J'ai essayé de démontrer dans ce chapitre que le classement de
tous les êtres organisés qui ont vécu dans tous les temps en
groupes subordonnés à d'autres groupes; que la nature des rapports
qui unissent dans un petit nombre de grandes classes tous les
organismes vivants et éteints, par des lignes d'affinité
complexes, divergentes et tortueuses; que les difficultés que
rencontrent, et les règles que suivent les naturalistes dans leurs
classifications; que la valeur qu'on accorde aux caractères
lorsqu'ils sont constants et généraux, qu'ils aient une importance
considérable ou qu'ils n'en aient même pas du tout, comme dans les
cas d'organes rudimentaires; que la grande différence de valeur
existant entre les caractères d'adaptation ou analogues et
d'affinités véritables; j'ai essayé de démontrer, dis-je, que
toutes ces règles, et encore d'autres semblables, sont la
conséquence naturelle de l'hypothèse de la parenté commune des
formes alliées et de leurs modifications par la sélection
naturelle, jointe aux circonstances d'extinction et de divergence
de caractères qu'elle détermine. En examinant ce principe de
classification, il ne faut pas oublier que l'élément généalogique
a été universellement admis et employé pour classer ensemble dans
la même espèce les deux sexes, les divers âges, les formes
dimorphes et les variétés reconnues, quelque différente que soit
d'ailleurs leur conformation. Si l'on étend l'application de cet
élément généalogique, seule cause connue des ressemblances que
l'on constate entre les êtres organisés, on comprendra ce qu'il
faut entendre par système _nature_; c'est tout simplement un essai
de classement généalogique où les divers degrés de différences
acquises s'expriment par les termes _variété, espèces, genres,
familles, ordre_ et _classes_.
En partant de ce même principe de la descendance avec
modifications, la plupart des grands faits de la morphologie
deviennent intelligibles, soit que nous considérions le même plan
présenté par les organes homologues des différentes espèces d'une
même classe quelles que soient, d'ailleurs, leurs fonctions; soit
que nous les considérions dans les organes homologues d'un même
individu, animal ou végétal.
D'après ce principe, que les variations légères et successives ne
surgissent pas nécessairement ou même généralement à une période
très précoce de l'existence, et qu'elles deviennent héréditaires à
l'âge correspondant on peut expliquer les faits principaux de
l'embryologie, c'est-à-dire la ressemblance étroite chez l'embryon
des parties homologues, qui, développées ensuite deviennent très
différentes tant par la conformation que par la fonction, et la
ressemblance chez les espèces alliées, quoique distinctes, des
parties ou des organes homologues, bien qu'à l'état adulte ces
parties ou ces organes doivent s'adapter à des fonctions aussi
dissemblables que possible. Les larves sont des embryons actifs
qui ont été plus ou moins modifiés suivant leur mode d'existence
et dont les modifications sont devenues héréditaires à l'âge
correspondant. Si l'on se souvient que, lorsque des organes
s'atrophient, soit par défaut d'usage, soit par sélection
naturelle, ce ne peut être en général qu'à cette période de
l'existence où l'individu doit pourvoir à ses propres besoins; si
l'on réfléchit, d'autre part, à la force du principe d'hérédité,
on peut prévoir, en vertu de ces mêmes principes, la formation
d'organes rudimentaires. L'importance des caractères
embryologiques, ainsi que celle des organes rudimentaires, est
aisée à concevoir en partant de ce point de vue, qu'une
classification, pour être naturelle, doit être généalogique.
En résumé, les diverses classes de faits que nous venons d'étudier
dans ce chapitre me semblent établir si clairement que les
innombrables espèces, les genres et les familles qui peuplent le
globe sont tous descendus, chacun dans sa propre classe, de
parents communs, et ont tous été modifiés dans la suite des
générations, que j'aurais adopté cette théorie sans aucune
hésitation lors même qu'elle ne serait pas appuyée sur d'autres
faits et sur d'autres arguments.
CHAPITRE XV.
RÉCAPITULATION ET CONCLUSIONS.
Récapitulation des objections élevées contre la théorie de la
sélection naturelle. -- Récapitulation des faits généraux et
particuliers qui lui sont favorables. -- Causes de la croyance
générale à l'immutabilité des espèces. -- Jusqu'à quel point on
peut étendre la théorie de la sélection naturelle. -- Effets de
son adoption sur l'étude de l'histoire naturelle. -- Dernières
remarques.
Ce volume tout entier n'étant qu'une longue argumentation, je
crois devoir présenter au lecteur une récapitulation sommaire des
faits principaux et des déductions qu'on peut en tirer.
Je ne songe pas à nier que l'on peut opposer à la théorie de la
descendance, modifiée par la variation et par la sélection
naturelle, de nombreuses et sérieuses objections que j'ai cherché
à exposer dans toute leur force. Tout d'abord, rien ne semble plus
difficile que de croire au perfectionnement des organes et des
instincts les plus complexes, non par des moyens supérieurs, bien
qu'analogues à la raison humaine, mais par l'accumulation
d'innombrables et légères variations, toutes avantageuses à leur
possesseur individuel. Cependant, cette difficulté, quoique
paraissant insurmontable à notre imagination, ne saurait être
considérée comme valable, si l'on admet les propositions
suivantes: toutes les parties de l'organisation et tous les
instincts offrent au moins des différences individuelles; la lutte
constante pour l'existence détermine la conservation des
déviations de structure ou d'instinct qui peuvent être
avantageuses; et, enfin, des gradations dans l'état de perfection
de chaque organe, toutes bonnes en elles-mêmes, peuvent avoir
existé. Je ne crois pas que l'on puisse contester la vérité de ces
propositions.
Il est, sans doute, très difficile de conjecturer même par quels
degrés successifs ont passé beaucoup de conformations pour se
perfectionner, surtout dans les groupes d'êtres organisés qui,
ayant subi d'énormes extinctions, sont actuellement rompus et
présentent de grandes lacunes; mais nous remarquons dans la nature
des gradations si étranges, que nous devons être très circonspects
avant d'affirmer qu'un organe, où qu'un instinct, ou même que la
conformation entière, ne peuvent pas avoir atteint leur état
actuel en parcourant un grand nombre de phases intermédiaires. Il
est, il faut le reconnaître, des cas particulièrement difficiles
qui semblent contraires à la théorie de la sélection naturelle; un
des plus curieux est, sans contredit, l'existence, dans une même
communauté de fourmis, de deux ou trois castes définies
d'ouvrières ou de femelles stériles. J'ai cherché à faire
comprendre comment on peut arriver à expliquer ce genre de
difficultés.
Quant à la stérilité presque générale que présentent les espèces
lors d'un premier croisement, stérilité qui contraste d'une
manière si frappante avec la fécondité presque universelle des
variétés croisées les unes avec les autres, je dois renvoyer le
lecteur à la récapitulation, donnée à la fin du neuvième chapitre,
des faits qui me paraissent prouver d'une façon concluante que
cette stérilité n'est pas plus une propriété spéciale, que ne
l'est l'inaptitude que présentent deux arbres distincts à se
greffer l'un sur l'autre, mais qu'elle dépend de différences
limitées au système reproducteur des espèces qu'on veut entre-
croiser. La grande différence entre les résultats que donnent les
croisements réciproques de deux mêmes espèces, c'est-à-dire
lorsqu'une des espèces est employée d'abord comme père et ensuite
comme mère nous prouve le bien fondé de cette conclusion. Nous
sommes conduits à la même conclusion par l'examen des plantes
dimorphes et trimorphes, dont les formes unies illégitimement ne
donnent que peu ou point de graines, et dont la postérité est plus
ou moins stérile; or, ces plantes appartiennent incontestablement
à la même espèce, et ne diffèrent les unes des autres que sous le
rapport de leurs organes reproducteurs et de leurs fonctions.
Bien qu'un grand nombre de savants aient affirmé que la fécondité
des variétés croisées et de leurs descendants métis est
universelle, cette assertion ne peut plus être considérée comme
absolue après les faits que j'ai cités sur l'autorité de Gärtner
et de Kölreuter.
La plupart des variétés sur lesquelles on a expérimenté avaient
été produites à l'état de domesticité; or, comme la domesticité,
et je n'entends pas par là une simple captivité, tend très
certainement à éliminer cette stérilité qui, à en juger par
analogie, aurait affecté l'entre-croisement des espèces parentes,
nous ne devons pas nous attendre à ce que la domestication
provoque également la stérilité de leurs descendants modifiés,
quand on les croise les uns avec les autres. Cette élimination de
stérilité paraît résulter de la même cause qui permet à nos
animaux domestiques de se reproduire librement dans bien des
milieux différents; ce qui semble résulter de ce qu'ils ont été
habitués graduellement à de fréquents changements des conditions
d'existence.
Une double série de faits parallèles semble jeter beaucoup de
lumière sur la stérilité des espèces croisées pour la première
fois et sur celle de leur postérité hybride. D'un côté, il y a
d'excellentes raisons pour croire que de légers changements dans
les conditions d'existence donnent à tous les êtres organisés un
surcroît de vigueur et de fécondité. Nous savons aussi qu'un
croisement entre des individus distincts de la même variété, et
entre des individus appartenant à des variétés différentes,
augmente le nombre des descendants, et augmente certainement leur
taille ainsi que leur force. Cela résulte principalement du fait
que les formes que l'on croise ont été exposées à des conditions
d'existence quelque peu différentes; car j'ai pu m'assurer par une
série de longues expériences que, si l'on soumet pendant plusieurs
générations tous les individus d'une même variété aux mêmes
conditions, le bien résultant du croisement est souvent très
diminué ou disparaît tout à fait. C'est un des côtés de la
question. D'autre part, nous savons que les espèces depuis
longtemps exposées à des conditions presque uniformes périssent,
ou, si elles survivent, deviennent stériles, bien que conservant
une parfaite santé, si on les soumet à des conditions nouvelles et
très différentes, à l'état de captivité par exemple. Ce fait ne
s'observe pas ou s'observe seulement à un très faible degré chez
nos produits domestiques, qui ont été depuis longtemps soumis à
des conditions variables. Par conséquent, lorsque nous constatons
que les hybrides produits par le croisement de deux espèces
distinctes sont peu nombreux à cause de leur mortalité dès la
conception ou à un âge très précoce, ou bien à cause de l'état
plus ou moins stérile des survivants, il semble très probable que
ce résultat dépend du fait qu'étant composés de deux organismes
différents, ils sont soumis à de grands changements dans les
conditions d'existence. Quiconque pourra expliquer de façon
absolue pourquoi l'éléphant ou le renard, par exemple, ne se
reproduisent jamais en captivité, même dans leur pays natal, alors
que le porc et le chien domestique donnent de nombreux produits
dans les conditions d'existence les plus diverses, pourra en même
temps répondre de façon satisfaisante à la question suivante:
Pourquoi deux espèces distinctes croisées, ainsi que leurs
descendants hybrides, sont-elles généralement plus ou moins
stériles, tandis que deux variétés domestiques croisées, ainsi que
leurs descendants métis, sont parfaitement fécondes?
En ce qui concerne la distribution géographique, les difficultés
que rencontre la théorie de la descendance avec modifications sont
assez sérieuses. Tous les individus d'une même espèce et toutes
les espèces d'un même genre, même chez les groupes supérieurs,
descendent de parents communs; en conséquence, quelque distants et
quelque isolés que soient actuellement les points du globe où on
les rencontre, il faut que, dans le cours des générations
successives, ces formes parties d'un seul point aient rayonné vers
tous les autres. Il nous est souvent impossible de conjecturer
même par quels moyens ces migrations ont pu se réaliser.
Cependant, comme nous avons lieu de croire que quelques espèces
ont conservé la même forme spécifique pendant des périodes très
longues, énormément longues même, si on les compte par années,
nous ne devons pas attacher trop d'importance à la grande
diffusion occasionnelle d'une espèce quelconque; car, pendant le
cours de ces longues périodes, elle a dû toujours trouver des
occasions favorables pour effectuer de vastes migrations par des
moyens divers. On peut souvent expliquer une extension discontinue
par l'extinction de l'espèce dans les régions intermédiaires. Il
faut, d'ailleurs, reconnaître que nous savons fort peu de chose
sur l'importance réelle des divers changements climatériques et
géographiques que le globe a éprouvés pendant les périodes
récentes, changements qui ont certainement pu faciliter les
migrations. J'ai cherché, comme exemple, à faire comprendre
l'action puissante qu'a dû exercer la période glaciaire sur la
distribution d'une même espèce et des espèces alliées dans le
monde entier. Nous ignorons encore absolument quels ont pu être
les moyens occasionnels de transport. Quant aux espèces distinctes
d'un même genre, habitant des régions éloignées et isolées, la
marche de leur modification ayant dû être nécessairement lente
tous les modes de migration auront pu être possibles pendant une
très longue période, ce qui atténue jusqu'à un certain point la
difficulté d'expliquer la dispersion immense des espèces d'un même
genre.
La théorie de la sélection naturelle impliquant l'existence
antérieure d'une foule innombrable de formes intermédiaires,
reliant les unes aux autres, par des nuances aussi délicates que
le sont nos variétés actuelles, toutes les espèces de chaque
groupe, on peut se demander pourquoi nous ne voyons pas autour de
nous toutes ces formes intermédiaires, et pourquoi tous les êtres
organisés ne sont pas confondus en un inextricable chaos. À
l'égard des formes existantes, nous devons nous rappeler que nous
n'avons aucune raison, sauf dans des cas fort rares, de nous
attendre à rencontrer des formes intermédiaires les reliant
_directement_ les unes aux autres, mais seulement celles qui
rattachent chacune d'elles à quelque forme supplantée et éteinte.
Même sur une vaste surface, demeurée continue pendant une longue
période, et dont le climat et les autres conditions d'existence
changent insensiblement en passant d'un point habité par une
espèce à un autre habité par une espèce étroitement alliée, nous
n'avons pas lieu de nous attendre à rencontrer souvent des
variétés intermédiaires dans les zones intermédiaires. Nous avons
tout lieu de croire, en effet, que, dans un genre, quelques
espèces seulement subissent des modifications, les autres
s'éteignant sans laisser de postérité variable. Quant aux espèces
qui se modifient, il y en a peu qui le fassent en même temps dans
une même région, et toutes les modifications sont lentes à
s'effectuer. J'ai démontré aussi que les variétés intermédiaires,
qui ont probablement occupé d'abord les zones intermédiaires, ont
dû être supplantées par les formes alliées existant de part et
d'autre; car ces dernières, étant les plus nombreuses, tendent
pour cette raison même à se modifier et à se perfectionner plus
rapidement que les espèces intermédiaires moins abondantes; en
sorte que celles-ci ont dû, à la longue, être exterminées et
remplacées.
