du poème est pris d'une manière traîtreuse par quelques Sarrazins.
Aussitôt le chef de l'armée sarrazine vient se remettre entre
les mains du roi de France, et déclare qu'il est prêt à subir le
traitement que le roi voudra lui infliger en représailles. Le même
trait est raconté d'un autre roi sarrazin. Voy. le _Journal des
Savans_, décembre, 1834, p. 728, article de M. Raynouard.
Ici encore on retrouve la preuve de la supériorité morale des Maures
d'Espagne. Quelques chroniqueurs espagnols rapportent que, vers l'an
890, le roi des Asturies, Alphonse-le-Grand, ne trouvant point parmi
les chrétiens d'homme assez éclairé pour élever dignement son fils
et héritier présomptif, fit venir de Cordoue deux Sarrazins pour lui
servir de précepteurs. Une idée analogue se retrouve peut-être dans un
roman de chevalerie relatif à Charlemagne, où il est dit que Charles,
encore enfant, se rendit chez les Maures, ce qui donna probablement
lieu de croire à nos pères que ce prince, à l'aide des lumières qui
distinguaient alors les mahométans, s'était mis en état de renouveler
la face de l'occident[424].
[424] Voy. le _Roman des enfances de Charlemagne_, par Girard
d'Amiens, manusc. français de la Biblioth. roy., no 7188, fol. 30,
verso.
Ce n'est guère que depuis quelques siècles qu'on est revenu à l'étude
des documens originaux de l'histoire nationale; et c'est seulement
depuis environ cent cinquante ans que la critique a pour toujours fait
justice des contes mis en circulation par les romans de chevalerie.
On est étonné de voir l'illustre Mabillon hésiter sur la fausseté de
certains épisodes du poème de _Guillaume-au-Court-Nez_, et ranger dans
le domaine de l'histoire la prétendue occupation du midi de la France
par les Sarrazins, sous Charlemagne[425].
[425] _Annales Benedictini_, t. II, p. 369.
Assurément, si les Moussa, les Tharec, les Abd-alrahman et les Almansor
revenaient au monde, ils seraient bien étonnés de voir le changement
qui s'est opéré en Europe dans la position respective des chrétiens et
des musulmans. Mais cette première impression effacée, ils seraient
agréablement surpris de la large place que nos vieux romanciers ont
accordée à leurs exploits; et leur ame, habituée aux grandes choses,
rendrait hommage à un sentiment de courtoisie qui ennoblit les moeurs
barbares de nos pères, et qui semble disparaître chaque jour.
FIN.
ADDITIONS ET CORRECTIONS.
Page 3. La note deuxième doit être ainsi conçue: «Procope, _Histoire
de la guerre des Vandales_, liv. II, ch. 10; et M. Dureau de Lamalle,
_Recherches sur l'histoire de la partie de l'Afrique septentrionale,
connue sous le nom de régence d'Alger_, par une commission de
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres; Paris, 1835, t. I, p.
114 et suiv.»
_Ibid._ Lisez ainsi la note 3: «Voy. les témoignages mentionnés par
Ibn-Khaldoun, dans l'extrait déjà cité, p. 127, 132 et 141, bien
qu'Ibn-Khaldoun lui-même ne partage pas cette opinion. Voy. aussi
l'article _berber_ de l'_Encyclopédie Pittoresque_, par M. d'Avezac.»
Page 21. Le premier alinéa doit commencer ainsi: «Des documens qui
remontent à une assez haute antiquité, font mention de la destruction
du monastère de Saint-Bausile, près de Nîmes, etc.»
Page 51. Au bas de la page, ajoutez en note: «Voyez Conde, _Historia_,
t. I, p. 89.»
Page 176. A la fin du dernier alinéa, ajoutez en note: «On lit dans
une charte de l'abbaye de Saint-Victor, à Marseille, à l'année 1005,
ces paroles: Cum omnipotens Deus vellet populum christianum flagellare
per sævitiam paganorum, gens barbara in regno provinciæ irruens,
circumquaque diffusa vehementer invaluit, ac munitissima quæque loca
obtinens et inhabitans, cuncta vastavit, ecclesias et monasteria
plurima destruxit, et loca quæ prius desiderabilia videbantur in
solitudinem redacta sunt, et quæ dudum habitatio fuerat hominum,
habitatio postmodum coepit esse ferarum. Voy. dom Martenne, _Amplissima
collectio_, t. I, p. 369. D'un autre côté, voici quel était, en 975,
l'état de l'église de Fréjus, d'après une charte rédigée au moment
où le pays fut enfin délivré de la présence des barbares: Civitas
Forojuliensis acerbitate Saracenorum destructa atque in solitudinem
redacta, habitatores quoque ejus interfecti, seu timore longius fuerunt
effugati; non superest aliquis qui sciat vel prædia, vel possessiones
quæ ecclesiæ succedere debeant; non sunt cartarum paginæ, desunt
regalia præcepta. Privilegia quoque, seu alia testimonia, aut vetustate
consumpta aut igne perierunt, nihil aliud nisi tantum solo episcopatus
nomine permanente. _Gallia Christiana_, t. I. _Instrumenta_, p. 82.»
