Prépondérance croissante de la richesse dans l’opinion et dans les
résultats pratiques de la vie publique.
On a dit que les Romains dédaignaient le commerce, ils furent en effet,
à raison de leurs origines, un peuple de laboureurs et de guerriers qui
garda longtemps ses principes, mais qui sut prendre, avec les préjugés
nationaux, les accommodements inspirés par l’utilité pratique.
C’est ainsi que Cicéron considérait comme très nécessaire, de ne pas
confondre les divers genres de commerce. «La place d’un homme libre
n’est pas dans une boutique», disait-il. «Le commerce ne convient qu’aux
esclaves, s’il se fait en petit; mais il se relève, lorsqu’il se fait en
grand, qu’il apporte dans un même pays les productions du monde entier,
qu’il les met à la portée du grand nombre et garde toujours une parfaite
loyauté[53].» Cicéron songeait certainement, en écrivant ces lignes, à
ses chers publicains[54]. Il a même des mots gracieux pour les
spéculateurs retirés des affaires, ses plus vieux amis sans doute, qui,
arrivés au port, se reposaient en regardant le large[55]. L’ordre
sénatorial seul se voyait éloigné du commerce par les lois, mais, de
plus en plus, sauf quelques héroïques exceptions, souvenirs du vieux
temps, il se rattrapait, par la pratique d’une usure éhontée, et par les
scandaleux profits des magistratures provinciales; du reste, il ne tarda
pas à se transformer complètement, ainsi que nous allons le voir.
[53] _De officiis_, I, XLII. Montesquieu, _Esprit des lois_, liv. XXI,
ch. XIV: Du génie des Romains pour le commerce, et chapitres
suivants.
[54] D’Hugues, _loc. cit._: _Une province romaine sous la République_,
p. 101.
[55] «_Atque etiam si satiata quæstu, vel contenta potius, ut sæpe, ex
alto in portum, ex ipso portu in agros se possessionesque tulerit,
videtur jure optimo posse laudari._» Cicéron, _De officiis_, I,
XLII.
Ces mœurs, à la fois aristocratiques et rarement désintéressées, ont
souvent donné lieu à des rapprochements curieux entre les Romains et les
Anglo-Saxons de notre temps; rapprochements qui, sous bien d’autres
rapports, et parfois pour les actes les plus sages et les traditions les
plus honorables de la vie publique, se justifient étonnamment.
A l’époque qui doit nous occuper, la plèbe, de plus en plus indépendante
et nombreuse, s’était mise au travail; le temps des frumentaires
paresseux n’était pas encore arrivé; les chevaliers surtout, qui avaient
quelques avances et que les préjugés aristocratiques n’arrêtaient pas,
s’enrichissaient par les entreprises ou les fermages de l’État dont ils
se rendaient adjudicataires. L’or des vaincus entrait sans mesure dans
les coffres des _negotiatores_ et des publicains.
Les patriciens de race fidèles aux anciennes mœurs, dont le nombre
diminuait tous les jours, étaient réduits aux seuls bénéfices de
l’agriculture; ils furent débordés de toutes parts.
Ils abandonnaient, après des résistances héroïques et des prodiges
d’habileté, chaque jour un nouveau privilège à la plèbe. Leurs
patrimoines perdaient leur valeur relative, et les droits enlevés à la
naissance, la fortune les conquérait par le fait des mœurs, autant que
par celui des lois. Le siège de l’autorité et de l’influence se
déplaçait ainsi; il passait par la logique des événements, non moins que
par celle de la constitution, des patriciens aux riches, aux _homines
novi_. La morale de l’intérêt menaçait de n’être plus tempérée par les
traditions de famille et de race.
Aussi, on a pu appliquer aux assemblées politiques de Rome, ce que M.