Si l'hypothèse de l'extermination d'un nombre infini de chaînons
reliant les habitants actuels avec les habitants éteints du globe,
et, à chaque période successive, reliant les espèces qui y ont
vécu avec les formes plus anciennes, est fondée, pourquoi ne
trouvons-nous pas, dans toutes les formations géologiques, une
grande abondance de ces formes intermédiaires? Pourquoi nos
collections de restes fossiles ne fournissent-elles pas la preuve
évidente de la gradation et des mutations des formes vivantes?
Bien que les recherches géologiques aient incontestablement révélé
l'existence passée d'un grand nombre de chaînons qui ont déjà
rapproché les unes des autres bien des formes de la vie, elles ne
présentent cependant pas, entre les espèces actuelles et les
espèces passées, toutes les gradations infinies et insensibles que
réclame ma théorie, et c'est là, sans contredit, l'objection la
plus sérieuse qu'on puisse lui opposer. Pourquoi voit-on encore
des groupes entiers d'espèces alliées, qui semblent, apparence
souvent trompeuse, il est vrai, surgir subitement dans les étages
géologiques successifs? Bien que nous sachions maintenant que les
êtres organisés ont habité le globe dès une époque dont
l'antiquité est incalculable, longtemps avant le dépôt des couches
les plus anciennes du système cumbrien, pourquoi ne trouvons-nous
pas sous ce dernier système de puissantes masses de sédiment
renfermant les restes des ancêtres des fossiles cumbriens? Car ma
théorie implique que de semblables couches ont été déposées
quelque part, lors de ces époques si reculées et si complètement
ignorées de l'histoire du globe.
Je ne puis répondre à ces questions et résoudre ces difficultés
qu'en supposant que les archives géologiques sont bien plus
incomplètes que les géologues ne l'admettent généralement. Le
nombre des spécimens que renferment tous nos musées n'est
absolument rien auprès des innombrables générations d'espèces qui
ont certainement existé. La forme souche de deux ou de plusieurs
espèces ne serait pas plus directement intermédiaire dans tous ses
caractères entre ses descendants modifiés, que le biset n'est
directement intermédiaire par son jabot et par sa queue entre ses
descendants, le pigeon grosse-gorge et le pigeon paon. Il nous
serait impossible de reconnaître une espèce comme la forme souche
d'une autre espèce modifiée, si attentivement que nous les
examinions, à moins que nous ne possédions la plupart des chaînons
intermédiaires, qu'en raison de l'imperfection des documents
géologiques nous ne devons pas nous attendre à trouver en grand
nombre. Si même on découvrait deux, trois ou même un plus grand
nombre de ces formes intermédiaires, on les regarderait simplement
comme des espèces nouvelles, si légères que pussent être leurs
différences, surtout si on les rencontrait dans différents étages
géologiques. On pourrait citer de nombreuses formes douteuses, qui
ne sont probablement que des variétés; mais qui nous assure qu'on
découvrira dans l'avenir un assez grand nombre de formes fossiles
intermédiaires, pour que les naturalistes soient à même de décider
si ces variétés douteuses méritent oui ou non la qualification de
variétés? On n'a exploré géologiquement qu'une bien faible partie
du globe. D'ailleurs, les êtres organisés appartenant à certaines
classes peuvent seuls se conserver à l'état de fossiles, au moins
en quantités un peu considérables. Beaucoup d'espèces une fois
formées ne subissent jamais de modifications subséquentes, elles
s'éteignent sans laisser de descendants; les périodes pendant
lesquelles d'autres espèces ont subi des modifications, bien
qu'énormes, estimées en années, ont probablement été courtes,
comparées à celles pendant lesquelles elles ont conservé une même
forme. Ce sont les espèces dominantes et les plus répandues qui
varient le plus et le plus souvent, et les variétés sont souvent
locales; or, ce sont là deux circonstances qui rendent fort peu
probable la découverte de chaînons intermédiaires dans une forme
quelconque. Les variétés locales ne se disséminent guère dans
d'autres régions éloignées avant de s'être considérablement
modifiées et perfectionnées; quand elles ont émigré et qu'on les
trouve dans une formation géologique, elles paraissent y avoir été
subitement créées, et on les considère simplement comme des
espèces nouvelles. La plupart des formations ont dû s'accumuler
d'une manière intermittente, et leur durée a probablement été plus
courte que la durée moyenne des formes spécifiques. Les formations
successives sont, dans le plus grand nombre des cas, séparées les
unes des autres par des lacunes correspondant à de longues
périodes; car des formations fossilifères assez épaisses pour
résister aux dégradations futures n'ont pu, en règle générale,
s'accumuler que là où d'abondants sédiments ont été déposés sur le
fond d'une aire marine en voie d'affaissement. Pendant les
périodes alternantes de soulèvement et de niveau stationnaire, le
témoignage géologique est généralement nul. Pendant ces dernières
périodes, il y a probablement plus de variabilité dans les formes
de la vie, et, pendant les périodes d'affaissement, plus
d'extinctions.
Quant à l'absence de riches couches fossilifères au-dessous de la
formation cumbrienne, je ne puis que répéter l'hypothèse que j'ai
déjà développée dans le neuvième chapitre, à savoir que, bien que
nos continents et nos océans aient occupé depuis une énorme
période leurs positions relatives actuelles, nous n'avons aucune
raison d'affirmer qu'il en ait toujours été ainsi; en conséquence,
il se peut qu'il y ait au-dessous des grands océans des gisements
beaucoup plus anciens qu'aucun de ceux que nous connaissons
jusqu'à présent. Quant à l'objection soulevée par sir William
Thompson, une des plus graves de toutes, que, depuis la
consolidation de notre planète, le laps de temps écoulé a été
insuffisant pour permettre la somme des changements organiques que
l'on admet, je puis répondre que, d'abord, nous ne pouvons
nullement préciser, mesurée en année, la rapidité des
modifications de l'espèce, et, secondement, que beaucoup de
savants sont disposés à admettre que nous ne connaissons pas assez
la constitution de l'univers et de l'intérieur du globe pour
raisonner avec certitude sur son âge.
Personne ne conteste l'imperfection des documents géologiques;
mais qu'ils soient incomplets au point que ma théorie l'exige, peu
de gens en conviendront volontiers. Si nous considérons des
périodes suffisamment longues, la géologie prouve clairement que
toutes les espèces ont changé, et qu'elles ont changé comme le
veut ma théorie, c'est-à-dire à la fois lentement et
graduellement. Ce fait ressort avec évidence de ce que les restes
fossiles que contiennent les formations consécutives sont
invariablement beaucoup plus étroitement reliés les uns aux autres
que ne le sont ceux des formations séparées par les plus grands
intervalles.
Tel est le résumé des réponses que l'on peut faire et des
explications que l'on peut donner aux objections et aux diverses
difficultés qu'on peut soulever contre ma théorie, difficultés
dont j'ai moi-même trop longtemps senti tout le poids pour douter
de leur importance. Mais il faut noter avec soin que les
objections les plus sérieuses se rattachent à des questions sur
lesquelles notre ignorance est telle que nous n'en soupçonnons
même pas l'étendue. Nous ne connaissons pas toutes les gradations
possibles entre les organes les plus simples et les plus parfaits;
nous ne pouvons prétendre connaître tous les moyens divers de
distribution qui ont pu agir pendant les longues périodes du
passé, ni l'étendue de l'imperfection des documents géologiques.
Si sérieuses que soient ces diverses objections, elles ne sont, à
mon avis, cependant pas suffisantes pour renverser la théorie de
la descendance avec modifications subséquentes.
Examinons maintenant l'autre côté de la question. Nous observons,
à l'état domestique, que les changements des conditions
d'existence causent, ou tout au moins excitent une variabilité
considérable, mais souvent de façon si obscure que nous sommes
disposés à regarder les variations comme spontanées. La
variabilité obéit à des lois complexes, telles que la corrélation,
l'usage et le défaut d'usage, et l'action définie des conditions
extérieures. Il est difficile de savoir dans quelle mesure nos
productions domestiques ont été modifiées; mais nous pouvons
certainement admettre qu'elles l'ont été beaucoup, et que les
modifications restent héréditaires pendant de longues périodes.
Aussi longtemps que les conditions extérieures restent les mêmes,
nous avons lieu de croire qu'une modification, héréditaire depuis
de nombreuses générations, peut continuer à l'être encore pendant
un nombre de générations à peu près illimité. D'autre part, nous
avons la preuve que, lorsque la variabilité a une fois commencé à
se manifester, elle continue d'agir pendant longtemps à l'état
domestique, car nous voyons encore occasionnellement des variétés
nouvelles apparaître chez nos productions domestiques les plus
anciennes.
L'homme n'a aucune influence immédiate sur la production de la
variabilité; il expose seulement, souvent sans dessein, les êtres
organisés à de nouvelles conditions d'existence; la nature agit
alors sur l'organisation et la fait varier. Mais l'homme peut
choisir les variations que la nature lui fournit, et les accumuler
comme il l'entend; il adapte ainsi les animaux et les plantes à
son usage ou à ses plaisirs. Il peut opérer cette sélection
méthodiquement, ou seulement d'une manière inconsciente, en
conservant les individus qui lui sont le plus utiles ou qui lui
plaisent le plus, sans aucune intention préconçue de modifier la
race. Il est certain qu'il peut largement influencer les
caractères d'une race en triant, dans chaque génération
successive, des différences individuelles assez légères pour
échapper à des yeux inexpérimentés. Ce procédé inconscient de
sélection a été l'agent principal de la formation des races
domestiques les plus distinctes et les plus utiles. Les doutes
inextricables où nous sommes sur la question de savoir si
certaines races produites par l'homme sont des variétés ou des
espèces primitivement distinctes, prouvent qu'elles possèdent dans
une large mesure les caractères des espèces naturelles.
Il n'est aucune raison évidente pour que les principes dont
l'action a été si efficace à l'état domestique, n'aient pas agi à
l'état de nature. La persistance des races et des individus
favorisés pendant la lutte incessante pour l'existence constitue
une forme puissante et perpétuelle de sélection. La lutte pour
l'existence est une conséquence inévitable de la multiplication en
raison géométrique de tous les êtres organisés. La rapidité de
cette progression est prouvée par le calcul et par la
multiplication rapide de beaucoup de plantes et d'animaux pendant
une série de saisons particulièrement favorables, et de leur
introduction dans un nouveau pays. Il naît plus d'individus qu'il
n'en peut survivre. Un atome dans la balance peut décider des
individus qui doivent vivre et de ceux qui doivent mourir, ou
déterminer quelles espèces ou quelles variétés augmentent ou
diminuent en nombre, ou s'éteignent totalement. Comme les
individus d'une même espèce entrent sous tous les rapports en plus
étroite concurrence les uns avec les autres, c'est entre eux que
la lutte pour l'existence est la plus vive; elle est presque aussi
sérieuse entre les variétés de la même espèce, et ensuite entre
les espèces du même genre. La lutte doit, d'autre part, être
souvent aussi rigoureuse entre des êtres très éloignés dans
l'échelle naturelle. La moindre supériorité que certains
individus, à un âge ou pendant une saison quelconque, peuvent
avoir sur ceux avec lesquels ils se trouvent en concurrence, ou
toute adaptation plus parfaite aux conditions ambiantes, font,
dans le cours des temps, pencher la balance en leur faveur.
Chez les animaux à sexes séparés, on observe, dans la plupart des
cas, une lutte entre les mâles pour la possession des femelles, à
la suite de laquelle les plus vigoureux, et ceux qui ont eu le
plus de succès sous le rapport des conditions d'existence, sont
aussi ceux qui, en général, laissent le plus de descendants. Le
succès doit cependant dépendre souvent de ce que les mâles
possèdent des moyens spéciaux d'attaque ou de défense, ou de plus
grands charmes; car tout avantage, même léger, suffit à leur
assurer la victoire.
L'étude de la géologie démontre clairement que tous les pays ont
subi de grands changements physiques; nous pouvons donc supposer
que les êtres organisés ont dû, à l'état de nature, varier de la
même manière qu'ils l'ont fait à l'état domestique. Or, s'il y a
eu la moindre variabilité dans la nature, il serait incroyable que
la sélection naturelle n'eût pas joué son rôle. On a souvent
soutenu, mais il est impossible de prouver cette assertion, que, à
l'état de nature, la somme des variations est rigoureusement
limitée. Bien qu'agissant seulement sur les caractères extérieurs,
et souvent capricieusement, l'homme peut cependant obtenir en peu
de temps de grands résultats chez ses productions domestiques, en
accumulant de simples différences individuelles; or, chacun admet
que les espèces présentent des différences de cette nature. Tous
les naturalistes reconnaissent qu'outre ces différences, il existe
des variétés qu'on considère comme assez distinctes pour être
l'objet d'une mention spéciale dans les ouvrages systématiques. On
n'a jamais pu établir de distinction bien nette entre les
différences individuelles et les variétés peu manquées, ou entre
les variétés prononcées, les sous-espèces et les espèces. Sur des
continents isolés, ainsi que sur diverses parties d'un même
continent séparées par des barrières quelconques, sur les îles
écartées, que de formes ne trouve-t-on pas qui sont classées par
de savants naturalistes, tantôt comme des variétés, tantôt comme
des races géographiques ou des sous-espèces, et enfin, par
d'autres, comme des espèces étroitement alliées, mais distinctes!
Or donc, si les plantes et les animaux varient, si lentement et si
peu que ce soit, pourquoi mettrions-nous en doute que les
variations ou les différences individuelles qui sont en quelque
façon profitables, ne puissent être conservées et accumulées par
la sélection naturelle, ou la persistance du plus apte? Si l'homme
peut, avec de la patience, trier les variations qui lui sont
utiles, pourquoi, dans les conditions complexes et changeantes de
l'existence, ne surgirait-il pas des variations avantageuses pour
les productions vivantes de la nature, susceptibles d'être
conservées par sélection? Quelle limite pourrait-on fixer à cette
cause agissant continuellement pendant des siècles, et scrutant
rigoureusement et sans relâche la constitution, la conformation et
les habitudes de chaque être vivant, pour favoriser ce qui est bon
et rejeter ce qui est mauvais? Je crois que la puissance de la
sélection est illimitée quand il s'agit d'adapter lentement et
admirablement chaque forme aux relations les plus complexes de
l'existence. Sans aller plus loin, la théorie de la sélection
naturelle me paraît probable au suprême degré. J'ai déjà
récapitulé de mon mieux les difficultés et les objections qui lui
ont été opposées; passons maintenant aux faits spéciaux et aux
arguments qui militent en sa faveur.
