ADRIEN DE GERLACHE.

[Illustration: L'île Wandel, où a hiverné l'expédition Charcot.

_Photographie prise par l'expédition de la «Belgica» en 1898 et

communiquée à_ l'Illustration _par le commandant de Gerlache._]

[Illustration: Un champ de carnage: la colline Poutilov.

_Photographie prise après l'assaut par les Russes de la colline Poutilov

(octobre 1904) pendant la bataille du Cha-Ho._]

LA BATAILLE DE MOUKDEN

JUSQU'AU 7 MARS

La plus grande bataille que l'histoire ait encore enregistrée se livre

en ce moment sous les murs de Moukden: 700.000 à 800.000 hommes sont aux

prises, et plus de 3.000 canons tonnent. D'après certains correspondants

il y aurait déjà eu, à la date du 6 mars, 80.000 morts ou blessés.

Depuis quatre mois, après la bataille sanglante et indécise du Cha-Ho,

les deux adversaires, fait unique dans l'histoire, étaient restés face à

face en contact intime, se canonnant journellement, se harcelant de

petites attaques, envoyant de continuelles reconnaissances, inquiétant

les communications de l'adversaire par des raids remarquables de

cavalerie, fortifiant formidablement leur front et étendant leurs ailes.

Un froid terrible rendait toute opération importante impossible, mais

cet arrêt était dû surtout à ce que chacun attendait, pour agir,

l'arrivée de renforts suffisants: Kouropatkine recevait, avec de

l'artillerie et des provisions, environ 1.000 hommes par jour, tandis

qu'Oyama, en plus d'importantes réserves, voulait avoir les 50.000

hommes de Nogi que la chute de Port-Arthur rendrait libres.

Aujourd'hui, bien que les états-majors des deux partis aient

rigoureusement gardé le secret sur l'effectif et l'organisation des

armées, il semble que les Japonais disposent de quatre armées de 50.000,

80.000, 70.000 et 130.000 hommes respectivement commandées par Nogi,

Oku, Nodzu et Kuroki, en face des trois armées russes de Kaulbars

(80.000 hommes), Bilderling (70.000 hommes), Liniévitch (90.000 hommes),

derrière lesquelles se trouveraient de fortes réserves d'un total de

80.000 à 100.000 hommes sous le commandement direct du généralissime.

Ce sont les Japonais qui, se croyant suffisamment prêts, ont, les

premiers, rompu le silence, avec leur ardeur offensive que d'aucuns

croyaient désormais enrayée.

L'armée de Kuroki, à l'est, entamait la lutte, dès le 19 février, en

repoussant les détachements de Rennenkampf, chargés de la protection du

flanc gauche russe. A la fin du mois, on pouvait craindre sérieusement

que les Japonais, s'ils parvenaient à enlever l'une ou l'autre des

portes naturelles de Gou-Tou-Ling, Makian-Tsien (Kanda-Li-San) ou

Koudiassa, qui barrent les routes conduisant au Houn-Ho dans la région

de Fouchoun, ne tournent le flanc gauche des armées russes et, gagnant

par le col d'Ouan-Kiao-Ta-Ling, n'arrivent à menacer leur unique ligne

de retraite.

Mais les Russes avaient très solidement fortifié ces positions et y

arrêtèrent net les progrès de leurs adversaires. Depuis le 5 mars, les

Japonais, qui n'ont pas hésité à tenter en deux nuits jusqu'à

trente-deux attaques au col de Gou-Tou-Ling, défendu par. Meyendorf,

paraissent renoncer à la lutte de ce côté: Koudiassa, un instant tombé

entre leurs mains, est redevenu russe. Peut-être les opérations engagées

dans cette région n'étaient-elles qu'une importante démonstration

destinée à détourner les réserves russes.

Au centre, Nodzu, doté d'un parc considérable d'artillerie de siège,

crible d'énormes projectiles les lignes russes et en particulier les

deux fameuses collines Poutilov et Novogorod et tente, tantôt sur

Fan-Kia-Pou, tantôt sur Cha-Ho-Pou, Lamatoun ou Ling-Si-Pou, des

attaques qui se brisent toutes contre les travaux russes énergiquement

défendus, Nodzu n'a guère pu enregistrer que l'occupation de

Ling-Si-Pou.

