LE FUTUR SOUVERAIN DU JAPON

Récemment, nous donnions le portrait de l'«enfant qui sera tsar»; nous

publions aujourd'hui celui de l'«enfant qui sera mikado».

Agé de six mois seulement, le grand duc Alexis, que ses petites jambes

ne portent pas encore, était représenté couché sur des coussins ou tenu

sur les genoux, entre les bras de ses augustes parents; la photographie

nous montre déjà en cavalier le jeune prince japonais Hirohito

Michinomiya dont la quatrième année s'accomplira le 29 avril prochain.

Il monte, il est vrai, comme il sied à son âge, un paisible cheval à

bascule; mais, malgré sa robe et sa capeline blanches de baby anglais

ayant, au premier aspect, aussi bien l'air d'une fillette que d'un

garçon, il ne manque pas d'une certaine allure décidée. Il a d'ailleurs,

grandement le temps de se préparer à l'exercice du pouvoir souverain. En

effet, il n'est pas l'héritier immédiat du trône du Japon, actuellement

occupé par l'empereur Mutsuhito, son grand père; cet héritage appartient

de droit à son père, le prince impérial Yoshihito Harunomiya, lequel a

deux fils de son mariage avec la princesse Sadako Foudjiwara. Le prince

Michinomiya est l'aîné: d'où ses droits à une succession dont

l'éventualité doit être en ce moment, comme on dit, le cadet de ses

soucis.

L'EXPÉDITION ANTARCTIQUE

DU Dr JEAN CHARCOT

Un câblogramme nous annonçait, ces jours-ci, l'heureuse arrivée, à

Port-Madryn--un petit port de la côte est de l'Amérique du Sud, à

mi-distance entre le détroit de Magellan et le rio de la Plata--de

l'expédition polaire australe dirigée par le docteur Charcot. Ainsi se

trouvait dissipée l'anxiété qu'avaient causée les impressions alarmantes

rapportées de leur récente croisière antarctique par les officiers de la

corvette argentine _Uruguay_, et un peu légèrement répandues de par le

monde par les agences télégraphiques.

Malgré le différend qui me sépara de Charcot et mit fin prématurément à

notre collaboration, je ne serai pas le dernier à me réjouir de cette

bonne nouvelle et c'est avec une satisfaction sans mélange que je

profite de l'hospitalité qui m'est offerte, à cette occasion, par

l'_Illustration_.

Bien que forcément laconique, la première communication de Charcot,

adressée au journal le _Matin_--qui contribua si puissamment à

l'organisation de l'expédition du _Français_,--nous donne quelques

indications qui permettent de localiser le champ de recherches des

explorateurs et qui font bien augurer du résultat de leurs travaux.

C'est ainsi, notamment, que nous sommes fixés sur le lieu de leur

hivernage: «Notre hivernage dans l'île Wandel, dit Charcot, a permis

d'exécuter dans de bonnes conditions tous les travaux scientifiques.»

Parmi les photographies rapportées par l'expédition antarctique belge,

se trouve précisément un bon cliché de cette île Wandel vers laquelle

l'attention se trouve actuellement si vivement sollicitée, et ce m'est

un plaisir de communiquer au plus important des journaux illustrés ce

document encore inédit.

L'île Wandel fait partie d'un chapelet d'îles qui s'étendent

parallèlement à la terre de Danco, à l'extrémité sud du détroit que

découvrit la _Belgica_ en 1898. Nous leur donnâmes le nom d'îles

Danebrog, en reconnaissance de l'appui que notre expédition trouva

auprès des autorités danoises.

C'est notamment à l'obligeance de l'amiral Wandel, dont le nom fut

attribué à la plus importante de ces îles, que nous dûmes une grande

partie des engins et apparaux de pêche en eau profonde qui servirent à

bord de la _Belgica_, et qui furent embarqués ensuite à bord du

_Français_.

L'île Wandel se trouve approximativement par 65° de latitude sud et 64°

de longitude ouest de Greenwich, c'est-à-dire, à très peu près, à 1.000

kilomètres au sud du cap Horn. Sa longueur du nord au sud est de 4 à 5

kilomètres. La photographie reproduite plus loin est prise du canal

Lemaire, qui sépare les îles Danebrog de la terre de Danco. De ce côté,

le seul que nous ayons vu, elle ne présente pas d'indentation; il est

donc probable que c'est sur le versant ouest, c'est-à-dire du côté du

pacifique, que le _Français_ aura trouvé un havre d'hivernage.

[Illustration: Le «Français» naviguant dans les glaces.--_Dessin de

Johanson._]

Le câblogramme de Charcot nous apprend aussi que l'expédition a exploré

une partie de la terre de Graham, qu'elle a élucidé la question du

détroit de Bismarck, qu'elle a relevé la côte ouest de l'archipel de

Palmer (îles Anvers, Brabant, Liège, etc., reconnues seulement par l'est

en 1898) et qu'enfin elle s'est avancée jusqu'en vue de la terre

d'Alexandre, défendue par une banquise impénétrable.

Le tracé de ces côtes n'est que vaguement indiqué sur les cartes

actuelles. La terre d'Alexandre fut découverte en 1821 par le marin

russe Bellingshausen, qui ne put pas s'en approcher. Elle se trouve à

quelque 500 kilomètres dans le sud-sud-ouest de l'île Wandel. La terre

de Graham fut aperçue en 1832 par le baleinier anglais Biscoe, qui s'en

tint très éloigné. Aussi ne sait-on rien de ces terres, sinon qu'elles

existent, et tout ce qu'en rapportera Charcot sera d'un grand intérêt.

Quant au détroit de Bismarck, il se présentait en 1874, au baleinier

allemand Dallmann, sous forme d'une indentation de la terre de Graham

s'étendant à perte de vue vers l'est. Ce pourrait bien n'être qu'une

vaste baie...

[Illustration: Etat de la cartographie des terres antarctiques au sud du

cap Horn, avant l'expédition Charcot. La + indique le lieu d'hivernage

de l'expédition Charcot.--La terre d'Alexandre, qu'a atteinte

l'expédition, prolonge la terre de Graham, à 500 kilomètres dans le

sud-sud-ouest de l'île Wandel.]

L'expédition Charcot clôt cette véritable croisade scientifique qui,

depuis 1898, s'est livrée sans interruption à l'assaut des glaces

australes et qui, commencée par l'expédition de la _Belgica_, s'est

poursuivie par celles de la _Southern Cross_, de la _Discovery_, du

_Gauss_, de _l'Antarctic_ et de la _Scotia_. On peut être assuré que les

marins et les savants du _Français_ auront déployé autant d'énergie et

de persévérance que leurs devanciers.

L'Illustration, No. 3237, 11 Mars 1905 · 第 13 / 33 题