Guizot a écrit de celles de l’Angleterre: «Dans un des premiers
parlements du règne de Charles Ier, on remarquait avec surprise que la
Chambre des communes était trois fois plus riche que la Chambre des
lords. La haute aristocratie ne possédait plus et n’apportait à la
royauté, qu’elle continuait d’entourer, la même prépondérance dans la
nation. Les simples gentilshommes, les francs-tenanciers, les bourgeois,
uniquement occupés de faire valoir leurs terres, leurs capitaux,
croissaient en richesse, en crédit, s’unissaient chaque jour plus
étroitement, attiraient le peuple entier sous leur influence, et, sans
éclat, sans dessein politique, s’emparaient en commun de toutes les
forces sociales, vraies sources du pouvoir[56].» Le savant écrivain de
l’_Histoire des chevaliers_ a pu avec raison reproduire ce passage de
Guizot, en le donnant comme le frontispice de son chapitre sur les
publicains.
[56] Belot, _Histoire des chevaliers_, chapitre VI: _Les
Publicains_.--Guizot, _Discours sur l’histoire de la Révolution
d’Angleterre_, p. 12; cf. _Révolution d’Angleterre_, et Duruy,
_Histoire des Romains_, XV, § 1er, t. I, p. 470, note 1.--Mommsen,
_Droit public romain_, t. VI, 2e partie (trad. Girard), p. 47 et
suiv., 57 et suiv., 109 et suiv.
A Rome la révolution fut plus complète encore qu’en Angleterre. Les
éléments constitutifs de la grande assemblée se modifièrent jusque dans
leur personnel; le patriciat perdit successivement tous les postes
d’honneur qui lui avaient appartenu de droit, dans le gouvernement de
l’État.
Des trois castes qui constituaient le _populus_, la noblesse de race fut
celle qui, au nom de la religion et du droit, eut l’autorité la plus
large, la plus incontestée pendant les premiers siècles. Mais elle se
modifia dans ses éléments constitutifs. Le patriciat se fondit dans
l’ordre sénatorial et la _nobilitas_; il perdit son prestige et vit le
pouvoir s’échapper, en fait, de ses mains. Ce furent les riches, même de
race plébéienne, qui se partagèrent les honneurs et le pouvoir. «Il se
fit alors», dit M. Duruy[57], «une scission parmi ceux qui avaient le
cens équestre. Les uns, fils de sénateurs, ne songèrent qu’à succéder
aux honneurs de leurs pères: c’étaient les nobles. Les autres, d’origine
obscure, et repoussés des charges comme hommes nouveaux, se jetèrent
dans les fermes et les travaux publics: ce furent les publicains.»
[57] Duruy, t. II, p. 56. Voy. Mommsen, _Droit public romain_, VI, 2e
partie, 47 et 68. Cic., _De Rep._, XXXIV.
C’est l’ordre des chevaliers ou des publicains qui prendra, dès lors,
l’influence dans les affaires. C’est la classe composée presque
exclusivement des enrichis, des hommes nouveaux, _homines novi_,
l’aristocratie d’argent, qui spéculera, qui gagnera et qui dirigera
tout, à l’exclusion de la _nobilitas_ déconsidérée. _Auctoritas nominis
in publicanis subsistit._
La plèbe, le troisième ordre, ne commença à exercer une influence
persistante et normale qu’avec les Gracques; elle grandit en luttant
contre le Sénat et les chevaliers: mais ses triomphes furent tardifs et
éphémères. Ils conduisirent la République rapidement à la démagogie.
L’histoire des publicains correspond, sinon à la plus belle époque de
l’histoire romaine[58], du moins à la plus grande, par les résultats
obtenus; celle des immenses travaux, des riches conquêtes, de la liberté
politique et de la suprême éloquence.
[58] Voir les réserves graves de Mommsen, au début du chapitre de son
_Histoire romaine_, consacré à cette période.