C'est à l'ouest que semble se jouer la partie principale. Le 1er mars,

la bataille s'engage autour de Tchan-Tan entre l'armée d'Oku et celle de

Grippenberg, aujourd'hui commandée par Kaulbars. Celle-ci est forcée de

reculer peu à peu, finit par perdre Sou-Khou-Dia-Pou-Tsé, où était

établie une première ligne de défense, mais arrête à Ma-Kia-Pou, sur sa

seconde et principale ligne, tous les efforts acharnés des Japonais.

Pendant ce temps, Nogi, renforcé probablement d'une partie des forces de

Kuroki et protégé par presque toute la cavalerie réunie des Japonais,

traversait le Houn-Ho, enlevait Szu-Fan-Taï, puis se rabattait à l'est,

conquérant Sa-Lin-Pou, mais ne pouvant forcer Ta-Chi-Kiao. Déjà les

Japonais sont à 8 kilomètres de la gare de Moukden, formant un immense

demi-cercle autour des positions russes. Leur front, démesurément

étendu, englobe plus de 130 kilomètres.

Ajoutons que la cavalerie japonaise, violant la neutralité de la Chine,

a mis la main sur Sin-Min-Ting où sont ensuite arrivées par chemin de

fer deux brigades d'Inkou. La perte de ce point, si elle est définitive,

serait très pénible pour les Russes qui en tiraient la plus grande

partie de leurs approvisionnements. L. DE SAINT-FÉGOR.

[Illustration: Croquis de la bataille de Moukden (situation le 7 mars).]

[Illustration: Le général Liniévitch inspecte les retranchements de la

position avancée près d'Erdagou.]

[Illustration: Transport des blessés après un engagement.]

[Illustration: Les batteries couvertes de la position d'Erdagou

inspectées par le général Liniévitch.]

[Illustration: En corvée de fourrage. AUX AVANT-POSTES DE L'AILE GAUCHE

RUSSE (1ère ARMÉE, GÉNÉRAL LINIÉVITCH)]

[Illustration: _Photographies de notre correspondant de guerre, Victor

Bulla, prises à la fin de janvier dans les positions où l'armée de

Liniévitch est actuellement aux prises avec celle de Kuroki._]

[Illustration: Casemates de l'artillerie près d'Erdagou.]

[Illustration: A trois verstes de l'ennemi: les généraux Liniévitch et

Saroubaïef inspectent les retranchements près du village de Houdé.

RETRANCHEMENTS ET CANTONNEMENTS DE LA PREMIÈRE ARMÉE RUSSE AU SUD-EST DE

MOUKDEN _Photographies de notre correspondant de guerre, Victor "Bulla",

prises dans les positions que l'armée de Liniévitch défend actuellement

contre celle de Kuroki._]

Guichets du Carrousel. Grande galerie de peinture des Écoles étrangères.

[Illustration: SI LE LOUVRE BRULAIT. Salle de Van Dyck. Salle de Rubens

et cabinets des Écoles flamande et hollandaise. Pavillon de Flore

(ministère des Colonies).

On lisait dans les JOURNAUX du mercredi 8 mars le fait divers Suivant:

«Vers sept heures du matin, l'autre nuit, de hautes flammes s'élevaient

avec impétuosité de l'aile du palais du Louvre occupée par le ministère

des Colonies... Le feu avait pris naissance dans la cheminée desservant

les cuisines du personnel. Les pompiers du marché Saint-Honoré

parvinrent à conjurer tout danger après une demi-heure de travail.»

Cette gravure n'est donc pas une simple fantaisie sans portée. Exécutée

rigoureusement à l'aide de documents photographiques, elle évoque aux

yeux de tous un danger national dont on a parlé beaucoup et souvent,

mais sans avoir encore rien fait pour l'écarter; elle montre, sans

dramatiser le spectacle par des moyens factices, quel désastre

résulterait d'un incendie plus grave éclatant au pavillon de Flore, dans

les bureaux du ministère des Colonies, et se communiquant par les

charpentes des toits au Musée du Louvre. Puisse cette image émouvoir

ceux qui ont la mission de conjurer le péril!]

L'Illustration, No. 3237, 11 Mars 1905 · 第 14 / 33 题