Dans l'hypothèse que les espèces ne sont que des variétés bien
accusées et permanentes, et que chacune d'elles a d'abord existé
sous forme de variété, il est facile de comprendre pourquoi on ne
peut tirer aucune ligne de démarcation entre l'espèce qu'on
attribue ordinairement à des actes spéciaux de création, et la
variété qu'on reconnaît avoir été produite en vertu de lois
secondaires. Il est facile de comprendre encore pourquoi, dans une
région où un grand nombre d'espèces d'un genre existent et sont
actuellement prospères, ces mêmes espèces présentent de nombreuses
variétés; en effet c'est là où la formation des espèces a été
abondante, que nous devons, en règle générale, nous attendre à la
voir encore en activité; or, tel doit être le cas si les variétés
sont des espèces naissantes. De plus, les espèces des grands
genres, qui fournissent le plus grand nombre de ces espèces
naissantes ou de ces variétés, conservent dans une certaine mesure
le caractère de variétés, car elles diffèrent moins les unes des
autres que ne le font les espèces des genres plus petits. Les
espèces étroitement alliées des grands genres paraissent aussi
avoir une distribution restreinte, et, par leurs affinités, elles
se réunissent en petits groupes autour d'autres espèces; sous ces
deux rapports elles ressemblent aux variétés. Ces rapports, fort
étranges dans l'hypothèse de la création indépendante de chaque
espèce, deviennent compréhensibles si l'on admet que toutes les
espèces ont d'abord existé à l'état de variétés.
Comme chaque espèce tend, par suite de la progression géométrique
de sa reproduction, à augmenter en nombre d'une manière démesurée
et que les descendants modifiés de chaque espèce tendent à se
multiplier d'autant plus qu'ils présentent des conformations et
des habitudes plus diverses, de façon à pouvoir se saisir d'un
plus grand nombre de places différentes dans l'économie de la
nature, la sélection naturelle doit tendre constamment à conserver
les descendants les plus divergents d'une espèce quelconque. Il en
résulte que, dans le cours longtemps continué des modifications,
les légères différences qui caractérisent les variétés de la même
espèce tendent à s'accroître jusqu'à devenir les différences plus
importantes qui caractérisent les espèces d'un même genre. Les
variétés nouvelles et perfectionnées doivent remplacer et
exterminer inévitablement les variétés plus anciennes,
intermédiaires et moins parfaites, et les espèces tendent à
devenir ainsi plus distinctes et mieux définies. Les espèces
dominantes, qui font partie des groupes principaux de chaque
classe, tendent à donner naissance à des formes nouvelles et
dominantes, et chaque groupe principal tend toujours ainsi à
s'accroître davantage et, en même temps, à présenter des
caractères toujours plus divergents. Mais, comme tous les groupes
ne peuvent ainsi réussir à augmenter en nombre, car la terre ne
pourrait les contenir, les plus dominants l'emportent sur ceux qui
le sont moins. Cette tendance qu'ont les groupes déjà
considérables à augmenter toujours et à diverger par leurs
caractères, jointe à la conséquence presque inévitable
d'extinctions fréquentes, explique l'arrangement de toutes les
formes vivantes en groupes subordonnés à d'autres groupes, et tous
compris dans un petit nombre de grandes classes, arrangement qui a
prévalu dans tous les temps. Ce grand fait du groupement de tous
les êtres organisés, d'après ce qu'on a appelé le _système
naturel_, est absolument inexplicable dans l'hypothèse des
créations.
Comme la sélection naturelle n'agit qu'en accumulant des
variations légères, successives et favorables, elle ne peut pas
produire des modifications considérables ou subites; elle ne peut
agir qu'à pas lents et courts. Cette théorie rend facile à
comprendre l'axiome: _Natura non facit saltum_, dont chaque
nouvelle conquête de la science démontre chaque jour de plus en
plus la vérité. Nous voyons encore comment, dans toute la nature,
le même but général est atteint par une variété presque infinie de
moyens; car toute particularité, une fois acquise, est pour
longtemps héréditaire, et des conformations déjà diversifiées de
bien des manières différentes ont à s'adapter à un même but
général. Nous voyons en un mot, pourquoi la nature est prodigue de
variétés, tout en étant avare d'innovations. Or, pourquoi cette
loi existerait-elle si chaque espèce avait été indépendamment
créée? C'est ce que personne ne saurait expliquer.
Un grand nombre d'autres faits me paraissent explicables d'après
cette théorie. N'est-il pas étrange qu'un oiseau ayant la forme du
pic se nourrisse d'insectes terrestres; qu'une oie, habitant les
terres élevées et ne nageant jamais, ou du moins bien rarement,
ait des pieds palmés; qu'un oiseau semblable au merle plonge et se
nourrisse d'insectes subaquatiques; qu'un pétrel ait des habitudes
et une conformation convenables pour la vie d'un pingouin, et
ainsi de suite dans une foule d'autres cas? Mais dans l'hypothèse
que chaque espèce s'efforce constamment de s'accroître en nombre,
pendant que la sélection naturelle est toujours prête à agir pour
adapter ses descendants, lentement variables, à toute place qui,
dans la nature, est inoccupée ou imparfaitement remplie, ces faits
cessent d'être étranges et étaient même à prévoir.
Nous pouvons comprendre, jusqu'à un certain point, qu'il y ait
tant de beauté dans toute la nature; car on peut, dans une grande
mesure, attribuer cette beauté à l'intervention de la sélection.
Cette beauté ne concorde pas toujours avec nos idées sur le beau;
il suffit, pour s'en convaincre, de considérer certains serpents
venimeux, certains poissons et certaines chauves-souris hideuses,
ignobles caricatures de la face humaine. La sélection sexuelle a
donné de brillantes couleurs, des formes élégantes et d'autres
ornements aux mâles et parfois aussi aux femelles de beaucoup
d'oiseaux, de papillons et de divers animaux. Elle a souvent rendu
chez les oiseaux la voix du mâle harmonieuse pour la femelle, et
agréable même pour nous. Les fleurs et les fruits, rendus
apparents, et tranchant par leurs vives couleurs sur le fond vert
du feuillage, attirent, les unes les insectes, qui, en les
visitant, contribuent à leur fécondation, et les autres les
oiseaux, qui, en dévorant les fruits, concourent à en disséminer
les graines. Comment se fait-il que certaines couleurs, certains
tons et certaines formes plaisent à l'homme ainsi qu'aux animaux
inférieurs, c'est-à-dire comment se fait-il que les êtres vivants
aient acquis le sens de la beauté dans sa forme la plus simple?
C'est ce que nous ne saurions pas plus dire que nous ne saurions
expliquer ce qui a primitivement pu donner du charme à certaines
odeurs et à certaines saveurs.
Comme la sélection naturelle agit au moyen de la concurrence, elle
n'adapte et ne perfectionne les animaux de chaque pays que
relativement aux autres habitants; nous ne devons donc nullement
nous étonner que les espèces d'une région quelconque, qu'on
suppose, d'après la théorie ordinaire, avoir été spécialement
créées et adaptées pour cette localité, soient vaincues et
remplacées par des produits venant d'autres pays. Nous ne devons
pas non plus nous étonner de ce que toutes les combinaisons de la
nature ne soient pas à notre point de vue absolument parfaites,
l'oeil humain, par exemple, et même que quelques-unes soient
contraires à nos idées d'appropriation. Nous ne devons pas nous
étonner de ce que l'aiguillon de l'abeille cause souvent la mort
de l'individu qui l'emploie; de ce que les mâles, chez cet
insecte, soient produits en aussi grand nombre pour accomplir un
seul acte, et soient ensuite massacrés par leurs soeurs stériles;
de l'énorme gaspillage du pollen de nos pins; de la haine
instinctive qu'éprouve la reine abeille pour ses filles fécondes;
de ce que l'ichneumon s'établisse dans le corps vivant d'une
chenille et se nourrisse à ses dépens, et de tant d'autres cas
analogues. Ce qu'il y a réellement de plus étonnant dans la
théorie de la sélection naturelle, c'est qu'on n'ait pas observé
encore plus de cas du défaut de la perfection absolue.
Les lois complexes et peu connues qui régissent la production des
variétés sont, autant que nous en pouvons juger, les mêmes que
celles qui ont régi la production des espèces distinctes. Dans les
deux cas, les conditions physiques paraissent avoir déterminé,
dans une mesure dont nous ne pouvons préciser l'importance, des
effets définis et directs. Ainsi, lorsque des variétés arrivent
dans une nouvelle station, elles revêtent occasionnellement
quelques-uns des caractères propres aux espèces qui l'occupent.
L'usage et le défaut d'usage paraissent, tant chez les variétés
que chez les espèces, avoir produit des effets importants. Il est
impossible de ne pas être conduit à cette conclusion quand on
considère, par exemple, le canard à ailes courtes (microptère),
dont les ailes, incapables de servir au vol, sont à peu près dans
le même état que celles du canard domestique; ou lorsqu'on voit le
tucutuco fouisseur (cténomys), qui est occasionnellement aveugle,
et certaines taupes qui le sont ordinairement et dont les yeux
sont recouverts d'une pellicule; enfin, lorsque l'on songe aux
animaux aveugles qui habitent les cavernes obscures de l'Amérique
et de l'Europe. La variation corrélative, c'est-à-dire la loi en
vertu de laquelle la modification d'une partie du corps entraîne
celle de diverses autres parties, semble aussi avoir joué un rôle
important chez les variétés et chez les espèces; chez les unes et
chez les autres aussi des caractères depuis longtemps perdus sont
sujets à reparaître. Comment expliquer par la théorie des
créations l'apparition occasionnelle de raies sur les épaules et
sur les jambes des diverses espèces du genre cheval et de leurs
hybrides? Combien, au contraire, ce fait s'explique simplement, si
l'on admet que toutes ces espèces descendent d'un ancêtre zébré,
de même que les différentes races du pigeon domestique descendent
du biset, au plumage bleu et barré!
Si l'on se place dans l'hypothèse ordinaire de la création
indépendante de chaque espèce, pourquoi les caractères
spécifiques, c'est-à-dire ceux par lesquels les espèces du même
genre diffèrent les unes des autres, seraient-ils plus variables
que les caractères génériques qui sont communs à toutes les
espèces? Pourquoi, par exemple, la couleur d'une fleur serait-elle
plus sujette à varier chez une espèce d'un genre, dont les autres
espèces, qu'on suppose, avoir été créées de façon indépendante,
ont elles-mêmes des fleurs de différentes couleurs, que si toutes
les espèces du genre ont des fleurs de même couleur? Ce fait
s'explique facilement si l'on admet que les espèces ne sont que
des variétés bien accusées, dont les caractères sont devenus
permanents à un haut degré. En effet, ayant déjà varié par
certains caractères depuis l'époque où elles ont divergé de la
souche commune, ce qui a produit leur distinction spécifique, ces
mêmes caractères seront encore plus sujets à varier que les
caractères génériques, qui, depuis une immense période, ont
continué à se transmettre sans modifications. Il est impossible
d'expliquer, d'après la théorie de la création, pourquoi un point
de l'organisation, développé d'une manière inusitée chez une
espèce quelconque d'un genre et par conséquent de grande
importance pour cette espèce, comme nous pouvons naturellement le
penser, est éminemment susceptible de variations. D'après ma
théorie, au contraire, ce point est le siège, depuis l'époque où
les diverses espèces se sont séparées de leur souche commune,
d'une quantité inaccoutumée de variations et de modifications, et
il doit, en conséquence, continuer à être généralement variable.
Mais une partie peut se développer d'une manière exceptionnelle,
comme l'aile de la chauve-souris, sans être plus variable que
toute autre conformation, si elle est commune à un grand nombre de
formes subordonnées, c'est-à-dire si elle s'est transmise
héréditairement pendant une longue période; car, en pareil cas,
elle est devenue constante par suite de l'action prolongée de la
sélection naturelle.
Quant aux instincts, quelque merveilleux que soient plusieurs
d'entre eux, la théorie de la sélection naturelle des
modifications successives, légères, mais avantageuses, les
explique aussi facilement qu'elle explique la conformation
corporelle. Nous pouvons ainsi comprendre pourquoi la nature
procède par degrés pour pourvoir de leurs différents instincts les
animaux divers d'une même classe. J'ai essayé de démontrer quelle
lumière le principe du perfectionnement graduel jette sur les
phénomènes si intéressants que nous présentent les facultés
architecturales de l'abeille. Bien que; sans doute, l'habitude
joue un rôle dans la modification des instincts, elle n'est
pourtant pas indispensable, comme le prouvent les insectes
neutres, qui ne laissent pas de descendants pour hériter des
effets d'habitudes longuement continuées. Dans l'hypothèse que
toutes les espèces d'un même genre descendent d'un même parent
dont elles ont hérité un grand nombre de points communs, nous
comprenons que les espèces alliées, placées dans des conditions
d'existence très différentes, aient cependant à peu près les mêmes
instincts; nous comprenons, par exemple, pourquoi les merles de
l'Amérique méridionale tempérée et tropicale tapissent leur nid
avec de la boue comme le font nos espèces anglaises. Nous ne
devons pas non plus nous étonner, d'après la théorie de la lente
acquisition des instincts par la sélection naturelle, que
quelques-uns soient imparfaits et sujets à erreur, et que d'autres
soient une cause de souffrance pour d'autres animaux.
Si les espèces ne sont pas des variétés bien tranchées et
permanentes, nous pouvons immédiatement comprendre pourquoi leur
postérité hybride obéit aux mêmes lois complexes que les
descendants de croisements entre variétés reconnues, relativement
à la ressemblance avec leurs parents, à leur absorption mutuelle à
la suite de croisements successifs, et sur d'autres points. Cette
ressemblance serait bizarre si les espèces étaient le produit
d'une création indépendante et que les variétés fussent produites
par l'action de causes secondaires.