Durant tout ce temps, la lutte politique des partis ne cessa pas un
instant dans Rome; mais ce fut le parti des financiers qui eut presque
constamment l’avantage sur les deux autres, à dater des guerres puniques
jusqu’à la démagogie militaire des guerres civiles. Nous avons vu le
mouvement se manifester par les actes législatifs de l’ordre politique,
dans la précédente section de ce chapitre, nous en trouvons ici la
réalisation et l’explication dans les faits.
On vit alors se multiplier comme par enchantement, surtout après la
soumission de Carthage, les signes certains des grands mouvements dans
les affaires. Les banquiers, très anciens à Rome, étendent leurs
opérations; ce sont des changeurs, et surtout des intermédiaires entre
spéculateurs. C’est par eux que l’argent circule, sous forme de billets,
de Rome vers la province et réciproquement. Il en existait déjà, au
quatrième siècle, qui tenaient leurs tables au Forum, plus tard ce fut
dans les basiliques.
L’État prit des mesures financières, signalées par les auteurs qui se
sont occupés de l’histoire économique de Rome. On empêchait l’argent de
se porter sur un point donné, ou bien de sortir d’Italie; on s’efforçait
de favoriser les prêts faits à Rome et de donner à la capitale des
avantages sur la province. On s’occupait spécialement des juifs bien
connus partout, et particulièrement en Italie, par leurs affaires
d’argent.
Le crédit public recevait de brusques secousses, au Forum et dans les
basiliques, par suite des événements, même les plus lointains. On le
sait, de tout temps, la prospérité des finances a directement dépendu de
la politique, parce qu’il n’y a pas de crédit possible s’il n’y a pas de
sécurité dans l’État. «Faites-moi de la bonne politique, et je vous
ferai de bonnes finances», disait un habile ministre, aux Chambres
françaises. Ce fut fréquemment la donnée de Cicéron et des autres hommes
politiques de Rome, devant le Sénat, chargé d’équilibrer le budget et de
diriger la politique extérieure[59]. En réalité, c’étaient les
préoccupations pécuniaires qui dominaient tout, la direction des
guerres, comme les actes de la paix.
[59] Cicéron, _Pro lege Manilia_ très spécialement.
La richesse était entrée à Rome par d’autres mains que celles des
spéculateurs. Les généraux et les proconsuls faisaient de scandaleuses
fortunes aux dépens des provinciaux, et l’argent qu’ils rapportaient de
leurs déprédations jouait aussi son rôle dans la politique pratique du
Forum. Quelles que soient, en effet, les sources qui l’ont amené, c’est
par lui qu’on arrive aux fonctions publiques et aux honneurs. On ne le
dissimule pas, les votes sont à vendre[60]. Il y a sur le Forum des
boutiques, où le prix d’achat est affiché. Vainement on édicte, en
595-159, une loi qui punit les acheteurs de voix, et ensuite d’autres
lois pour punir les concussionnaires. Les suffrages continuent à se
vendre, et, dans les hautes fonctions, ce que l’on voit comme
rémunération des peines prises et des dépenses parfois colossales de
l’élection, c’est l’exploitation, en perspective, d’une province, pour
la désignation de laquelle on saura se rendre le sort favorable[61]. Les
soldats eux-mêmes promettaient, à prix d’argent, le triomphe à leurs
généraux, comme plus tard ils leur vendront l’empire[62].
[60] Voy. _La corruption électorale chez les Romains_, par É. Labatut,
vice-président au tribunal civil de Toulouse. Thorin, éditeur,
Paris. Cicéron parle de dix paniers d’argent apportés par Verrès, de
Sicile à destination des électeurs des comices. Verr., I, VIII.
[61] Voy. Duruy, _Hist. des Romains_, t. II, p. 73 et suiv.
[62] Voy. notamment Mommsen, _Hist. rom._, t. IV, p. 86, qui rapporte
que Lucius Paulus, le vainqueur de Pydna, faillit se voir refuser le
triomphe, pour n’avoir pas assez tôt accordé à ses soldats ce qu’ils
lui demandaient.
«On pilla les provinces pour acheter les comices, on acheta les comices
pour piller les provinces; la République se trouva ainsi engagée dans un
cercle sans issue, jusqu’à ce qu’elle tombât épuisée entre les mains
d’Auguste...[63]»
[63] E. Laboulaye, _Lois criminelles des Romains_, p. 164.
Les candidats aux grandes charges empruntaient, s’ils n’étaient pas déjà
immensément riches, pour pouvoir suffire aux frais de leurs élections,
et lorsque leur avenir politique paraissait assuré, ils trouvaient très
facilement du crédit. On savait que les bénéfices du proconsulat les
rendraient aisément solvables et peut-être même les porteraient à
témoigner une généreuse reconnaissance, au moment du retour.
C’est par eux qu’ont été construits les cirques, les riches basiliques,
les temples somptueux, les plus beaux monuments de la Rome républicaine,
et qu’ont été données, en vertu d’engagements pris d’avance quelquefois,
les fêtes fastueuses pour lesquelles l’univers entier était mis à
contribution. Ce sont là encore des faits bien connus. Nous nous bornons
à les signaler, ainsi que nous l’avons fait pour les lois, comme des
traits essentiels, dans les vues d’ensemble que nous voulons indiquer.
Après les conquêtes de la Grèce et de l’Asie, notamment, l’or avait
afflué tout à coup dans Rome. M. Duruy a dit justement, en étudiant
cette époque: «L’or est comme l’eau des fleuves; s’il inonde subitement,
il dévaste; qu’on le divise en mille canaux où il circule lentement, et
il porte partout la fécondité et la vie[64].» Rien n’est plus frappant
dans l’histoire de Rome.
[64] Duruy, II, chap. XIX. Salluste, _Catilina_, V, VI, X, XII; Vell.
Pat., II, 2; Florus, III, 13. Voir l’intéressant et judicieux
discours préliminaire de l’_Histoire des révolutions romaines_ de
Vertot. L’esprit et l’inutilité des lois somptuaires est bien
indiqué dans cet ouvrage, très vieilli d’ailleurs.
Il serait aisé de multiplier les exemples de prodigalités, en vue
desquelles les généraux vainqueurs ruinaient les provinces conquises.
Mais plus redoutables encore en cela, pour leur patrie, ils venaient y
porter, avec les richesses mal acquises, la corruption des mœurs[65].
[65] Appien, _Bel. civ._, liv. II, 26. Plut., _Cæs._, 29; _Pomp._, 58.
César, pour se faire des partisans, donna au consul Paul-Émile près de 8
millions de francs; à Curius, tribun du peuple, 12 millions pour
acquitter ses dettes[66], car nos faillites et nos liquidations sont
encore peu de chose, à côté des dettes personnelles de ce temps; à
Marc-Antoine, son lieutenant dans les Gaules, 12 millions[67]; il avait
aussi payé ses propres dettes, qui se montaient à 5 millions[68]. «Il
fit établir pour le peuple de Rome, un Forum entouré de portiques en
marbre et décoré d’une villa publique; l’emplacement seul avait coûté
100 millions de sesterces, plus de 20 millions de francs. Pour que sa
gloire et son influence fussent partout présentes, il décorait les
villes d’Italie, d’Espagne, des Gaules, de Grèce et d’Asie-Mineure, tout
comme si l’empire eût déjà été son patrimoine. Aux rois, il envoyait en
don des milliers de captifs; aux provinces, il donnait, sans consulter
le peuple ni le Sénat, tous les secours dont elles avaient besoin.» Ces
dons, et bien d’autres, ne l’empêchèrent pas de demeurer puissamment
riche. Cicéron dit un jour publiquement au Sénat, que César, qui avait
en ce moment, en Gaule, une armée de cinquante mille hommes, aurait pu
la solder avec ses seules ressources[69]; mais qu’elles étaient
légitimement son bien, et que c’était à la République à payer les armées
de ses généraux.
[66] Vell. Pat., II, 48.
[67] App. _Ibid._
[68] App., _Ibid._ Plut., _Cæs._, 11.
[69] Cic., _Prov. consul._, 11; _Pro balbo_, 27.--Voy. Dezobry, _Rome
au siècle d’Auguste_, III, p. 388. Duruy, _Hist. des Romains_, II,
chap. XXVI et suiv.
Pompée avait fait construire un théâtre où quarante mille spectateurs
pouvaient contenir; dans les premières fêtes qu’il y donna, figurèrent
des éléphants et d’autres animaux de toute espèce en grand nombre; cinq
cents lions y furent tués[70]. Gaius César faisait apporter les bêtes
féroces aux jeux, dans des cages d’argent. Æmilius Scaurus bâtit pour
quatre-vingt mille spectateurs, un théâtre soutenu par trois cent
soixante colonnes de marbre et orné de trois mille statues d’airain[71].
Tout cela, avec la valeur artistique qu’y apportaient les Grecs, laisse
bien en arrière ce que nous appelons les splendeurs modernes. On sait,
malheureusement, quelle était la source de ces richesses.
[70] Plut., _In Pomp._, 54.
[71] Voy., sur ce point et sur le luxe de cette époque, Duruy, t. II,
chap. XX.
Antoine ayant accepté toutes les flatteries hyperboliques des Grecs, se
laissa fiancer par eux à Minerve; mais il se hâta ensuite de réclamer la
dot de la déesse, qu’il ne voulut pas prendre à moins de 10 millions de
drachmes (8,694,400 francs). Cette plaisanterie juridique dut déplaire,
sans doute, aux esprits raffinés de l’Attique; les Romains avaient, si
on les compare aux Grecs, l’imagination sèche et courte, mais ils
avaient des goûts pratiques et peu de sensibilité dans l’âme, surtout à
l’égard des étrangers.
La plupart de ces abus étaient, au reste, non seulement tolérés, mais
encouragés par l’esprit public. Il fallait bien qu’un consulaire
s’enrichît aux dépens des provinces, pour l’honneur du peuple romain
lui-même. Comment admettre que celui qui avait commandé au peuple-roi,
rentrât, comme au vieux temps, dans sa modeste maison, et se confondît
dans la foule venue à Rome, de tous les points de l’univers.
Pendant ce temps, les publicains, plus riches que des rois, prêtaient
aux peuples, bouleversaient des empires par leur argent, continuaient
leurs exactions, et gardaient, le plus possible, leur part de
gouvernement. Nous verrons plus loin tous ces faits se dérouler
logiquement dans l’ordre des époques[72].
[72] _Infra_, chap. III: Suite chronologique des événements de
l’histoire romaine concernant les publicains et les banquiers
(_Histoire externe_).
«On faisait mille crimes», écrit Montesquieu, «pour donner aux Romains
tout l’argent du monde.»
Déjà, de son temps, Caius Gracchus disait au Sénat: Il y a ici trois
camps: dans le premier on est à vendre, dans le second on est vendu à
Nicomède, mais dans le troisième on est plus habile, on reçoit de toutes
les mains et l’on trompe tout le monde[73].
[73] Aulu-Gelle, II, 10. Mommsen, V, p. 67, note.
Jugurtha, le roi numide, s’était écrié en quittant Rome: «O ville
vénale, et qui périra bientôt si elle trouve un acheteur[74]!» Il avait
prophétisé juste. La démagogie n’eut bientôt plus pour mobile que la
violence et la cupidité. Trois siècles après, par une sorte de retour
vers le passé, les soldats mettaient l’autorité impériale elle-même à
l’encan, et trouvaient des acquéreurs solvables.
[74] «_O urbem venalem! et mature perituram, si emptorem invenerit_»
(Sall., _Jugurtha_, 35).