Page 230, note. A propos de l'origine du mot _sarrazin_, ajoutez ces
mots: «Notre savant confrère, M. Letronne, nous a fait observer que
d'après le témoignage de Strabon, de Diodore de Sicile, etc., la partie
de l'Égypte située entre le Nil et la mer Rouge était dès avant notre
ère, comme elle l'est encore de nos jours, habitée par des tribus
arabes, et qu'elle portait le nom d'_Arabie_. Il serait donc également
possible que la dénomination d'_orientaux_ eût servi à distinguer les
nomades restés dans la presqu'île, de ceux qui avaient traversé la mer
Rouge. Encore aujourd'hui que l'Égypte est occupée par les Arabes, la
contrée située à l'orient du Delta est nommée _scharkyé_ ou orientale,
et la partie comprise dans le Delta, _gharbyé_ ou occidentale. C'est
ainsi que les Goths, dès avant leur départ des pays qu'ils occupaient
au nord de l'Europe, s'étaient divisés en _Ostrogoths_ ou Goths de
l'est, et _Visigoths_ ou Goths de l'ouest; mais la difficulté qui
résulte du passage de Nonnosus existe toujours.»
TABLE DES MATIÈRES.
Pag.
Dédicace v
Introduction ix
PREMIÈRE PARTIE. Premières invasions des Sarrazins
en France, jusqu'à leur expulsion de Narbonne et
de tout le Languedoc, en 759 1
DEUXIÈME PARTIE. Invasions des Sarrazins en France,
depuis leur expulsion de Narbonne jusqu'à leur établissement
en Provence, en 889 85
TROISIÈME PARTIE. Établissement des Sarrazins en Provence,
et incursions qu'ils font de là en Savoie, en Piémont
et dans la Suisse, jusqu'à leur expulsion
totale de France 157
QUATRIÈME PARTIE. Caractère général des invasions
sarrazines, et conséquences qui en furent la suite 229
Des peuples qui prirent part à ces invasions: les Arabes 229
--les Berbers 232
--les Germains, les Slaves, etc. 233
Commerce des esclaves 235
Les juifs prirent-ils part à ces invasions? 241
Langages et religions des envahisseurs 242
Motifs qui faisaient agir les conquérans 249
Costume des conquérans 251
Partage du butin 253
Sort des chrétiens qui tombaient entre les mains des
Sarrazins 254
Sort des Sarrazins qui tombaient entre les mains des
chrétiens 262
Servage et esclavage en France 265
Système d'administration établi par les Sarrazins 270
Impôts 279
Manière dont s'opéraient les invasions sarrazines 286
Traces qui restent de ces invasions 289
Progrès dans l'agriculture 296
Races des chevaux 298
Danses 300
Colonies sarrazines en France 301
Influence des Arabes sur la littérature française 306
L'influence des invasions sarrazines en général exagérée 309
Cette exagération est l'ouvrage des romans de chevalerie 311
Grande place que les Sarrazins occupent dans ces romans 313
Additions et corrections 319
Note de transcription détaillée:
Cette version électronique comporte les corrections suivantes:
p. xxix, «Narbonam et Carcassonam» corrigé en
«Carcassonam et Narbonam» (note no 14),
p. 8 et 61, «Pépin» harmonisé en «Pepin»,
p. 12, «Béjà» corrigé en «Beja» («évêque de Beja»),
p. 14, «Beziers» corrigé en «Béziers»,
p. 18, «Paul, diacre,» corrigé en «Paul Diacre,» (note no 42),
p. 30, «Acheri» corrigé en «Achery» («Spicilège de d'Achery»,
note no 57),
p. 40, «Ausonne» corrigé en «Ausone»
(«ces vers d'Ausone», note no 66),
p. 39, «Bouches-du-Rhônes» corrigé en «Bouches-du-Rhône»,
p. 71, «il» corrigé en «ils» («qu'ils accablèrent»),
p. 74, «Voyage» corrigé en «Voyages» («Voyages en Arabie»,
note no 111),
p. 79, «Refugié» corrigé en «Réfugié» («Réfugié en Afrique»),
p. 94, ajout d'un «d» manquant dans «C'est sans doute de là»,
p. 94, «christiana» harmonisé en «Christiana» («Gallia Christiana»,
note no 129),
p. 101, «secourera» corrigé en «secourra» («Dieu vous secourra»),
p. 128, «rebellion» corrigé en «rébellion» («Quand la rébellion»),
p. 133, ajout de «dom» dans «Recueil de dom Bouquet» (Note no 184),
p. 164, «fut» corrigé en «furent» («la France et l'Italie furent»),
p. 173, «mersio» corrigé en «messio» («pæninam messio falcem»),
p. 175, «rebellions» corrigé en «rébellions»
(«les rébellions sans cesse renaissantes»),
p. 210, «Voyages» corrigé en «Voyage» («Voyage dans les départemens du
midi de la France», note no 282),
p. 220, «japer» corrigé en «japper» («ils semblaient japper»),
p. 230, «OElsner» corrigé en «Oelsner» («mémoire de M. Oelsner»),
p. 279, «arrogé» corrigé en «arrogés»
(«s'étaient arrogés les revenus»),
p. 300, «tauraux» corrigé en «taureaux» («deux taureaux catalans»).
Les erreurs évidentes de ponctuation ont été corrigées silencieusement;
certains point manquants, comme dans «ibid.» ou «t.» ont été ajoutés.
À l'exception des corrections mentionnées ci-dessus, l'orthographe, la
ponctuation et l'accentuation n'ont pas été harmonisées, comme dans par
exemple:
Guillaume... au court-nez / au-court-nez / au court nez
Spicilège / Spicilége
Aaron-Alraschid / Aaron-alraschid
Plusieurs notes contenaient quelques mots écrits en arabe. Ceux-ci n'ont
pas fait l'objet d'une transliterration en caractères latins puisque
cela est déjà fait lors du renvoi à la note; ils ont été remplacé par
«<mot en arabe>».
Les «additions et corrections» mentionnées à la fin du livre ont été
intégrées à l'ouvrage.