[423] Dans le roman de _Partenopeus de Blois_, le héros chrétien

du poème est pris d'une manière traîtreuse par quelques Sarrazins.

Aussitôt le chef de l'armée sarrazine vient se remettre entre

les mains du roi de France, et déclare qu'il est prêt à subir le

traitement que le roi voudra lui infliger en représailles. Le même

trait est raconté d'un autre roi sarrazin. Voy. le _Journal des

Savans_, décembre, 1834, p. 728, article de M. Raynouard.

Ici encore on retrouve la preuve de la supériorité morale des Maures

d'Espagne. Quelques chroniqueurs espagnols rapportent que, vers l'an

890, le roi des Asturies, Alphonse-le-Grand, ne trouvant point parmi

les chrétiens d'homme assez éclairé pour élever dignement son fils

et héritier présomptif, fit venir de Cordoue deux Sarrazins pour lui

servir de précepteurs. Une idée analogue se retrouve peut-être dans un

roman de chevalerie relatif à Charlemagne, où il est dit que Charles,

encore enfant, se rendit chez les Maures, ce qui donna probablement

lieu de croire à nos pères que ce prince, à l'aide des lumières qui

distinguaient alors les mahométans, s'était mis en état de renouveler

la face de l'occident[424].

[424] Voy. le _Roman des enfances de Charlemagne_, par Girard

d'Amiens, manusc. français de la Biblioth. roy., no 7188, fol. 30,

verso.

Ce n'est guère que depuis quelques siècles qu'on est revenu à l'étude

des documens originaux de l'histoire nationale; et c'est seulement

depuis environ cent cinquante ans que la critique a pour toujours fait

justice des contes mis en circulation par les romans de chevalerie.

On est étonné de voir l'illustre Mabillon hésiter sur la fausseté de

certains épisodes du poème de _Guillaume-au-Court-Nez_, et ranger dans

le domaine de l'histoire la prétendue occupation du midi de la France

par les Sarrazins, sous Charlemagne[425].

[425] _Annales Benedictini_, t. II, p. 369.

Assurément, si les Moussa, les Tharec, les Abd-alrahman et les Almansor

revenaient au monde, ils seraient bien étonnés de voir le changement

qui s'est opéré en Europe dans la position respective des chrétiens et

des musulmans. Mais cette première impression effacée, ils seraient

agréablement surpris de la large place que nos vieux romanciers ont

accordée à leurs exploits; et leur ame, habituée aux grandes choses,

rendrait hommage à un sentiment de courtoisie qui ennoblit les moeurs

barbares de nos pères, et qui semble disparaître chaque jour.

FIN.

ADDITIONS ET CORRECTIONS.

Page 3. La note deuxième doit être ainsi conçue: «Procope, _Histoire

de la guerre des Vandales_, liv. II, ch. 10; et M. Dureau de Lamalle,

_Recherches sur l'histoire de la partie de l'Afrique septentrionale,

connue sous le nom de régence d'Alger_, par une commission de

l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres; Paris, 1835, t. I, p.

114 et suiv.»

_Ibid._ Lisez ainsi la note 3: «Voy. les témoignages mentionnés par

Ibn-Khaldoun, dans l'extrait déjà cité, p. 127, 132 et 141, bien

qu'Ibn-Khaldoun lui-même ne partage pas cette opinion. Voy. aussi

l'article _berber_ de l'_Encyclopédie Pittoresque_, par M. d'Avezac.»

Page 21. Le premier alinéa doit commencer ainsi: «Des documens qui

remontent à une assez haute antiquité, font mention de la destruction

du monastère de Saint-Bausile, près de Nîmes, etc.»

Page 51. Au bas de la page, ajoutez en note: «Voyez Conde, _Historia_,

t. I, p. 89.»

Page 176. A la fin du dernier alinéa, ajoutez en note: «On lit dans

une charte de l'abbaye de Saint-Victor, à Marseille, à l'année 1005,

ces paroles: Cum omnipotens Deus vellet populum christianum flagellare

per sævitiam paganorum, gens barbara in regno provinciæ irruens,

circumquaque diffusa vehementer invaluit, ac munitissima quæque loca

obtinens et inhabitans, cuncta vastavit, ecclesias et monasteria

plurima destruxit, et loca quæ prius desiderabilia videbantur in

solitudinem redacta sunt, et quæ dudum habitatio fuerat hominum,

habitatio postmodum coepit esse ferarum. Voy. dom Martenne, _Amplissima

collectio_, t. I, p. 369. D'un autre côté, voici quel était, en 975,

l'état de l'église de Fréjus, d'après une charte rédigée au moment

où le pays fut enfin délivré de la présence des barbares: Civitas

Forojuliensis acerbitate Saracenorum destructa atque in solitudinem

redacta, habitatores quoque ejus interfecti, seu timore longius fuerunt

effugati; non superest aliquis qui sciat vel prædia, vel possessiones

quæ ecclesiæ succedere debeant; non sunt cartarum paginæ, desunt

regalia præcepta. Privilegia quoque, seu alia testimonia, aut vetustate

consumpta aut igne perierunt, nihil aliud nisi tantum solo episcopatus

nomine permanente. _Gallia Christiana_, t. I. _Instrumenta_, p. 82.»

