqu'on est en compagnie, et il ne faut jamais le faire lorsqu'on

est avec des personnes à qui on doit du respect. Mais il est

très-indécent d'en mâcher, et de s'en mettre des feuilles dans le nez.

Il ne l'est pas moins de le prendre en pipe, surtout en présence des

femmes.

Si une personne de haute qualité prend du tabac devant ceux qui sont

avec elle, et qu'elle leur en présente, le respect qu'ils lui doivent

les empêche de le refuser, ou du moins faire semblant. Mais de toute

autre personne on peut le refuser, en la remerciant honnêtement.

Lorsqu'on prend du tabac en compagnie, il faut que cela soit rare, et

qu'on n'ait pas toujours une tabatière ou un mouchoir entre les mains

et les doigts pleins de tabac. On doit aussi prendre garde qu'il n'en

tombe pas sur le linge ni sur les habits, car il est malhonnête qu'on

y en apperçoive; et afin que cela n'arrive pas, il en faut prendre peu

à la fois.

Il faut bien prendre garde de ne pas se servir de ses ongles, de

ses doigts ou d'un couteau pour nettoyer ses dents. Il est de la

bienséance de le faire avec un instrument fait exprès, qu'on nomme

_cure-dent_, ou avec un bout de plume taillée à propos pour le faire,

ou avec un gros linge.

C'est une incivilité très-grande de se prendre une dent avec l'ongle

du pouce pour exprimer un dédain ou un mépris de quelque personne ou

de quelque chose; et il est encore plus mal de dire en le faisant: _Je

m'en soucie non plus que de cela._

Il n'est pas moins incivil de mettre la langue ou la lèvre d'en bas

sur la lèvre d'en haut pour en tirer de l'eau qui seroit tombée du

nez, et de la rapporter ensuite dans la bouche.

_Du chapeau et de la manière de s'en servir._—Le chapeau sert à

l'homme pour orner sa tête, aussi bien que pour la garantir de

plusieurs incommodités. Le porter sur son oreille, ou sur le derrière

de la tête, ou le mettre trop fort sur le devant, comme si on vouloit

cacher son visage, sont toutes manières ridicules et indécentes.

Lorsqu'on salue quelqu'un, il faut prendre son chapeau avec la main

droite et l'ôter entièrement de dessus sa tête, et d'une manière qui

soit honnête, en portant le bras jusqu'en bas et en tenant le chapeau

par le bord, et le côté qui doit couvrir la tête tourné vers la

cuisse, sans la toucher.

Si on ôte son chapeau dans les rues, ou en passant devant quelque

personne pour la saluer, on doit le faire un peu avant que d'être

auprès d'elle, et ne pas se recouvrir qu'on ne soit un peu éloigné de

cette personne.

Et si on salue quelqu'un en l'abordant, il faut ôter son chapeau cinq

ou six pas avant que d'en approcher.

Lorsqu'on entre dans une place où il y a une personne de qualité ou

à qui on doit beaucoup de respect, il faut toujours ôter son chapeau

avant que d'entrer dans cette place. Si ceux qui sont dans la place

sont debout et découverts, on est obligé de se tenir dans la même

posture. Après avoir ôté son chapeau avec bien de l'honnêteté, il faut

tourner le dedans vers soi, et le mettre sur le bras gauche ou devant

soi sur l'estomac du côté gauche.

Lorsqu'étant assis, on est obligé d'avoir le chapeau bas, il est de la

bienséance de le tenir sur ses genoux, le dessus tourné vers soi.

C'est une grande incivilité, lorsqu'on parle à quelqu'un, de tourner

son chapeau, de gratter dessus avec les doigts, de battre le tambour

dessus, de toucher la laisse ou le cordon, de regarder dedans ou tout

autour, de le mettre devant son visage ou sur sa bouche.

Les occasions dans lesquelles il faut se découvrir et ôter son

chapeau, sont:

1º Lorsqu'on se trouve dans un lieu où il y a des personnes

considérables;

2º Quand on salue quelqu'un;

3º Quand on donne ou qu'on reçoit quelque chose;

4º En se mettant à table;

5º Quand on entend prononcer le saint nom de Jésus et de Marie[296];

excepté lorsqu'on est à table, car il faut seulement baisser la tête;

6º Lorsqu'on est devant des personnes à qui on doit beaucoup de

respect; comme lorsqu'on est avec des ecclésiastiques, des magistrats,

et d'autres personnes considérables. A l'égard de ces personnes, on

doit se découvrir d'abord, mais il n'est pas nécessaire de se tenir

découvert, à moins que l'on ne leur soit beaucoup inférieur.

On doit aussi se découvrir devant toutes les personnes qui sont

supérieures, et ne pas se recouvrir que par leur ordre. Et aussitôt

qu'elles le disent, il faut se recouvrir sans différer, parce que

c'est un ordre; mais, après s'être couvert, il ne faut plus se

découvrir qu'en les quittant.

Il est contre la bienséance de se découvrir lorsqu'on est à table,

à moins qu'il ne survienne quelque personne qui mérite beaucoup

d'honneur.

S'il y a à table quelque personne de haute qualité qui soit sans

chapeau pour sa commodité, il ne la faut pas imiter, cela serait trop

familier, mais on doit toujours demeurer couvert.

Lorsque quelqu'un parle le chapeau bas, il faut toujours ordinairement

le faire couvrir si on lui est supérieur; et on peut alors lui dire:

_Couvrez-vous, monsieur._ Cette manière de parler n'est cependant

permise qu'à l'égard des personnes qui sont beaucoup au-dessous de soi.

Faire couvrir quelqu'un qui est au-dessus de soi, c'est une grande

incivilité. Cela se peut bien faire à l'égard des personnes avec qui

on est familier et qui sont d'égale condition; mais il ne faut pas que

ce soit par manière de commandement, ni qu'on se serve de paroles qui

en expriment aucun. On doit le faire, ou seulement par signe et se

couvrir en même temps, ou par quelque circonlocution, en disant par

exemple: _Vous pouvez, monsieur, être incommodé d'être découvert_; ou

en se servant de paroles familières, comme de celles-ci: _Sans doute,

monsieur, que vous restez découvert pour votre commodité._

_De la manière dont on doit saluer les personnes qu'on visite ou qu'on

rencontre._—La première chose qu'on doit faire en entrant dans la

chambre d'une personne qu'on visite est de la saluer et de lui faire

la révérence.

On peut saluer quelqu'un de trois manières différentes.

Il y a une manière de saluer qui est fort ordinaire, qui se fait:

Premièrement, en se découvrant de la main droite en portant le chapeau

jusqu'en bas, étendant tout à fait le bras jusque sur la cuisse droite

et laissant la main gauche dans sa liberté.

Secondement, en regardant doucement et honnêtement la personne qu'on

salue.

Troisièmement, baissant la vue et inclinant le corps.

Quatrièmement, en tirant le pied. Si on veut avancer, il faut couler

le pied droit en avant. Si on veut reculer, en tirant le pied gauche

en arrière. Si l'on passe à côté, en glissant le pied en avant du

côté de la personne qu'on veut saluer, et en se courbant et saluant

la personne quelques pas avant que d'être vis-à-vis d'elle. Si on

salue une compagnie tout entière, on doit couler le pied en avant pour

saluer la personne la plus considérable, et tirer le pied gauche en

arrière pour saluer de côté et d'autre toute la compagnie.

La seconde manière de saluer est de saluer dans la conversation, c'est

ce qu'on nomme ordinairement une honnêteté. Cela se fait simplement en

se découvrant, en se courbant tant soit peu, et en glissant le pied en

avant d'une manière imperceptible.

La troisième manière de saluer, qui est extraordinaire, se fait quand

quelqu'un vient du dehors, ou lorsqu'on prend congé de quelqu'un avant

son départ pour un voyage. Cette manière de saluer se fait comme la

première; mais il faut ôter son gant de là main droite, se courber

humblement, et après avoir porté la main presque à terre, la rapporter

ensuite doucement vers sa bouche, comme pour la baiser.

Une autre manière extraordinaire de saluer est d'embrasser la personne

qu'on aborde. Ce qui se fait en portant la main droite dessus l'épaule

et la gauche dessous, et en se présentant l'un à l'autre la joue

gauche, sans se la toucher ni la baiser.

Le baiser est encore une autre manière de saluer, qui ne se fait

ordinairement que par des personnes qui ont quelque union entre elles

et quelque amitié particulière.

Dans Paris, on ne salue ordinairement que les personnes qu'on connoît

ou qui sont d'une qualité éminente et beaucoup élevée au-dessus du

commun, comme sont les princes et les évêques.

Lorsque dans la rue on rencontre tête à tête quelque personne

de qualité, il est à propos de se détourner un peu et de passer

au-dessous d'elle, en se retirant du côté du ruisseau.

S'il n'y a point de haut ni de bas, mais un chemin uni, il faut passer

à gauche de la personne qu'on rencontre et lui laisser la main droite

libre. Et quand elle passe, il faut s'arrêter et la saluer avec

respect, et même avec un profond respect si sa qualité le demande.

Lorsqu'étant en carrosse, on se rencontre en un lieu par où passe

le Saint-Sacrement, on en doit descendre et se mettre à genoux. Si

c'est une procession ou un enterrement, ou bien le Roi, la Reine,

les Princes les plus proches du sang Royal, ou des personnes d'un

caractère ou d'une dignité éminente, il est du devoir et du respect de

faire arrêter le carrosse jusqu'à ce qu'elles soient passées, et avoir

la tête nue.

Il n'est pas de la bienséance de monter en carrosse ou à cheval devant

une personne pour qui on doit avoir quelque considération, à moins

qu'elle n'en fasse un commandement; et alors il faut éloigner un peu

le carrosse ou le cheval, ou bien on peut faire avancer le carrosse ou

le cheval jusqu'à ce qu'on ne la voie plus, et y monter ensuite.

INDEX ALPHABÉTIQUE

Abbé (perruque d'), 67, 70, 71.

Abreuvoir-Thibaut-aux-Dés (rue de l'), 10.

Académie de coiffure, 134, 154.

Accommodage (l'), 103, 104, 139.

Achemeresses, 129.

Adorable (perruque à l'), 68.

Aiguière, 19.

Aile de pigeon (perruque à l'), 68.

Albon (comte d'), 90.

Albret (Honoré d'), 53.

Alegiani (J. B.), 9.

Allemands, 177.

Almanach Dauphin, 141.

Almaviva (coiffure à l'), 149.

Amidon, 103.

Amidonniers, 100.

Amman (J.), 22.

Anciens (maîtres), 106, 107, 108.

Angerville (d'), 132.

Anglaise (coiffure à l'), 145.

Angleterre (cheveux d'), 66.

Anne d'Autriche, 37.

Antiquité (perruque à l'), 69.

Apothicaires, 70.

Apprentissage, 108 à 111.

Arche-Marion (rue de l'), 10.

Argentine, _poudre_, 98.

Argonne (Bonav. d'), 74.

Armide (coiffure à l'), 149.

Arnauld d'Andilly, 57.

Asiatique (pouf à l'), 147.

Assyrienne (pouf à l'), 147.

La vie privée d'autrefois; Arts et métiers, modes, moeurs, usages des parisiens du XIIe au XVIIIe siècle. Les soins de toilette; Le savoir-vivre · 第 7 / 10 段