Si l'on admet que les documents géologiques sont très imparfaits,
tous les faits qui en découlent viennent à l'appui de la théorie
de la descendance avec modifications. Les espèces nouvelles ont
paru sur la scène lentement et à intervalles successifs; la somme
des changements opérés dans des périodes égales est très
différente dans les différents groupes. L'extinction des espèces
et de groupes d'espèces tout entiers, qui a joué un rôle si
considérable dans l'histoire du monde organique, est la
conséquence inévitable de la sélection naturelle; car les formes
anciennes doivent être supplantées par des formes nouvelles et
perfectionnées. Lorsque la chaîne régulière des générations est
rompue, ni les espèces ni les groupes d'espèces perdues ne
reparaissent jamais. La diffusion graduelle des formes dominantes
et les lentes modifications de leurs descendants font qu'après de
longs intervalles de temps les formes vivantes paraissent avoir
simultanément changé dans le monde entier. Le fait que les restes
fossiles de chaque formation présentent, dans une certaine mesure,
des caractères intermédiaires, comparativement aux fossiles
enfouis dans les formations inférieures et supérieures, s'explique
tout simplement par la situation intermédiaire qu'ils occupent
dans la chaîne généalogique. Ce grand fait, que tous les êtres
éteints peuvent être groupés dans les mêmes classes que les êtres
vivants, est la conséquence naturelle de ce que les uns et les
autres descendent de parents communs. Comme les espèces ont
généralement divergé en caractères dans le long cours de leur
descendance et de leurs modifications, nous pouvons comprendre
pourquoi les formes les plus anciennes, c'est-à-dire les ancêtres
de chaque groupe, occupent si souvent une position intermédiaire,
dans une certaine mesure, entre les groupes actuels. On considère
les formes nouvelles comme étant, dans leur ensemble, généralement
plus élevées dans l'échelle de l'organisation que les formes
anciennes; elles doivent l'être d'ailleurs, car ce sont les formes
les plus récentes et les plus perfectionnées qui, dans la lutte
pour l'existence, ont dû l'emporter sur les formes plus anciennes
et moins parfaites; leurs organes ont dû aussi se spécialiser
davantage pour remplir leurs diverses fonctions. Ce fait est tout
à fait compatible avec celui de la persistance d'êtres nombreux,
conservant encore une conformation élémentaire et peu parfaite,
adaptée à des conditions d'existence également simples; il est
aussi compatible avec le fait que l'organisation de quelques
formes a rétrogradé parce que ces formes se sont successivement
adaptées, à chaque phase de leur descendance, à des conditions
modifiées d'ordre inférieur.
Enfin, la loi remarquable de la longue persistance de formes
alliées sur un même continent -- des marsupiaux en Australie, des
édentés dans l'Amérique méridionale, et autres cas analogues -- se
comprend facilement, parce que, dans une même région, les formes
existantes doivent être étroitement alliées aux formes éteintes
par un lien généalogique.
En ce qui concerne la distribution géographique, si l'on admet
que, dans le cours immense des temps écoulés, il y a eu de grandes
migrations dans les diverses parties du globe, dues à de nombreux
changements climatériques et géographiques, ainsi qu'à des moyens
nombreux, occasionnels et pour la plupart inconnus de dispersion,
la plupart des faits importants de la distribution géographique
deviennent intelligibles d'après la théorie de la descendance avec
modifications. Nous pouvons comprendre le parallélisme si frappant
qui existe entre la distribution des êtres organisés dans
l'espace, et leur succession géologique dans le temps.; car, dans
les deux cas, les êtres se rattachent les uns aux autres par le
lien de la génération ordinaire, et les moyens de modification ont
été les mêmes. Nous comprenons toute la signification de ce fait
remarquable, qui a frappé tous les voyageurs, c'est-à-dire que,
sur un même continent, dans les conditions les plus diverses,
malgré la chaleur ou le froid, sur les montagnes ou dans les
plaines, dans les déserts ou dans les marais, la plus grande
partie des habitants de chaque grande classe ont entre eux des
rapports évidents de parenté; ils descendent, en effet, des mêmes
premiers colons, leurs communs ancêtres. En vertu de ce même
principe de migration antérieure, combiné dans la plupart des cas
avec celui de la modification, et grâce à l'influence de la
période glaciaire, on peut expliquer pourquoi l'on rencontre, sur
les montagnes les plus éloignées les unes des autres et dans les
zones tempérées de l'hémisphère boréal et de l'hémisphère austral,
quelques plantes identiques et beaucoup d'autres étroitement
alliées; nous comprenons de même l'alliance étroite de quelques
habitants des mers tempérées des deux hémisphères; qui sont
cependant séparées par l'océan tropical tout entier. Bien que deux
régions présentent des conditions physiques aussi semblables
qu'une même espèce puisse les désirer, nous ne devons pas nous
étonner de ce que leurs habitants soient totalement différents,
s'ils ont été séparés complètement les uns des autres depuis une
très longue période; le rapport d'organisme à organisme est, en
effet, le plus important de tous les rapports, et comme les deux
régions ont dû recevoir des colons venant du dehors, ou provenant
de l'une ou de l'autre, à différentes époques et en proportions
différentes, la marche des modifications dans les deux régions a
dû inévitablement être différente.
Dans l'hypothèse de migrations suivies de modifications
subséquentes, il devient facile de comprendre pourquoi les îles
océaniques ne sont peuplées que par un nombre restreint d'espèces,
et pourquoi la plupart de ces espèces sont spéciales ou
endémiques; pourquoi on ne trouve pas dans ces îles des espèces
appartenant aux groupes d'animaux qui ne peuvent pas traverser de
larges bras de mer, tels que les grenouilles et les mammifères
terrestres; pourquoi, d'autre part, on rencontre dans des îles
très éloignées de tout continent des espèces particulières et
nouvelles de chauves-souris, animaux qui peuvent traverser
l'océan. Des faits tels que ceux de l'existence de chauves-souris
toutes spéciales dans les îles océaniques, à l'exclusion de tous
autres animaux terrestres, sont absolument inexplicables d'après
la théorie des créations indépendantes.
L'existence d'espèces alliées ou représentatives dans deux régions
quelconques implique, d'après la théorie de la descendance avec
modifications, que les mêmes formes parentes ont autrefois habité
les deux régions; nous trouvons presque invariablement en effet
que, lorsque deux régions séparées sont habitées par beaucoup
d'espèces étroitement alliées, quelques espèces identiques sont
encore communes aux deux. Partout où l'on rencontre beaucoup
d'espèces étroitement alliées, mais distinctes, on trouve aussi
des formes douteuses et des variétés appartenant aux mêmes
groupes. En règle générale, les habitants de chaque région ont des
liens étroits de parenté avec ceux occupant la région qui paraît
avoir été la source la plus rapprochée d'où les colons ont pu
partir. Nous en trouvons la preuve dans les rapports frappants
qu'on remarque entre presque tous les animaux et presque toutes
les plantes de l'archipel des Galapagos, de Juan-Fernandez et des
autres îles américaines et les formes peuplant le continent
américain voisin. Les mêmes relations existent entre les habitants
de l'archipel du Cap-Vert et des îles voisines et ceux du
continent africain; or, il faut reconnaître que, d'après la
théorie de la création, ces rapports demeurent inexplicables.
Nous avons vu que la théorie de la sélection naturelle avec
modification, entraînant les extinctions et la divergence des
caractères, explique pourquoi tous les êtres organisés passés et
présents peuvent se ranger, dans un petit nombre de grandes
classes, en groupes subordonnés à d'autres groupes, dans lesquels
les groupes éteints s'intercalent souvent entre les groupes
récents. Ces mêmes principes nous montrent aussi pourquoi les
affinités mutuelles des formes sont, dans chaque classe, si
complexes et si indirectes; pourquoi certains caractères sont plus
utiles que d'autres pour la classification; pourquoi les
caractères d'adaptation n'ont presque aucune importance dans ce
but, bien qu'indispensable à l'individu; pourquoi les caractères
dérivés de parties rudimentaires, sans utilité pour l'organisme,
peuvent souvent avoir une très grande valeur au point de vue de la
classification; pourquoi, enfin, les caractères embryologiques
sont ceux qui, sous ce rapport, ont fréquemment, le plus de
valeur. Les véritables affinités des êtres organisés, au contraire
de leurs ressemblances d'adaptation, sont le résultat héréditaire
de la communauté de descendance. Le système naturel est un
arrangement généalogique, où les degrés de différence sont
désignés par les termes _variétés, espèces, genres, familles_,
etc., dont il nous faut découvrir les lignées à l'aide des
caractères permanents, quels qu'ils puissent être, et si
insignifiante que soit leur importance vitale.
La disposition semblable des os dans la main humaine, dans l'aile
de la chauve-souris, dans la nageoire du marsouin et dans la jambe
du cheval; le même nombre de vertèbres dans le cou de la girafe et
dans celui de l'éléphant; tous ces faits et un nombre infini
d'autres semblables s'expliquent facilement par la théorie de la
descendance avec modifications successives, lentes et légères. La
similitude de type entre l'aile et la jambe de la chauve-souris,
quoique destinées à des usages si différents; entre les mâchoires
et les pattes du crabe; entre les pétales, les étamines et les
pistils d'une fleur, s'explique également dans une grande mesure
par la théorie de la modification graduelle de parties ou
d'organes qui, chez l'ancêtre reculé de chacune de ces classes,
étaient primitivement semblables. Nous voyons clairement, d'après
le principe que les variations successives ne surviennent pas
toujours à un âge précoce et ne sont héréditaires qu'à l'âge
correspondant, pourquoi les embryons de mammifères, d'oiseaux, de
reptiles et de poissons, sont si semblables entre eux et si
différents des formes adultes. Nous pouvons cesser de nous
émerveiller de ce que les embryons d'un mammifère à respiration
aérienne, ou d'un oiseau, aient des fentes branchiales et des
artères en lacet, comme chez le poisson, qui doit, à l'aide de
branchies bien développées, respirer l'air dissous dans l'eau.
Le défaut d'usage, aidé quelquefois par la sélection naturelle, a
dû souvent contribuer à réduire des organes devenus inutiles à la
suite de changements dans les conditions d'existence ou dans les
habitudes; d'après cela, il est aisé de comprendre la
signification des organes rudimentaires. Mais le défaut d'usage et
la sélection n'agissent ordinairement sur l'individu que lorsqu'il
est adulte et appelé à prendre une part directe et complète à la
lutte pour l'existence, et n'ont, au contraire, que peu d'action
sur un organe dans les premiers temps de la vie; en conséquence,
un organe inutile ne paraîtra que peu réduit et à peine
rudimentaire pendant le premier âge. Le veau a, par exemple,
hérité d'un ancêtre primitif ayant des dents bien développées, des
dents qui ne percent jamais la gencive de la mâchoire supérieure.
Or, nous pouvons admettre que les dents ont disparu chez l'animal
adulte par suite du défaut d'usage, la sélection naturelle ayant
admirablement adapté la langue, le palais et les lèvres à brouter
sans leur aide, tandis que, chez le jeune veau, les dents n'ont
pas été affectées, et, en vertu du principe de l'hérédité à l'âge
correspondant, se sont transmises depuis une époque éloignée
jusqu'à nos jours. Au point de vue de la création indépendante de
chaque être organisé et de chaque organe spécial, comment
expliquer l'existence de tous ces organes portant l'empreinte la
plus évidente de la plus complète inutilité, tels, par exemple,
les dents chez le veau à l'état embryonnaire, ou les ailes
plissées que recouvrent, chez un grand nombre de coléoptères, des
élytres soudées? On peut dire que la nature s'est efforcée de nous
révéler, par les organes rudimentaires, ainsi que par les
conformations embryologiques et homologues, son plan de
modifications, que nous nous refusons obstinément à comprendre.
Je viens de récapituler les faits et les considérations qui m'ont
profondément convaincu que, pendant une longue suite de
générations, les espèces se sont modifiées.
Ces modifications ont été effectuées principalement par la
sélection naturelle de nombreuses variations légères et
avantageuses; puis les effets héréditaires de l'usage et du défaut
d'usage des parties ont apporté un puissant concours à cette
sélection; enfin, l'action directe des conditions de milieux et
les variations qui dans notre ignorance, nous semblent surgir
spontanément, ont aussi joué un rôle, moins important, il est
vrai, par leur influence sur les conformations d'adaptation dans
le passé et dans le présent. Il paraît que je n'ai pas, dans les
précédentes éditions de cet ouvrage, attribué un rôle assez
important à la fréquence et à la valeur de ces dernières formes de
variation, en ne leur attribuant pas des modifications permanentes
de conformation, indépendamment de l'action de la sélection
naturelle. Mais, puisque mes conclusions ont été récemment
fortement dénaturées et puisque l'on a affirmé que j'attribue les
modifications des espèces exclusivement à la sélection naturelle,
on me permettra, sans doute, de faire remarquer que, dans la
première édition de cet ouvrage, ainsi que dans les éditions
subséquentes, j'ai reproduit dans une position très évidente,
c'est-à-dire à la fin de l'introduction, la phrase suivante: «Je
suis convaincu que la sélection naturelle a été l'agent principal
des modifications, mais qu'elle n'a pas été exclusivement le
seul.» Cela a été en vain, tant est grande la puissance d'une
constante et fausse démonstration; toutefois, l'histoire de la
science prouve heureusement qu'elle ne dure pas longtemps.
Il n'est guère possible de supposer qu'une théorie fausse pourrait
expliquer de façon aussi satisfaisante que le fait la théorie de
la sélection naturelle les diverses grandes séries de faits dont
nous nous sommes occupés. On a récemment objecté que c'est là une
fausse méthode de raisonnement; mais c'est celle que l'on emploie
généralement pour apprécier les événements ordinaires de la vie,
et les plus grands savants n'ont pas dédaigné non plus de s'en
servir. C'est ainsi qu'on en est arrivé à la théorie ondulatoire
de la lumière; et la croyance à la rotation de la terre sur son
axe n'a que tout récemment trouvé l'appui de preuves directes. Ce
n'est pas une objection valable que de dire que, jusqu'à présent,
la science ne jette aucune lumière sur le problème bien plus élevé
de l'essence ou de l'origine de la vie. Qui peut expliquer ce
qu'est l'essence de l'attraction ou de la pesanteur? Nul ne se
refuse cependant aujourd'hui à admettre toutes les conséquences
qui découlent d'un élément inconnu, l'attraction, bien que
Leibnitz ait autrefois reproché à Newton d'avoir introduit dans la
science «des propriétés occultes et des miracles».