Page 230, note. A propos de l'origine du mot _sarrazin_, ajoutez ces

mots: «Notre savant confrère, M. Letronne, nous a fait observer que

d'après le témoignage de Strabon, de Diodore de Sicile, etc., la partie

de l'Égypte située entre le Nil et la mer Rouge était dès avant notre

ère, comme elle l'est encore de nos jours, habitée par des tribus

arabes, et qu'elle portait le nom d'_Arabie_. Il serait donc également

possible que la dénomination d'_orientaux_ eût servi à distinguer les

nomades restés dans la presqu'île, de ceux qui avaient traversé la mer

Rouge. Encore aujourd'hui que l'Égypte est occupée par les Arabes, la

contrée située à l'orient du Delta est nommée _scharkyé_ ou orientale,

et la partie comprise dans le Delta, _gharbyé_ ou occidentale. C'est

ainsi que les Goths, dès avant leur départ des pays qu'ils occupaient

au nord de l'Europe, s'étaient divisés en _Ostrogoths_ ou Goths de

l'est, et _Visigoths_ ou Goths de l'ouest; mais la difficulté qui

résulte du passage de Nonnosus existe toujours.»

TABLE DES MATIÈRES.

Pag.

Dédicace v

Introduction ix

PREMIÈRE PARTIE. Premières invasions des Sarrazins

en France, jusqu'à leur expulsion de Narbonne et

de tout le Languedoc, en 759 1

DEUXIÈME PARTIE. Invasions des Sarrazins en France,

depuis leur expulsion de Narbonne jusqu'à leur établissement

en Provence, en 889 85

TROISIÈME PARTIE. Établissement des Sarrazins en Provence,

et incursions qu'ils font de là en Savoie, en Piémont

et dans la Suisse, jusqu'à leur expulsion

totale de France 157

QUATRIÈME PARTIE. Caractère général des invasions

sarrazines, et conséquences qui en furent la suite 229

Des peuples qui prirent part à ces invasions: les Arabes 229

--les Berbers 232

--les Germains, les Slaves, etc. 233

Commerce des esclaves 235

Les juifs prirent-ils part à ces invasions? 241

Langages et religions des envahisseurs 242

Motifs qui faisaient agir les conquérans 249

Costume des conquérans 251

Partage du butin 253

Sort des chrétiens qui tombaient entre les mains des

Sarrazins 254

Sort des Sarrazins qui tombaient entre les mains des

chrétiens 262

Servage et esclavage en France 265

Système d'administration établi par les Sarrazins 270

Impôts 279

Manière dont s'opéraient les invasions sarrazines 286

Traces qui restent de ces invasions 289

Progrès dans l'agriculture 296

Races des chevaux 298

Danses 300

Colonies sarrazines en France 301

Influence des Arabes sur la littérature française 306

L'influence des invasions sarrazines en général exagérée 309

Cette exagération est l'ouvrage des romans de chevalerie 311

Grande place que les Sarrazins occupent dans ces romans 313

Additions et corrections 319

Note de transcription détaillée:

Cette version électronique comporte les corrections suivantes:

p. xxix, «Narbonam et Carcassonam» corrigé en

«Carcassonam et Narbonam» (note no 14),

p. 8 et 61, «Pépin» harmonisé en «Pepin»,

p. 12, «Béjà» corrigé en «Beja» («évêque de Beja»),

p. 14, «Beziers» corrigé en «Béziers»,

p. 18, «Paul, diacre,» corrigé en «Paul Diacre,» (note no 42),

p. 30, «Acheri» corrigé en «Achery» («Spicilège de d'Achery»,

note no 57),

p. 40, «Ausonne» corrigé en «Ausone»

(«ces vers d'Ausone», note no 66),

p. 39, «Bouches-du-Rhônes» corrigé en «Bouches-du-Rhône»,

p. 71, «il» corrigé en «ils» («qu'ils accablèrent»),

p. 74, «Voyage» corrigé en «Voyages» («Voyages en Arabie»,

note no 111),

p. 79, «Refugié» corrigé en «Réfugié» («Réfugié en Afrique»),

p. 94, ajout d'un «d» manquant dans «C'est sans doute de là»,

p. 94, «christiana» harmonisé en «Christiana» («Gallia Christiana»,

note no 129),

p. 101, «secourera» corrigé en «secourra» («Dieu vous secourra»),

p. 128, «rebellion» corrigé en «rébellion» («Quand la rébellion»),

p. 133, ajout de «dom» dans «Recueil de dom Bouquet» (Note no 184),

p. 164, «fut» corrigé en «furent» («la France et l'Italie furent»),

p. 173, «mersio» corrigé en «messio» («pæninam messio falcem»),

p. 175, «rebellions» corrigé en «rébellions»

(«les rébellions sans cesse renaissantes»),

p. 210, «Voyages» corrigé en «Voyage» («Voyage dans les départemens du

midi de la France», note no 282),

p. 220, «japer» corrigé en «japper» («ils semblaient japper»),

p. 230, «OElsner» corrigé en «Oelsner» («mémoire de M. Oelsner»),

p. 279, «arrogé» corrigé en «arrogés»

(«s'étaient arrogés les revenus»),

p. 300, «tauraux» corrigé en «taureaux» («deux taureaux catalans»).

Les erreurs évidentes de ponctuation ont été corrigées silencieusement;

certains point manquants, comme dans «ibid.» ou «t.» ont été ajoutés.

À l'exception des corrections mentionnées ci-dessus, l'orthographe, la

ponctuation et l'accentuation n'ont pas été harmonisées, comme dans par

exemple:

Guillaume... au court-nez / au-court-nez / au court nez

Spicilège / Spicilége

Aaron-Alraschid / Aaron-alraschid

Plusieurs notes contenaient quelques mots écrits en arabe. Ceux-ci n'ont

pas fait l'objet d'une transliterration en caractères latins puisque

cela est déjà fait lors du renvoi à la note; ils ont été remplacé par

«<mot en arabe>».

Les «additions et corrections» mentionnées à la fin du livre ont été

intégrées à l'ouvrage.

Invasions des Sarrazins en France et de France en Savoie, en Piémont et dans la Suisse, pendant les 8e, 9e et 10e siècles de notre ère · 第 19 / 19 段