Nous publions aujourd'hui dans notre supplément un fragment de la belle
partition de M. Alfred Bruneau, l'_Enfant-Roi_. Cet ouvrage vient de
remporter à l'Opéra-Comique un succès éclatant et nous sommes heureux de
féliciter le compositeur de sa franche et saine inspiration. De toutes
les oeuvres écrites jus qu'ici par M. Bruneau, le _Rêve, l'Attaque du
Moulin, Messidor_ et _l'Ouragan, l'Enfant-Roi_ nous séduit
particulièrement par l'ensemble de ses qualités de grandeur, de
sincérité, de charme et de mélancolie. L'orchestre, sans jamais couvrir
les voix, reste vibrant, chatoyant, pittoresque, les thèmes sont
développés et spirituellement transformés et cela sans monotonie ni
complications agressives. L'interprétation fut excellente, la mise en
scène exquise.
Nous publions aussi une Romance extraite des _Dragons de l'Impératrice_,
le triomphe actuel du théâtre des Variétés. Cet opéra-comique d'une rare
élégance musicale, très supérieur aux musiques d'opérettes, est dû à la
plume de M. André Messager, l'auteur des _P'tites Michu_, de la
_Basoche_ et d'un chef-d'oeuvre que nous aurons prochainement la joie
d'applaudir rue Favart, _Madame Chrysanthème_.
L'AFFAIRE BONMARTINI.--Les débats de l'affaire Bonmartini devant la cour
d'assises de Turin, qui avaient été interrompus à cause des élections
générales en Italie, ont repris le 21 février et se poursuivent
lentement depuis cette date. L'interrogatoire des accusés est commencé.
A tour de rôle chacun d'eux est extrait de la cage de fer, pour répondre
aux questions du président Dusio, vient s'asseoir près des caisses
renfermant les pièces à conviction. Et une assistance aussi nombreuse
que le comporte l'étroite salle se presse pour apercevoir la comtesse
Linda, son frère Tullio Murri et leurs coïnculpés.
CHARLES BIANCHINI--Charles Bianchini est mort presque subitement, le 3
mars, à l'âge de quarante-cinq ans.
Originaire de Lyon, il était venu de bonne heure à Paris, où il devait
acquérir la réputation d'un maître en l'art de dessiner les costumes de
théâtre. Nos principales scènes, l'Opéra, l'Opéra-Comique, la
Comédie-Française, avaient recours à sa science et à son habileté
spéciales: pendant des années, nombre d'ouvrages importants furent
montés avec sa précieuse collaboration. Avant réuni dans son atelier de
l'Opéra une collection très complète de documents sur l'histoire du
costume, il possédait en cette matière une véritable érudition, qui lui
permettait de faire des reconstitutions aussi exactes que pittoresques.
[Illustration: Charles Bianchini.--_Phot. Paul Boyer._]
Au moment même où allait disparaître l'excellent artiste, si répandu, si
apprécié dans le monde des théâtres, les affiches annonçaient deux
pièces nouvelles qu'il avait «habillées»: l'_Enfant-Roi_, à
l'Opéra-Comique et la _Belle Marseillaise_, à l'Ambigu. C'est en sortant
de la répétition générale de celle-ci qu'il a ressenti tout à coup les
premiers symptômes du mal auquel il a succombé au bout de quelques
heures.
[Illustration: A TURIN.--L'affaire Bonmartini en cour d'assises:
interrogatoire de la comtesse Linda.--_Phot. Nino Fornari._]
L'imprévu, la soudaineté de cette fin et aussi le souvenir évoqué d'un
drame judiciaire remontant à six ans ont suggéré d'abord l'hypothèse
d'un empoisonnement criminel: mais l'autopsie légale a établi que la
mort était naturelle et résultait d'une lésion du coeur.
LES OBSÈQUES DE M. EUGÈNE GUILLAUME.--L'École de Rome a rendu au vénéré
maître, M. Eugène Guillaume, son ancien directeur, un pieux hommage. Dès
qu'il avait appris la mort de son prédécesseur, M. Carolus-Duran avait
demandé qu'on transportât la dépouille mortelle du sculpteur à la Villa
Médicis, qu'il avait tant aimée jusqu'à sa dernière heure. On plaça le
cercueil dans une chapelle ardente improvisée, où les pensionnaires de
l'Académie, constitués en garde d'honneur, veillèrent jour et nuit. Et
c'est de là, de cette dernière demeure chère à son coeur, que M. Eugène
Guillaume partit pour la France, pour Paris, où le monde des arts se
préparait à lui faire de solennelles obsèques.
[Illustration: A PARIS.--Inauguration, par Mme Loubet, de l'asile
Soeur-Rosalie pour les vieillards et les malades indigents.]
L'ASILE SOEUR-ROSALIE.--Le 2 mars, MM. Desplas, président du conseil
municipal; Mesureur, directeur de l'Assistance publique, etc., venaient
inaugurer la réédification de l'asile «Soeur-Rosalie», pour vieillards
et malades indigents, fondé en 1850 par la soeur de Saint Vinrent de
Paul, Rosalie Rendu, rue de l'Epée-de-Bois. Mme Loubet honorait de sa
présence la cérémonie officielle.
[Illustration: A ROME--Service funèbre de M. Eugène Guillaume, ancien
directeur de l'Académie de France à Rome: le cortège quittant la Villa
Médicis.]
[Illustration: Mlle Elsie Porter, fille de l'ambassadeur des Etats-Unis
en France qui vient d'épouser M. le docteur Edwin Mende, de
Berne.--_Phot. Pirou, rue Royale._]
[Illustration: LA CARTE POSTALE PHONOGRAPHIQUE, par Henriot.]
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