Je ne vois aucune raison pour que les opinions développées dans ce
volume blessent les sentiments religieux de qui que ce soit. Il
suffit, d'ailleurs, jour montrer combien ces sortes d'impressions
sont passagères, de se rappeler que la plus grande découverte que
l'homme ait jamais faite; la loi de l'attraction universelle, a
été aussi attaquée par Leibnitz «comme subversive de la religion
naturelle, et, dans ses conséquences, de la religion révélée». Un
ecclésiastique célèbre m'écrivant un jour; «qu'il avait fini par
comprendre que croire à la création de quelques formes capables de
se développer par elles-mêmes en d'autres formes nécessaires,
c'est avoir une conception tout aussi élevée de Dieu, que de
croire qu'il ait eu besoin de nouveaux actes de création pour
combler les lacunes causées par l'action des lois qu'il a
établies.»
On peut se demander pourquoi, jusque tout récemment, les
naturalistes et les géologues les plus éminents ont toujours
repoussé l'idée de la mutabilité des espèces. On ne peut pas
affirmer que les êtres organisés à l'état de nature ne sont soumis
à aucune variation; on ne peut pas prouver que la somme des
variations réalisées dans le cours des temps soit une quantité
limitée; on n'a pas pu et l'on ne peut établir de distinction bien
nette entre les espèces et les variétés bien tranchées. On ne peut
pas affirmer que les espèces entre-croisées soient invariablement
stériles, et les variétés invariablement fécondes; ni que la
stérilité soit une qualité spéciale et un signe de création. La
croyance à l'immutabilité des espèces était presque inévitable
tant qu'on n'attribuait à l'histoire du globe qu'une durée fort
courte, et maintenant que nous avons acquis quelques notions du
laps de temps écoulé, nous sommes trop prompts à admettre, sans
aucunes preuves, que les documents géologiques sont assez complets
pour nous fournir la démonstration évidente de la mutation des
espèces si cette mutation a réellement eu lieu.
Mais la cause principale de notre répugnance naturelle à admettre
qu'une espèce ait donné naissance à une autre espèce distincte
tient à ce que nous sommes toujours peu disposés à admettre tout
grand changement dont nous ne voyons pas les degrés
intermédiaires. La difficulté est la même que celle que tant de
géologues ont éprouvée lorsque Lyell a démontré le premier que les
longues lignes d'escarpements intérieurs, ainsi que l'excavation
des grandes vallées; sont le résultat d'influences que nous voyons
encore agir autour de nous. L'esprit ne peut concevoir toute la
signification de ce terme: _un million d'années_, il ne saurait
davantage ni additionner ni percevoir les effets complets de
beaucoup de variations légères; accumulées pendant un nombre
presque infini de générations.
Bien que je sois profondément convaincu de la vérité des opinions
que j'ai brièvement exposées dans le présent volume; je ne
m'attends point à convaincre certains naturalistes; fort
expérimentés sans doute; mais qui; depuis longtemps; se sont
habitués à envisager une multitude de faits sous un point de vue
directement opposé au mien. Il est si facile de cacher notre
ignorance sous des expressions telles que _plan de création, unité
de type_; etc.; et de penser que nous expliquons quand nous ne
faisons que répéter un même fait. Celui qui a quelque disposition
naturelle à attacher plus d'importance à quelques difficultés non
résolues qu'à l'explication d'un certain nombre de faits rejettera
certainement ma théorie. Quelques naturalistes doués d'une
intelligence ouverte et déjà disposée à mettre en doute
l'immutabilité des espèces peuvent être influencés par le contenu
de ce volume, mais j'en appelle surtout avec confiance à l'avenir,
aux jeunes naturalistes, qui pourront étudier impartialement les
deux côtés de la question. Quiconque est amené à admettre la
mutabilité des espèces rendra de véritables services en exprimant
consciencieusement sa conviction, car c'est seulement ainsi que
l'on pourra débarrasser la question de tous les préjugés qui
l'étouffent.
Plusieurs naturalistes éminents ont récemment exprimé l'opinion
qu'il y a, dans chaque genre, une multitude d'espèces; considérées
comme telles, qui ne sont cependant pas de vraies espèces; tandis
qu'il en est d'autres qui sont réelles, c'est-à-dire qui ont été
créées d'une manière indépendante. C'est là, il me semble; une
singulière conclusion. Après avoir reconnu une foule de formes,
qu'ils considéraient tout récemment encore comme des créations
spéciales, qui sont encore considérées comme telles par la grande
majorité des naturalistes; et qui conséquemment ont tous les
caractères extérieurs de véritables espèces, ils admettent que ces
formes sont le produit d'une série de variations et ils refusent
d'étendre cette manière de voir à d'autres formes un peu
différentes. Ils ne prétendent cependant pas pouvoir définir, ou
même conjecturer, quelles sont les formes qui ont été créées et
quelles sont celles qui sont le produit de lois secondaires. Ils
admettent la variabilité comme _vera causa_ dans un cas, et ils la
rejettent arbitrairement dans un autre, sans établir aucune
distinction fixe entre les deux. Le jour viendra où l'on pourra
signaler ces faits comme un curieux exemple de l'aveuglement
résultant d'une opinion préconçue. Ces savants ne semblent pas
plus s'étonner d'un acte miraculeux de création que d'une
naissance ordinaire. Mais croient-ils réellement qu'à
d'innombrables époques de l'histoire de la terre certains atomes
élémentaires ont reçu l'ordre de se constituer soudain en tissus
vivants? Admettent-ils qu'à chaque acte supposé de création il se
soit produit un individu ou plusieurs? Les espèces infiniment
nombreuses de plantes et d'animaux ont-elles été créées à l'état
de graines, d'ovules ou de parfait développement? Et, dans le cas
des mammifères, ont-elles, lors de leur création, porté les
marques mensongères de la nutrition intra-utérine? À ces
questions, les partisans de la création de quelques formes
vivantes ou d'une seule forme ne sauraient, sans doute, que
répondre. Divers savants ont soutenu qu'il est aussi facile de
croire à la création de cent millions d'êtres qu'à la création
d'un seul; mais en vertu de l'axiome philosophique de _la moindre
action_ formulé par Maupertuis, l'esprit est plus volontiers porté
à admettre le nombre moindre, et nous ne pouvons certainement pas
croire qu'une quantité innombrable de formes d'une même classe
aient été créées avec les marques évidentes, mais trompeuses, de
leur descendance d'un même ancêtre.
Comme souvenir d'un état de choses antérieur, j'ai conservé, dans
les paragraphes précédents et ailleurs, plusieurs expressions qui
impliquent chez les naturalistes la croyance à la création séparée
de chaque espèce. J'ai été fort blâmé de m'être exprimé ainsi;
mais c'était, sans aucun doute, l'opinion générale lors de
l'apparition de la première édition de l'ouvrage actuel. J'ai
causé autrefois avec beaucoup de naturalistes sur l'évolution,
sans rencontrer jamais le moindre témoignage sympathique. Il est
probable pourtant que quelques-uns croyaient alors à l'évolution,
mais ils restaient silencieux, ou ils s'exprimaient d'une manière
tellement ambiguë, qu'il n'était pas facile de comprendre leur
opinion. Aujourd'hui, tout a changé et presque tous les
naturalistes admettent le grand principe de l'évolution. Il en est
cependant qui croient encore que des espèces ont subitement
engendré, par des moyens encore inexpliqués, des formes nouvelles
totalement différentes; mais, comme j'ai cherché à le démontrer,
il y a des preuves puissantes qui s'opposent à toute admission de
ces modifications brusques et considérables. Au point de vue
scientifique, et comme conduisant à des recherches ultérieures, il
n'y a que peu de différence entre la croyance que de nouvelles
formes ont été produites subitement d'une manière inexplicable par
d'anciennes formes très différentes, et la vieille croyance à la
création des espèces au moyen de la poussière terrestre.
Jusqu'où, pourra-t-on me demander, poussez-vous votre doctrine de
la modification des espèces? C'est là une question à laquelle il
est difficile de répondre, parce que plus les formes que nous
considérons sont distinctes, plus les arguments en faveur de la
communauté de descendance diminuent et perdent de leur force.
Quelques arguments toutefois ont un très grand poids et une haute
portée. Tous les membres de classes entières sont reliés les uns
aux autres par une chaîne d'affinités, et peuvent tous, d'après un
même principe, être classés en groupes subordonnés à d'autres
groupes. Les restes fossiles tendent parfois à remplir d'immenses
lacunes entre les ordres existants.
Les organes à l'état rudimentaire témoignent clairement qu'ils ont
existé à un état développé chez un ancêtre primitif; fait qui,
dans quelques cas, implique des modifications considérables chez
ses descendants. Dans des classes entières, des conformations très
variées sont construites sur un même plan, et les embryons très
jeunes se ressemblent de très près. Je ne puis donc douter que la
théorie de la descendance avec modifications ne doive comprendre
tous les membres d'une même grande classe ou d'un même règne. Je
crois que tous les animaux descendent de quatre ou cinq formes
primitives tout au plus, et toutes les plantes d'un nombre égal ou
même moindre.
L'analogie me conduirait à faire un pas de plus; et je serais
disposé à croire que tous les animaux et toutes plantes descendent
d'un prototype unique; mais l'analogie peut être un guide
trompeur. Toutefois, toutes les formes de la vie ont beaucoup de
caractères communs: la composition chimique, la structure
cellulaire, les lois de croissance et la faculté qu'elles ont
d'être affectées par certaines influences nuisibles. Cette
susceptibilité se remarque jusque dans les faits les plus
insignifiants; ainsi, un même poison affecte souvent de la même
manière les plantes et les animaux; le poison sécrété par la
mouche à galle détermine sur l'églantier ou sur le chêne des
excroissances monstrueuses. La reproduction sexuelle semble être
essentiellement semblable chez tous les êtres organisés, sauf
peut-être chez quelques-uns des plus infimes. Chez tous, autant
que nous le sachions actuellement, la vésicule germinative est la
même; de sorte que tous les êtres organisés ont une origine
commune. Même si l'on considère les deux divisions principales du
monde organique, c'est-à-dire le règne animal et le règne végétal,
on remarque certaines formes inférieures, assez intermédiaires par
leurs caractères; pour que les naturalistes soient en désaccord
quant au règne auquel elles doivent être rattachées; et, ainsi que
l'a fait remarquer le professeur Asa Gray, «les spores et autres
corps reproducteurs des algues inférieures peuvent se vanter
d'avoir d'abord une existence animale caractérisée, à laquelle
succède une existence incontestablement végétale.» Par conséquent,
d'après le principe de la sélection naturelle avec divergence des
caractères, il ne semble pas impossible que les animaux et les
plantes aient pu se développer en partant de ces formes
inférieures et intermédiaires; or, si nous admettons ce point,
nous devons admettre aussi que tous les êtres organisés qui vivent
ou qui ont vécu sur la terre peuvent descendre d'une seule forme
primordiale. Mais cette déduction étant surtout fondée sur
l'analogie, il est indifférent qu'elle soit acceptée ou non. Il
est sans doute possible; ainsi que le suppose, M. G. H. Lewes,
qu'aux premières origines de la vie plusieurs formes différentes
aient pu surgir; mais, s'il en est ainsi; nous pouvons conclure
que très peu seulement ont laissé des descendants modifiés; car,
ainsi que je l'ai récemment fait remarquer à propos des membres de
chaque grande classe, comme les vertébrés, les articulés, etc.,
nous trouvons dans leurs conformations embryologiques, homologues
et rudimentaires la preuve évidente que les membres de chaque
règne descendent tous d'un ancêtre unique.
Lorsque les opinions que j'ai exposées dans cet ouvrage; opinions
que M. Wallace a aussi soutenues dans le journal de la Société
Linnéenne; et que des opinions analogues sur l'origine des espèces
seront généralement admises par les naturalistes, nous pouvons
prévoir qu'il s'accomplira dans l'histoire naturelle une
révolution importante. Les systématistes pourront continuer leurs
travaux comme aujourd'hui; mais ils ne seront plus constamment
obsédés de doutes quant à la valeur spécifique de telle ou telle
forme, circonstance qui, j'en parle par expérience, ne constituera
pas un mince soulagement. Les disputes éternelles sur la
spécificité d'une cinquantaine de ronces britanniques cesseront.
Les systématistes n'auront plus qu'à décider; ce qui d'ailleurs ne
sera pas toujours facile, si une forme quelconque est assez
constante et assez distincte des autres formes pour qu'on puisse
la bien définir, et, dans ce cas, si ces différences sont assez
importantes pour mériter un nom d'espèce. Ce dernier point
deviendra bien plus important à considérer qu'il ne l'est
maintenant, car des différences, quelque légères qu'elles soient;
entre deux formes quelconques que ne relie aucun degré
intermédiaire; sont actuellement considérées par les naturalistes
comme suffisantes pour justifier leur distinction spécifique.
Nous serons, plus tard, obligés de reconnaître que la seule
distinction à établir entre les espèces et les variétés bien
tranchées consiste seulement en ce que l'on sait ou que l'on
suppose que ces dernières sont actuellement reliées les unes aux
autres par des gradations intermédiaires, tandis que les espèces
ont dû l'être autrefois. En conséquence, sans négliger de prendre
en considération l'existence présente de degrés intermédiaires
entre deux formes quelconques nous serons conduits à peser avec
plus de soin l'étendue réelle des différences qui les séparent, et
à leur attribuer une plus grande valeur. Il est fort possible que
des formes, aujourd'hui reconnues comme de simples variétés,
soient plus tard jugées dignes d'un nom spécifique; dans ce cas,
le langage scientifique et le langage ordinaire se trouveront
d'accord. Bref nous aurons à traiter l'espèce de la même manière
que les naturalistes traitent actuellement les genres, c'est-à-
dire comme de simples combinaisons artificielles, inventées pour
une plus grande commodité. Cette perspective n'est peut-être pas
consolante, mais nous serons au moins débarrassés des vaines
recherches auxquelles donne lieu l'explication absolue, encore non
trouvée et introuvable, du terme _espèces_.
Les autres branches plus générales de l'histoire naturelle n'en
acquerront que plus d'intérêt. Les termes: affinité, parenté,
communauté, type, paternité, morphologie, caractères d'adaptation,
organes rudimentaires et atrophiés, etc., qu'emploient les
naturalistes, cesseront d'être des métaphores et prendront un sens
absolu. Lorsque nous ne regarderons plus un être organisé de la
même façon qu'un sauvage contemple un vaisseau, c'est-à-dire comme
quelque chose qui dépasse complètement notre intelligence; lorsque
nous verrons dans toute production un organisme dont l'histoire
est fort ancienne; lorsque nous considérerons chaque conformation
et chaque instinct compliqués comme le résumé d'une foule de
combinaisons toutes avantageuses à leur possesseur, de la même
façon que toute grande invention mécanique est la résultante du
travail, de l'expérience, de la raison, et même des erreurs d'un
grand nombre d'ouvriers; lorsque nous envisagerons l'être organisé
à ce point de vue, combien, et j'en parle par expérience, l'étude
de l'histoire naturelle ne gagnera-t-elle pas en intérêt!
Un champ de recherches immense et à peine foulé sera ouvert sur
les causes et les lois de la variabilité, sur la corrélation, sur
les effets de l'usage et du défaut d'usage, sur l'action directe
des conditions extérieures, et ainsi de suite. L'étude des
produits domestiques prendra une immense importance. La formation
d'une nouvelle variété par l'homme sera un sujet d'études plus
important et plus intéressant que l'addition d'une espèce de plus
à la liste infinie de toutes celles déjà enregistrées. Nos
classifications en viendront, autant que la chose sera possible, à
être des généalogies; elles indiqueront alors ce qu'on peut
appeler le vrai plan de la création. Les règles de la
classification se simplifieront ne possédons ni généalogies ni
armoiries, et nous avons à découvrir et à retracer les nombreuses
lignes divergentes de descendances dans nos généalogies
naturelles, à l'aide des caractères de toute nature qui ont été
conservés et transmis par une longue hérédité. Les organes
rudimentaires témoigneront d'une manière infaillible quant à la
nature de conformations depuis longtemps perdues. Les espèces ou
groupes d'espèces dites _aberrantes_, qu'on pourrait appeler des
_fossiles vivants_, nous aideront à reconstituer l'image des
anciennes formes de la vie. L'embryologie nous révélera souvent la
conformation, obscurcie dans une certaine mesure, des prototypes
de chacune des grandes classes.
Lorsque nous serons certains que tous les individus de la même
espèce et toutes les espèces étroitement alliées d'un même genre
sont, dans les limites d'une époque relativement récente,
descendus d'un commun ancêtre et ont émigré d'un berceau unique,
lorsque nous connaîtrons mieux aussi les divers moyens de
migration, nous pourrons alors, à l'aide des lumières que la
géologie nous fournit actuellement et qu'elle continuera à nous
fournir sur les changements survenus autrefois dans les climats et
dans le niveau des terres, arriver à retracer admirablement les
migrations antérieures du monde entier. Déjà, maintenant, nous
pouvons obtenir quelques notions sur l'ancienne géographie, en
comparant les différences des habitants de la mer qui occupent les
côtes opposées d'un continent et la nature des diverses
populations de ce continent, relativement à leurs moyens apparents
d'immigration.
La noble science de la géologie laisse à désirer par suite de
l'extrême pauvreté de ses archives. La croûte terrestre, avec ses
restes enfouis, ne doit pas être considérée comme un musée bien
rempli, mais comme une maigre collection faite au hasard et à de
rares intervalles. On reconnaîtra que l'accumulation de chaque
grande formation fossilifère a dû dépendre d'un concours
exceptionnel de conditions favorables, et que les lacunes qui
correspondent aux intervalles écoulés entre les dépôts des étages
successifs ont eu une durée énorme. Mais nous pourrons évaluer
leur durée avec quelque certitude en comparant les formes
organiques qui ont précédé ces lacunes et celles qui les ont
suivies. Il faut être très prudent quand il s'agit d'établir une
corrélation de stricte contemporanéité d'après la seule succession
générale des formes de la vie, entre deux formations qui ne
renferment pas un grand nombre d'espèces identiques. Comme la
production et l'extinction des espèces sont la conséquence de
causes toujours existantes et agissant lentement, et non pas
d'actes miraculeux de création; comme la plus importante des
causes des changements organiques est presque indépendante de
toute modification, même subite, dans les conditions physiques,
car cette cause n'est autre que les rapports mutuels d'organisme à
organisme, le perfectionnement de l'un entraînant le
perfectionnement ou l'extermination des autres, il en résulte que
la somme des modifications organiques appréciables chez les
fossiles de formations consécutives peut probablement servir de
mesure relative, mais non absolue, du laps de temps écoulé entre
le dépôt de chacune d'elles. Toutefois, comme un certain nombre
d'espèces réunies en masse pourraient se perpétuer sans changement
pendant de longues périodes, tandis que, pendant le même temps,
plusieurs de ces espèces venant à émigrer vers de nouvelles
régions ont pu se modifier par suite de leur concurrence avec
d'autres formes étrangères, nous ne devons pas reposer une
confiance trop absolue dans les changements organiques comme
mesure du temps écoulé.
J'entrevois dans un avenir éloigné des routes ouvertes à des
recherches encore bien plus importantes. La psychologie sera
solidement établie sur la base si bien définie déjà par M. Herbert
Spencer, c'est-à-dire sur l'acquisition nécessairement graduelle
de toutes les facultés et de toutes les aptitudes mentales, ce qui
jettera une vive lumière sur l'origine de l'homme et sur son
histoire.
Certains auteurs éminents semblent pleinement satisfaits de
l'hypothèse que chaque espèce a été créée d'une manière
indépendante. À mon avis, il me semble que ce que nous savons des
lois imposées à la matière par le Créateur s'accorde mieux avec
l'hypothèse que la production et l'extinction des habitants passés
et présents du globe sont le résultat de causes secondaires,
telles que celles qui déterminent la naissance et la mort de
l'individu. Lorsque je considère tous les êtres, non plus comme
des créations spéciales, mais comme les descendants en ligne
directe de quelques êtres qui ont vécu longtemps avant que les
premières couches du système cumbrien aient été déposées, ils me
paraissent anoblis. À en juger d'après le passé, nous pouvons en
conclure avec certitude que pas une des espèces actuellement
vivantes ne transmettra sa ressemblance intacte à une époque
future bien éloignée, et qu'un petit nombre d'entre elles auront
seules des descendants dans les âges futurs, car le mode de
groupement de tous les êtres organisés nous prouve que, dans
chaque genre, le plus grand nombre des espèces, et que toutes les
espèces dans beaucoup de genres, n'ont laissé aucun descendant,
mais se sont totalement éteintes. Nous pouvons même jeter dans
l'avenir un coup d'oeil prophétique et prédire que ce sont les
espèces les plus communes et les plus répandues, appartenant aux
groupes les plus considérables de chaque classe, qui prévaudront
ultérieurement et qui procréeront des espèces nouvelles et
prépondérantes. Comme toutes les formes actuelles de la vie
descendent en ligne directe de celles qui vivaient longtemps avant
l'époque cumbrienne, nous pouvons être certains que la succession
régulière des générations n'a jamais été interrompue, et qu'aucun
cataclysme n'a bouleversé le monde entier. Nous pouvons donc
compter avec quelque confiance sur un avenir d'une incalculable
longueur. Or, comme la sélection naturelle n'agit que pour le bien
de chaque individu, toutes les qualités corporelles et
intellectuelles doivent tendre à progresser vers la perfection.
Il est intéressant de contempler un rivage luxuriant, tapissé de
nombreuses plantes appartenant à de nombreuses espèces abritant
des oiseaux qui chantent dans les buissons, des insectes variés
qui voltigent çà et là, des vers qui rampent dans la terre humide,
si l'on songe que ces formes si admirablement construites, si
différemment conformées, et dépendantes les unes des autres d'une
manière si complexe, ont toutes été produites par des lois qui
agissent autour de nous. Ces lois, prises dans leur sens le plus
large, sont: la loi de croissance et de reproduction; la loi
d'hérédité qu'implique presque la loi de reproduction; la loi de
variabilité, résultant de l'action directe et indirecte des
conditions d'existence, de l'usage et du défaut d'usage; la loi de
la multiplication des espèces en raison assez élevée pour amener
la lutte pour l'existence, qui a pour conséquence la sélection
naturelle, laquelle détermine la divergence des caractères, et
l'extinction des formes moins perfectionnées. Le résultat direct
de cette guerre de la nature, qui se traduit par la famine et par
la mort, est donc le fait le plus admirable que nous puissions
concevoir, à savoir: la production des animaux supérieurs. N'y a-
t-il pas une véritable grandeur dans cette manière d'envisager la
vie, avec ses puissances diverses attribuées primitivement par le
Créateur à un petit nombre de formes, ou même à une seule? Or,
tandis que notre planète, obéissant à la loi fixe de la
gravitation, continue à tourner dans son orbite, une quantité
infinie de belles et admirables formes, sorties d'un commencement
si simple, n'ont pas cessé de se développer et se développent
encore!
GLOSSAIRE
DES PRINCIPAUX TERMES SCIENTIFIQUES EMPLOYÉS DANS LE PRESENT
VOLUME.
[Ce Glossaire a été rédigé par M. N. S. Dallas sur la demande de
M. Ch. Darwin. L'explication des termes y est donnée sous une
forme aussi simple et aussi claire que possible.]
ABERRANT. -- Se dit des formes ou groupes d'animaux ou de plantes
qui s'écartent par des caractères importants de leurs alliés les
plus rapprochés, de manière à ne pas être aisément compris dans le
même groupe.
ABERRATION (en optique). -- Dans la réfraction de la lumière par
une lentille convexe, les rayons passant à travers les différentes
parties de la lentille convergent vers des foyers à des distances
légèrement différentes: c'est ce qu'on appelle _aberration
sphérique_; d'autre part, les rayons colorés sont séparés par
l'action prismatique de la lentille et convergent également vers
des foyers à des distances différentes: c'est l'_aberration
chromatique_.
AIRE. -- L'étendue de pays sur lequel une plante ou un animal
s'étend naturellement. -- _Par rapport au temps_, ce mot exprime
la distribution d'une espèce ou d'un groupe parmi les couches
fossilifères de l'écorce de la terre.
ALBINISME, ALBINOS. -- Les albinos sont des animaux chez lesquels
les matières colorantes, habituellement caractéristiques de
l'espèce, n'ont pas été produites dans la peau et ses appendices.
-- ALBINISME, état d'albinos. ALGUES. -- Une classe de plantes
comprenant les plantes marines ordinaires et les plantes
filamenteuses d'eau douce.
ALTERNANTE (GÉNÉRATION). -- Voir GÉNÉRATION.
AMMONITES. -- Un groupe de coquilles fossiles, spirales et à
chambres, ressemblant au genre _Nautilus_, mais les séparations
entre les chambres sont ondulées en spirales combinées à leur
jonction avec la paroi extérieure de la coquille.
ANALOGIE. -- La ressemblance de structures qui provient de
fonctions semblables, comme, par exemple, les ailes des insectes
et des oiseaux. On dit que de telles structures sont _analogues_
les unes aux autres.
ANIMALCULE. -- Petit animal: terme généralement appliqué à ceux
qui ne sont visibles qu'au microscope.
ANNÉLIDÉS. -- Une classe de vers chez lesquels la surface du corps
présente une division plus ou moins distincte en anneaux ou
segments généralement pourvus d'appendices pour la locomotion
ainsi que de branchies. Cette classe comprend les vers marins
ordinaires, les vers de terre et les sangsues.
ANORMAL. -- Contraire à la règle générale.
ANTENNES. -- Organes articulés placés à la tête chez les insectes,
les crustacés et les centipèdes, n'appartenant pourtant pas à la
bouche.
ANTHÈRES. -- Sommités des étamines des fleurs qui produisent le
pollen ou la poussière fertilisante.
APLACENTAIRES (APLACENTALIA, APLACENTATA). -- Mammifères
aplacentaires. -- Voir MAMMIFÈRES.
APOPHYSES. -- Éminences naturelles des os qui se projettent
généralement pour servir d'attaches aux muscles, aux ligaments,
etc.
ARCHÉTYPE. -- Forme idéale primitive d'après laquelle tous les
êtres d'un groupe semblent être organisés.
ARTICULÉS. -- Une grande division du règne animal, caractérisée
généralement en ce qu'elle a la surface du corps divisée en
anneaux appelés _segments_, dont un nombre plus ou moins grand est
pourvu de pattes composées, tels que les insectes, les crustacés
et les centipèdes.
ASYMÉTRIQUE. -- Ayant les deux côtés dissemblables.
ATROPHIE. -- Arrêt dans le développement survenu dans le premier
âge.
AVORTÉ. -- On dit qu'un organe est avorté, quand de bonne heure il
a subi un arrêt dans son développement.
BALANES (_Bernacles_). -- Cirripèdes sessiles à test composé de
plusieurs pièces, qui vivent en abondance sur les rochers du bord
de la mer.
BASSIN (_Pelvis_). -- L'arc osseux auquel sont articulés les
membres postérieurs des animaux vertébrés.
BATRACIENS. -- Une classe d'animaux parents des reptiles, mais
subissant une métamorphose particulière et chez lesquels le jeune
animal est généralement aquatique et respire par des branchies.
(_Exemples_: les grenouilles, les crapauds et les salamandres.)
BLOCS ERRATIQUES. -- Enormes blocs de pierre transportés,
généralement encaissés dans de la terre argileuse ou du gravier.
BRACHIOPODE. -- Une classe de mollusques marins ou animaux à corps
mou pourvus d'une coquille bivalve attachée à des matières sous-
marines par une tige qui passe par une ouverture dans l'une des
valvules. Ils sont pourvus de bras à franges par l'action
desquelles la nourriture est portée à la bouche.
BRANCHIALES. -- Appartenant aux branchies.
BRANCHIES. -- Organes pour respirer dans l'eau.
CAMBRIEN (SYSTÈME). -- Une série de roches paléozoïques entre le
laurentien et le silurien, et qui, tout récemment, étaient encore
considérées comme les plus anciennes roches fossilifères.
CANIDÉS. -- La famille des chiens, comprenant le chien, le loup,
le renard, le chacal, etc.
CARAPACE. -- La coquille enveloppant généralement la partie
antérieure du corps chez les crustacés. Ce terme est aussi
appliqué aux parties dures et aux coquilles des cirripèdes.
CARBONIFÈRE. -- Ce terme est appliqué à la grande formation qui
comprend, parmi d'autres roches, celles à charbon. Cette formation
appartient au plus ancien système, ou système paléozoïque.
CAUDAL. -- De la queue ou appartenant à la queue.
CELOSPERME. -- Terme appliqué aux fruits des ombellifères, qui ont
la semence creuse à la face interne.
CÉPHALOPODES. -- La classe la plus élevée des mollusques ou
animaux à corps mou, caractérisée par une bouche entourée d'un
nombre plus ou moins grand de bras charnus ou tentacules qui, chez
la plupart des espèces vivantes, sont pourvus de suçoirs.
(_Exemples_: la seiche, le nautile.).
CÉTACÉ. -- Un ordre de mammifères comprenant les baleines, les
dauphins, etc., ayant la forme de poissons, la peau nue et dont
seulement les membres antérieurs sont développés.
CHAMPIGNONS (_Fungi_). -- Une classe de plantes cryptogames
cellulaires
CHÉLONIENS. -- Un ordre de reptiles comprenant les tortues de mer,
les tortues de terre, etc.
CIRRIPÈDES. -- Un ordre de crustacés comprenant les bernacles, les
anatifes, etc. Les jeunes ressemblent à ceux de beaucoup d'autres
crustacés par la forme, mais arrivés à l'âge mûr, ils sont
toujours attachés à d'autres substances, soit directement, soit au
moyen d'une tige. Ils sont enfermés dans une coquille calcaire
composée de plusieurs parties, dont deux peuvent s'ouvrir pour
donner issue à un faisceau de tentacules entortillés et articulés
qui représentent les membres.
COCCUS. -- Genres d'insectes comprenant la _cochenille_, chez
lequel le mâle est une petite mouche ailée et la femelle
généralement une masse inapte à tout mouvement, affectant la forme
d'une graine.
COCON. -- Une enveloppe en général soyeuse dans laquelle les
insectes sont fréquemment renfermés pendant la seconde période, ou
la période de repos de leur existence. Le terme de «période de
cocon» est employé comme équivalent de «période de chrysalide».
COLEOPTÈRES. -- Ordres d'insectes, ayant des organes buccaux
masticateurs et la première paire d'ailes (élytres) plus ou moins
cornée, formant une gaine pour la seconde paire, et divisée
généralement en droite ligne au milieu du dos.
COLONNE. -- Un organe particulier chez les fleurs de la famille
des orchidées dans lequel les étamines, le style et le stigmate
(ou organes reproducteurs) sont réunis.
COMPOSÉES ou PLANTES COMPOSÉES. -- Des plantes chez lesquelles
l'inflorescence consiste en petites fleurs nombreuses (fleurons)
réunies en une tête épaisse, dont la base est renfermée dans une
enveloppe commune. (_Exemples_: la marguerite, la dent-de-lion,
etc.)
CONFERVES. -- Les plantes filamenteuses d'eau douce.
CONGLOMÉRAT. -- Une roche faite de fragments de rochers ou de
cailloux cimentés par d'autres matériaux.
COROLLE. -- La seconde enveloppe d'une fleur, généralement
composée d'organes colorés semblables à ces feuilles (pétales) qui
peuvent être unies entièrement, ou seulement à leurs extrémités,
ou à la base.
CORRÉLATION. -- La coïncidence normale d'un phénomène, des
caractères, etc., avec d'autres phénomènes ou d'autres caractères.
CORYMBE. -- Mode d'inflorescence multiple, par lequel les fleurs
qui partent de la partie inférieure de la tige sont soutenues sur
des tiges plus longues, de manière à être de niveau avec les
fleurs supérieures.
COTYLÉDONS. -- Les premières feuilles, ou feuilles à semence des
plantes.
CRUSTACÉS. -- Une classe d'animaux articulés ayant la peau du
corps généralement plus ou moins durcie par un dépôt de matière
calcaire, et qui respirent au moyen de branchies. (_Exemples_: le
crabe, le homard, la crevette.)
CURCULION. -- L'ancien terme générique pour les coléoptères connus
sous le nom de _charançons_, caractérisés par leurs tarses à
quatre articles, et par une tête qui se termine en une espèce de
bec, sur les côtés duquel sont fixées les antennes.
CUTANÉ. -- De la peau ou appartenant à la peau.
CYCLES. -- Les cercles ou lignes spirales dans lesquels les
parties des plantes sont disposées sur l'axe de croissance.
DÉGRADATION. -- Détérioration du sol par l'action de la mer ou par
des influences atmosphériques. DENTELURES. -- Dents disposées
comme celles d'une scie.
DÉNUDATION. -- L'usure par lavage de la surface de la terre par
l'eau.
DÉVONIEN (SYSTÈME), ou formation dévonienne, -- Série de roches
paléozoïques comprenant le vieux grès rouge.
DICOTYLÉDONÉES ou PLANTES DICOTYLÉDONES. -- Une classe de plantes
caractérisées par deux feuilles à semences (cotylédons), et par la
formation d'un nouveau bois entre l'écorce et l'ancien bois
(croissance; exogène), ainsi que par l'organisation rétiforme des
nervures des feuilles. Les fleurs sont généralement divisées en
multiples de cinq.
DIFFÉRENCIATION. -- Séparation ou distinction des parties ou des
organes qui se trouvent plus ou moins unis dans les formes
élémentaires vivantes.
DIMORPHES. -- Ayant deux formes distinctes. Le dimorphisme est
l'existence de la même espèce sous deux formes distinctes.
DIOIQUE. -- Ayant les organes des sexes sur des individus
distincts.
DIORITE. -- Une forme particulière de pierre verte (_Greenstone_).
DORSAL. -- Du dos ou appartenant au dos.
ÉCHASSIERS (_Grallatores_). -- oiseaux généralement pourvus de
longs becs, privés de plumes au-dessus du tarse, et sans membranes
entre les doigts des pieds. (_Exemples_: les cigognes, les grues,
les bécasses, etc.)
ÉDENTES. -- Ordre particulier de quadrupèdes caractérisés par
l'absence au moins des incisives médianes (de devant) dans les
deux mâchoires. (_Exemples_: les paresseux et les tatous.)
ÉLYTRES. -- Les ailes antérieures durcies des coléoptères, qui
recouvrent et protègent les ailes membraneuses postérieures
servant seules au vol.
EMBRYOLOGIE. -- L'étude du développement de l'embryon.
EMBRYON. -- Le jeune animal en développement dans l'oeuf ou le
sein de la mère.
ENDÉMIQUE. -- Ce qui est particulier à une localité donnée.
ENTOMOSTRACÉS. -- Une division de la classe des crustacés, ayant
généralement tous les segments du corps distincts, munie de
branchies aux pattes ou aux organes de la bouche, et les pattes
garnies de poils fins. Ils sont généralement de petite grosseur.
ÉOCÈNE. -- La première couche des trois divisions de l'époque
tertiaire. Les roches de cet âge contiennent en petite proportion
des coquilles identiques à des espèces actuellement existantes.
ÉPHÉMÈRES (INSECTES). -- Insectes ne vivant qu'un jour ou très peu
de temps.
ÉTAMINES. -- Les organes mâles des plantes en fleur, formant un
cercle dans les pétales. Ils se composent généralement d'un
filament et d'une anthère: l'anthère étant la partie essentielle
dans laquelle est formé le pollen ou la poussière fécondante.
FAUNE. -- La totalité des animaux habitant naturellement une
certaine contrée ou région, ou qui y ont vécu pendant une période
géologique quelconque.
FÉLINS ou FÉLIDÉS. -- Mammifères de la famille des chats.
FÉRAL (plur. FÉRAUX). -- Animaux ou plantes qui de l'état de
culture ou de domesticité ont repassé à l'état sauvage.
FLEURONS. -- Fleurs imparfaitement développées sous quelques
rapports et rassemblées en épis épais ou tête épaisse, comme dans
les graminées, la dent-de-lion, etc.
FLEURS POLYANDRIQUES. -- Voir POLYANDRIQUES.
FLORE. -- La totalité des plantes croissant naturellement dans un
pays, ou pendant une période géologique quelconque.
FOETAL. -- Du foetus ou appartenant au foetus (embryon) en cours
de développement
FORAMINIFÈRES. -- Une classe d'animaux ayant une organisation très
inférieure, et généralement très petits; ils ont un corps mou,
semblable à de la gélatine; des filaments délicats, fixés à la
surface, s'allongent et se retirent pour saisir les objets
extérieurs; ils habitent une coquille calcaire généralement
divisée en chambres et perforée de petites ouvertures.
FORMATION SÉDIMENTAIRE. -- Voir SÉDIMENTAIRES.
FOSSILIFÈRES. -- Contenant des fossiles.
FOSSOYEURS. -- Insectes ayant la faculté de creuser. Les
hyménoptères fossoyeurs sont un groupe d'insectes semblables aux
guêpes, qui creusent dans le sol sablonneux des nids pour leurs
petits.
FOURCHETTE ou FURCULA. -- L'os fourchu formé par l'union des
clavicules chez beaucoup d'oiseaux, comme, par exemple, chez la
poule commune.
FRENUM (pl. FRENA). -- Une petite bande ou pli de la peau.
GALLINACÉS. -- Ordre d'oiseaux qui comprend entre autres la poule
commune le dindon, le faisan, etc.
GALLUS. -- Le genre d'oiseaux qui comprend la poule commune.
GANGLION. -- Une grosseur ou un noeud d'où partent les nerfs comme
d'un centre.
GANOÏDES. -- Poissons couverts d'écailles osseuses et émaillées
d'une manière toute particulière, dont la plupart ne se trouvent
plus qu'à l'état fossile.
GÉNÉRATION ALTERNANTE. -- On applique ce terme à un mode
particulier de reproduction, qu'on rencontre chez un grand nombre
d'animaux inférieurs; l'oeuf est produit par une forme vivante
tout à fait différente de la forme parente, laquelle est
reproduite à son tour par un procédé de bourgeonnement ou par la
division des substances du premier produit de l'oeuf.
GERMINATIVE (VÉSICULE). -- Voir VÉSICULE.
GLACIAIRE (PÉRIODE). -- Voir PÉRIODE.
GLANDE. -- Organe qui sécrète ou filtre quelque produit
particulier du sang ou de la sève des animaux ou des plantes.
GLOTTE. -- L'entrée de la trachée-artère dans l'oesophage ou le
gésier.
GNEISS. -- Roches qui se rapprochent du granit par leur
composition, mais plus ou moins lamellées, provenant de
l'altération d'un dépôt sédimentaire après sa consolidation.
GRANIT. -- Roche consistant essentiellement en cristaux de
feldspath et de mica, réunis dans une masse de quartz.
HABITAT. -- La localité dans laquelle un animal ou une plante vit
naturellement.
HÉMIPTÈRES. -- Un ordre ou sous-ordre d'insectes, caractérisés par
la possession d'un bec à articulations ou rostre; ils ont les
ailes de devant cornées à la base et membraneuses à l'extrémité où
se croisent les ailes. Ce groupe comprend les différentes espèces
de punaises.
HERMAPHRODITE. -- Possédant les organes des deux sexes.
HOMOLOGIE. -- La relation entre les parties qui résulte de leur
développement embryonique correspondant, soit chez des êtres
différents, comme dans le cas du bras de l'homme, la jambe de
devant du quadrupède et l'aile d'un oiseau; ou dans le même
individu, comme dans le cas des jambes de devant et de derrière
chez les quadrupèdes, et les segments ou anneaux et leurs
appendices dont se compose le corps d'un ver ou d'un centipède.
Cette dernière homologie est appelée _homologie sériale_. Les
parties qui sont en telle relation l'une avec l'autre sont dites
_homologues_, et une telle partie ou un tel organe est appelé
l'homologue de l'autre. Chez différentes plantes, les parties de
la fleur sont homologues, et, en général, ces parties sont
regardées comme homologues avec les feuilles.
HOMOPTÈRES. -- Sous-ordre des hémiptères, chez lesquels les ailes
de devant sont ou entièrement membraneuses ou ressemblent
entièrement à du cuir. Les cigales, les pucerons en sont des
exemples connus.
HYBRIDE. -- Le produit de l'union de deux espèces distinctes.
HYMÉNOPTÈRES. -- Ordre d'insectes possédant des mandibules
mordantes et généralement quatre ailes membraneuses dans
lesquelles il y a quelques nervures. Les abeilles et les guêpes
sont des exemples familiers de ce groupe.
HYPERTROPHIÉ. -- Excessivement développé.
ICHNEUMONIDÉS. -- Famille d'insectes hyménoptères qui pondent
leurs oeufs dans le corps ou les oeufs des autres insectes.
IMAGE. -- L'état reproductif parfait (généralement à ailes) d'un
insecte.
INDIGÈNES. -- Les premiers êtres animaux ou végétaux aborigènes
d'un pays ou d'une région.
INFLORESCENCE. -- Le mode d'arrangement des fleurs des plantes.
INFUSOIRES. -- Classe d'animalcules microscopiques appelés ainsi
parce qu'ils ont été observés à l'origine dans des infusions de
matières végétales. Ils consistent en une matière gélatineuse
renfermée dans une membrane délicate, dont la totalité ou une
partie est pourvue de poils courts et vibrants appelée _cils_, au
moyen desquels ces animalcules nagent dans l'eau ou transportent
les particules menues de leur nourriture à l'orifice de la bouche.
INSECTIVORES. -- Se nourrissant d'insectes.
INVERTEBRÉS ou ANIMAUX INVERTEBRÉS. -- Les animaux qui ne
possèdent pas d'épine dorsale ou de colonne vertébrale.
LACUNES. -- Espaces laissés parmi les tissus chez quelques-uns des
animaux inférieurs, et servant de voies pour la circulation des
fluides du corps.
LAMELLE. -- Pourvu de lames ou de petites plaques.
LARVES. -- La première phase de la vie d'un insecte au sortir de
l'oeuf, quand il est généralement sous la forme de ver ou de
chenille.
LARYNX. -- La partie supérieure de la trachée-artère qui s'ouvre
dans le gosier.
LAURENTIEN. -- Système de roches très anciennes et très altérées,
très développé le long du cours du Saint-Laurent, d'où il tire son
nom. C'est dans ces roches qu'on a trouvé les traces des corps
organiques les plus anciens.
LÉGUMINEUSES. -- Ordre de plantes, représenté par les pois communs
et les fèves, ayant une fleur irrégulière, chez lesquelles un
pétale se relève comme une aile, et les étamines et le pistil sont
renfermés dans un fourreau formé par deux autres pétales. Le fruit
est en forme de gousse (légume).
LÉMURIDES. -- Un groupe d'animaux à quatre mains, distinct des
singes et se rapprochant des quadrupèdes insectivores par certains
caractères et par leurs habitudes. Les Lémurides ont les narines
recourbées ou tordues, et une griffe au lieu d'ongle sur l'index
des mains de derrière.
LÉPIDOPTÈRES. -- Ordre d'insectes caractérisés par la possession
d'une trompe en spirale et de quatre grosses ailes plus ou moins
écailleuses. Cet ordre comprend les papillons.
LITTORAL. -- Habitant le rivage de la mer.
LOESS (_Lehm_). -- Un dépôt marneux de formation récente (post-
tertiaire) qui occupe une grande partie de la vallée du Rhin.
MALACOSTRACÉS. -- L'ordre supérieur des crustacés, comprenant les
crabes ordinaires, les homards, les crevettes, etc., ainsi que les
cloportes et les salicoques.
MAMMIFÈRES. -- La première classe des animaux, comprenant les
quadrupèdes velus ordinaires, les baleines, et l'homme,
caractérisée par la production de jeunes vivants, nourris après
leur naissance par le lait des mamelles (glandes mammaires) de la
mère. Une différence frappante dans le développement embryonnaire
a conduit à la division de cette classe en deux grande groupes:
dans l'un, quand l'embryon a atteint une certaine période, une
connexion vasculaire, appelée _placenta_, se forme entre l'embryon
et la mère; dans l'autre groupe cette connexion manque, et les
jeunes naissent dans un état très incomplet. Les premiers,
comprenant la plus grande partie de la classe, sont appelés
_Mammifères placentaires_; les derniers, _Mammifères
aplacentaires_, comprennent les marsupiaux et les monotrèmes
(_Ornithorhynques_).
MANDIBULES, chez les insectes. -- La première paire, ou paire
supérieure de mâchoires, qui sont généralement des organes
solides, cornés et mordants. Chez les oiseaux ce terme est
appliqué aux deux mâchoires avec leurs enveloppes cornées. Chez
les quadrupèdes les mandibules sont représentées par la mâchoire
inférieure.
MARSUPIAUX. -- Un ordre de mammifères chez lesquels les petits
naissent dans un état très incomplet de développement et sont
portés par la mère, pendant l'allaitement, dans une poche ventrale
(_marsupium_), tels que chez les kangourous, les sarigues, etc. --
Voir MAMMIFÈRES.
MAXILLAIRES, chez les insectes. -- La seconde paire ou paire
inférieure de mâchoires, qui sont composées de plusieurs
articulations et pourvues d'appendices particuliers, appelés
_palpes_ ou _antennes_.
MÉLANISME. -- L'opposé de l'albinisme, développement anormal de
matière colorante foncée dans la peau et ses appendices.
MOËLLE ÉPINIÈRE. -- La portion centrale du système nerveux chez
les vertébrés, qui descend du cerveau à travers les arcs des
vertèbres et distribue presque tous les nerfs aux divers organes
du corps.
MOLLUSQUES. -- Une des grandes divisions du règne animal,
comprenant les animaux à corps mou, généralement pourvus d'une
coquille, et chez lesquels les ganglions ou centres nerveux ne
présentent pas d'arrangement général défini. Ils sont généralement
connus sous la dénomination de moules et de coquillages; la
seiche, les escargots et les colimaçons communs, les coquilles,
les huîtres, les moules et les peignes en sont des exemples.
MONOCOTYLÉDONÉES ou PLANTES MONOCOTYLÉDONES. -- Plantes chez
lesquelles la semence ne produit qu'une seule feuille à semence
(ou cotylédon), caractérisées par l'absente des couches
consécutives de bois dans la tige (croissance endogène). On les
reconnaît par les nervures des feuilles qui sont généralement
droites et par la composition des fleurs qui sont généralement des
multiples de trois. (_Exemples_: les graminées, les lis, les
orchidées, les palmiers, etc.)
MORAINES. -- Les accumulations des fragments de rochers entraînés
dans les vallées par les glaciers.
MORPHOLOGIE. -- La loi de la forme ou de la structure indépendante
de la fonction.
MYSIS (FORME). -- Période du développement de certains crustacés
(langoustes) durant laquelle ils ressemblent beaucoup aux adultes
d'un genre (mysis) appartenant à un groupe un peu inférieur.
NAISSANT. -- Commençant à se développer.
NATATOIRES. -- Adaptés pour la natation.
NAUPLIUS (FORMES NAUPLIUS). -- La première période dans le
développement de beaucoup de crustacés, appartenant surtout aux
groupes inférieurs. Pendant cette période l'animal a le corps
court, avec des indications confuses d'une division en segments,
et est pourvu de trois paires de membres à franges. Cette forme du
_cyclope commun_ d'eau douce avait été décrite comme un genre
distinct sous le nom de _Nauplius_.
NERVATION. -- L'arrangement des veines ou nervures dans les ailes
des insectes.
NEUTRES. -- Femelles de certains insectes imparfaitement
développées et vivant en société (tels que les fourmis et les
abeilles). Les neutres font tous les travaux de la communauté,
d'où ils sont aussi appelés _Travailleurs_.
NICTITANTE (MEMBRANE). -- Membrane semi-transparente, qui peut
recouvrir l'oeil chez les oiseaux et les reptiles, pour modérer
les effets d'une forte lumière ou pour chasser des particules de
poussière, etc., de la surface de l'oeil.
OCELLES (STEMMATES). -- Les yeux simples des insectes,
généralement situés sur le sommet de la tête entre les grands yeux
composés à facettes.
OESOPHAGE. -- Le gosier.
OMBELLIFÈRES. -- Un ordre de plantes chez lesquelles les fleurs,
qui contiennent cinq étamines et un pistil avec deux styles, sont
soutenues par des supports qui sortent du sommet de la tige
florale et s'étendent comme les baleines d'un parapluie, de
manière à amener toutes les fleurs à la même hauteur (ombelle),
presque au même niveau. (_Exemples_: le persil et la carotte.)
ONGULÉS. -- Quadrupèdes à sabot.
OOLITHIQUES. -- Grande série de roches secondaires appelées ainsi
à cause du tissu de quelques-unes d'entre elles; elles semblent
composées d'une masse de petits corps calcaires semblables à des
oeufs.
OPERCULE. -- Plaque calcaire qui sert à beaucoup de mollusques
pour fermer l'ouverture de leur coquille. Les _valvules
operculaires_ des cirripèdes sont celles qui ferment l'ouverture
de la coquille.
ORBITE. -- La cavité osseuse dans laquelle se place l'oeil.
ORGANISME. -- Un être organisé, soit plante, soit animal.
ORTHOSPERME. -- Terme appliqué aux fruits des ombellifères qui ont
la semence droite.
OVA. -- Oeufs.
OVARIUM ou OVAIRE (chez les plantes). -- La partie inférieure du
pistil ou de l'organe femelle de la plante, contenant les ovules
ou jeunes semences; par la croissance et après que les autres
organes de la fleur sont tombés, l'ovaire se transforme
généralement en fruit.
OVIGÈRE. -- Portant l'oeuf.
OVULES (des plantes). -- Les semences dans leur première
évolution.
PACHYDERMES. -- Un groupe de mammifères, ainsi appelés à cause de
leur peau épaisse, comprenant l'éléphant, le rhinocéros,
l'hippopotame, etc.
PALÉOZOÏQUE. -- Le plus ancien système de roches fossilifères.
PALPES. -- Appendices à articulations à quelques organes de la
bouche chez les insectes et les crustacés.
PAPILIONACÉES. -- Ordre de plantes (voir LÉGUMINEUSES). Les fleurs
de ces plantes sont appelées papilionacées ou semblables à des
papillons, à cause de la ressemblance imaginaire des pétales
supérieurs développé avec les ailes d'un papillon.
PARASITE. -- Animal ou plante vivant sur, dans, ou aux dépens d'un
autre organisme.
PARTHÉNOGÉNÈSE. -- La production d'organismes vivants par des
oeufs ou par des semences non fécondés.
PÉDONCULE. -- Supporté sur une tige ou support. Le chêne pédonculé
a ses glands supportés sur une tige.
PÉLORIE, ou PÉLORISME. -- Apparence de régularité de structure
chez les fleurs ou les plantes qui portent normalement des fleurs
irrégulières.
PÉRIODE GLACIAIRE. -- Période de grand froid et d'extension énorme
des glaciers à la surface de la terre. On croit que des périodes
glaciaires sont survenues successivement pendant l'histoire
géologique de la terre; mais ce terme est généralement appliqué à
la fin de l'époque tertiaire, lorsque presque toute l'Europe était
soumise à un climat arctique.
PÉTALES. -- Les feuilles de la corolle ou second cercle d'organes
dans une fleur. Elles sont généralement d'un tissu délicat et
brillamment colorées.
PHYLLODINEUX. -- Ayant des branches aplaties, semblables à des
feuilles ou tiges à feuilles au lieu de feuilles véritables.
PIGMENT. -- La matière colorante produite généralement dans les
parties superficielles des animaux. Les cellules qui la sécrètent
sont appelées cellules _pigmentaires_.
PINNE ou PINNÉ. -- Portant des petites feuilles de chaque côté
d'une tige centrale.
PISTILS. -- Les organes femelles d'une fleur qui occupent le
centre des autres organes floraux. Le pistil peut généralement
être divisé en ovaire ou germe, en style et en stigmate.
PLANTES COMPOSÉES. -- voir COMPOSÉES.
PLANTES MONOCOTYLÉDONES. -- Voir MONOCTYLÉDONES.
PLANTES POLYGAMES. -- voir POLYGAMES.
PLANTIGRADES. -- Quadrupèdes qui marchent sur toute la plante du
pied, tels que les ours.
PLASTIQUE. -- Facilement susceptible de changement.
PLEISTOCÈNE (PÉRIODE). -- La dernière période de l'époque
tertiaire.
PLUMULE (chez les plantes). -- Le petit bouton entre les feuilles
à semences des plantes nouvellement germées.
PLUTONIENNES (ROCHES). -- Roches supposées produites par l'action
du feu dans les profondeurs de la terre.
POISSONS GANOÏDES. -- Voir GANOÏDES.
POLLEN. -- L'élément mâle chez les plantes qui fleurissent;
généralement une poussière fine produite par les anthères qui
effectue, par le contact avec le stigmate, la fécondation des
semences. Cette fécondation est amenée par le moyen de tubes
(_tubes à pollen_) qui sortent de graines à pollen adhérant au
stigmate et pénètrent à travers les tissus jusqu'à l'ovaire.
POLYANDRIQUES (FLEURS). -- Fleurs ayant beaucoup d'étamines.
POLYGAMES (PLANTES). -- Plantes chez lesquelles quelques fleurs
ont un seul sexe et d'autres sont hermaphrodites. Les fleurs à un
seul sexe (mâles et femelles) peuvent se trouver sur la même
plante ou sur différentes plantes.
POLYMORPHIQUE. -- Présentant beaucoup de formes.
POLYZOAIRES. -- La structure commune formée par les cellules des
polypes, tels que les coraux.
PRÉHENSILE. -- Capable de saisir.
PRÉPOTENT. -- Ayant une supériorité de force ou de puissance.
PRIMAIRES. -- Les plumes formant le bout de l'aile d'un oiseau et
insérées sur la partie qui représente la main de l'homme.
PROPOLIS. -- Matière résineuse recueillie pur les abeilles sur les
boutons entrouverts de différents arbres.
PROTEEN. -- Excessivement variable.
PROTOZOAIRES. -- La division inférieure du règne animal. Ces
animaux sont composée d'une matière gélatineuse et ont à peine des
traces d'organes distincts. Les infusoires, les foraminifères et
les éponges, avec quelques autres espèces, appartiennent à cette
division.
PUPE. -- La seconde période du développement d'un insecte après
laquelle il apparaît sous une forme reproductive parfaite (ailée).
Chez la plupart des insectes, la période pupale se passe dans un
repos parfait. La chrysalide est l'état pupal des papillons
RADICULE. -- Petite racine d'une plante à l'état d'embryon.
RÉTINE. -- La membrane interne délicate de l'oeil, formée de
filaments nerveux provenant du nerf optique et servant à la
perception des impressions produites par la lumière.
RÉTROGRESSION. -- Développement rétrograde. Quand un animal, en
approchant de la maturité, devient moins parfait qu'on aurait pu
s'y attendre d'après les premières phases de son existence et sa
parenté connue, on dit qu'il subit alors un développement ou une
métamorphose _rétrograde_.
RHIZOPODES. -- Classe d'animaux inférieurement organisés
(protozoaires) ayant le corps gélatineux, dont la surface peut
proéminer en forme d'appendices semblables à des racines ou à des
filaments, qui servent à la locomotion et à la préhension de la
nourriture. L'ordre le plus important est celui des foraminifères.
ROCHES MÉTAMORPHIQUES. -- Roches sédimentaires qui ont subi une
altération généralement par l'action de la chaleur, après leur
dépôt et leur consolidation.
ROCHES PLUTONIENNES. -- Voir PLUTONIENNES.
RONGEURS. -- Mammifères rongeurs, tels que les rats, les lapins et
les écureuils. Ils sont surtout caractérisés par la possession
d'une seule paire de dents incisives en forme de ciseau dans
chaque mâchoire, entre lesquelles et les dents molaires il existe
une lacune très prononcée.
RUBUS. -- Le genre des Ronces.
RUDIMENTAIRE. -- Très imparfaitement développé.
RUMINANTS. -- Groupe de quadrupèdes qui ruminent ou remâchent leur
nourriture, tels que les boeufs, les moutons et les cerfs. Ils ont
le sabot fendu, et sont privés des dents de devant à la mâchoire
supérieure.
SACRAL. -- Appartenant à l'os sacrum, os composé habituellement de
deux ou plusieurs vertèbres auxquelles, chez les animaux
vertébrés, sont attachés les côtés du bassin.
SARCODE. -- La matière gélatineuse dont sont composés les corps
des animaux inférieurs (protozoaires).
SCUTELLES. -- Les plaques cornées dont les pattes des oiseaux sont
généralement plus ou moins couvertes, surtout dans la partie
antérieure.
SÉDIMENTAIRES (FORMATIONS). -- Roches déposées comme sédiment par
l'eau.
SEGMENTS, -- Les anneaux transversaux qui forment le corps d'un
animal articulé ou annélide.
SÉPALE. -- Les feuilles ou segments du calice, ou enveloppe
extérieure d'une fleur ordinaire. Ces feuilles sont généralement
vertes, mais quelquefois aussi brillamment colorées.
SESSILES. -- Qui n'est pas porté par une tige ou un support.
SILURIEN (SYSTÈME). -- Très ancien système de roches fossilifères
appartenant à la première partie de la série paléozoïque.