CHATEAUBRIAND.

Chateaubriand, ministre secrétaire d'État, membre du conseil des

ministres, Casimir Perier à l'intérieur, Sébastiani à la

guerre--c'était le salut. Il était permis de l'espérer, puisqu'aussi

bien Charles X ne se refusait pas à l'idée d'introduire dans le

gouvernement quelques hommes comme M. Casimir Perier. La combinaison

cependant n'aboutit pas, et, le 22 mars, Chateaubriand adressait à

Hyde de Neuville cette dernière lettre:

_Samedi matin, 22 mars 1828._

Réflexions faites, mon cher ami, il vaut mieux que je n'aille pas

chez vous ce soir: on parle toujours mal de soi, et moi plus

qu'un autre. D'ailleurs, qu'ai-je à dire que vous ne connaissiez?

J'avais déjà peu d'ardeur pour entrer dans le Conseil, et, depuis

l'audience d'hier, elle est encore singulièrement refroidie.

Néanmoins, à cause de vous et pour vous seul, j'entrerai sans

portefeuille, si vos collègues le veulent et montent à l'assaut.

Voilà tout, vous savez cela et vous le direz à merveille.

Souvenez-vous bien seulement qu'après lundi, je ne suis plus

maître de retenir personne, et la guerre continuera malgré moi.

Je serais, je vous assure, mon cher ami, très effrayé pour vous

si je ne savais que vous avez toujours pour vous sauver, quand il

en sera temps, le moyen d'une retraite qui ne fera qu'augmenter

votre réputation d'homme de bien et de courage. Comme le

ministère est constitué, il n'ira pas à la fin de la session;

vous ne devez pas tomber avec lui. Votre démission isolée, ou

vous rendra maître de tout, ou vous sauvera du naufrage commun.

Qu'arrivera-t-il après la chute du ministère actuel? Un ministère

de mes ci-devant amis mêlés des amis de M. de Villèle.

Je le crois, ce ministère amènera un mouvement politique; mais

rien que la peur, si elle s'en mêle, ne me parait pouvoir

empêcher cet événement, d'après ce que j'ai vu hier.

Ainsi donc, quand vous aurez fait tout ce que vous aurez pu pour

éclairer le Roi, pour amener le bien, vous déclarerez n'avoir

accepté le portefeuille avec une grande répugnance que dans

l'espoir d'arranger les choses et pour ne pas laisser le Roi dans

l'embarras, sans appui et sans conseil; que votre espoir ayant

été trompé, vous vous retirez satisfait d'avoir rempli un devoir

pénible.

Votre position politique reste ainsi admirable, et vous

grandissez encore dans l'opinion publique.

Vous voyez, mon cher ami, que je suis beaucoup plus occupé de

vous que de moi.

Tout à vous,

Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 4 · 第 71 / 83 题