[Note 409: Ci-dessus, p. 152.]
Le _Conservateur_ a commencé au mois d'octobre 1818. Ce n'était pas un
journal quotidien; il paraissait par livraison de trois feuilles
d'impression, à des jours indéterminés, ainsi que le faisait la
prudente _Minerve_. Libéraux et royalistes échappaient ainsi à la
censure, qui n'atteignait que les publications périodiques. Ses
bureaux étaient rue de Seine, nº 8, chez Le Normant fils, éditeur. En
tête de chaque livraison, se lisait la devise: _le Roi, la Charte et
les Honnêtes Gens_. Chateaubriand, qui en fut jusqu'à la fin le
principal rédacteur, avait groupé autour de lui des hommes politiques
et des écrivains qui le secondèrent à merveille. Il en nomme
quelques-uns dans ses _Mémoires_; il convient, je crois, d'en donner
ici la liste complète: on verra que jamais plus vaillant chef ne fut
entouré d'un plus brillant état-major. Voici cette liste:
F.-M. Agier; Benoit, député de Maine-et-Loire; Berryer fils; T. de
Boisbertrand; vicomte de Bonald; Henri de Bonald; de Bouville; comte
de Bruges; vicomte de Castelbajac; marquis de Coriolis d'Espinousse;
Couture, avocat; Crignon d'Ouzouer, député du Loiret; Astolphe de
Custine; Dureau de la Malle; l'abbé Fayet; Joseph Fiévée; duc de
Fitz-James; A. de Frénilly; Eugène Genoude; vicomte Emmanuel
d'Harcourt; marquis d'Herbouville; comte Édouard de la Grange; A. de
Jouffroy; Florian de Kergorlay; duc de Lévis; le cardinal de la
Luzerne; Martainville; l'abbé de la Mennais; comte O'Mahony; Charles
Nodier; comte Jules de Polignac; _de Saint-Marcellin_; comte de
Saint-Roman; comte de Salaberry; comte Humbert de Sesmaisons; vicomte
de Suleau; baron Trouvé; Joseph de Villèle.
Le _Conservateur_ cessa de paraître au mois de mars 1820. Il n'avait
vécu que deux ans et demi; mais ces deux années lui avaient suffi pour
conquérir une place que depuis lors nulle feuille politique n'a pu lui
disputer. Quel journal compta jamais en même temps, parmi ses
rédacteurs, trois écrivains tels que Chateaubriand, La Mennais et
Bonald?
Dans la liste qu'on vient de lire, j'ai souligné un nom, aujourd'hui
bien oublié, celui de _Saint-Marcellin_. M. de Saint-Marcellin était
le fils de Fontanes, et c'est à lui que fait allusion Chateaubriand, à
la fin du huitième livre de sa première partie, lorsqu'il écrit:
«Fontanes n'est plus; un chagrin profond, la mort tragique d'un fils,
l'a jeté dans la tombe avant l'heure.» Il fut tué en duel[410], le
1er février 1819, alors qu'il venait de débuter avec éclat dans le
_Conservateur_, presque au lendemain du jour où il venait d'y publier
sous ce titre: _M. Dimanche_, un dialogue étincelant d'esprit et de
verve[411]. Chateaubriand consacra au fils de son ami des pages qu'il
n'a pas recueillies dans ses _OEuvres_, mais qui doivent ici trouver
place. Elles sont le complément naturel de ces autres pages si belles,
que l'auteur des _Mémoires_, a écrites sur Fontanes.
[Note 410: On lit dans le _Journal des Débats_ du 3 février
1819, sous la date de Paris, 2 février: «M. de
Saint-Marcellin s'est battu en duel hier au soir, à cinq
heures, hors la barrière de Clichy. Il a été atteint
dangereusement d'un coup de pistolet dans le bas-ventre. Des
paysans l'ont apporté à l'hôtel de M. de Fontanes.»--Dans
son numéro du 7 février, le _Journal des Débats_ signalait
cette bizarre coïncidence: «Le jour et à l'instant même où
M. de Saint Marcellin recevait le coup de la mort dans un
combat singulier, commençait sur le théâtre de Nantes, la
représentation d'un de ses plus jolis ouvrages dramatiques,
_les Oiseaux et les Chaperons_, précédé du _Coup d'épée de
Saint-Foix_ et suivi du _Duel_.»]
[Note 411: _Le Conservateur_, t. II, p. 113.]
Voici l'article de Chateaubriand; je l'emprunte au tome II du
_Conservateur_, pages 272-276: