Couches tertiaires............................. 2 340

-- formant un total de 72 584 pieds, c'est-à-dire environ 13

milles anglais et trois quarts. Certaines formations, qui sont

représentées en Angleterre par des couches minces, atteignent sur

le continent une épaisseur de plusieurs milliers de pieds. En

outre, s'il faut en croire la plupart des géologues, il doit

s'être écoulé, entre les formations successives, des périodes

extrêmement longues pendant lesquelles aucun dépôt ne s'est formé.

La masse entière des couches superposées des roches sédimentaires

de l'Angleterre ne donne donc qu'une idée incomplète du temps qui

s'est écoulé pendant leur accumulation. L'étude de faits de cette

nature semble produire sur l'esprit une impression analogue à

celle qui résulte de nos vaines tentatives pour concevoir l'idée

d'éternité.

Cette impression n'est pourtant pas absolument juste. M. Croll

fait remarquer, dans un intéressant mémoire, que nous ne nous

trompons pas par «une conception trop élevée de la longueur des

périodes géologiques», mais en les estimant en années. Lorsque les

géologues envisagent des phénomènes considérables et compliqués,

et qu'ils considèrent ensuite les chiffres qui représentent des

millions d'années, les deux impressions produites sur l'esprit

sont très différentes, et les chiffres sont immédiatement taxés

d'insuffisance. M. Croll démontre, relativement à la dénudation

produite par les agents atmosphériques, en calculant le rapport de

la quantité connue de matériaux sédimentaires que charrient

annuellement certaines rivières, relativement à l'étendue des

surfaces drainées, qu'il faudrait six millions d'années pour

désagréger et pour enlever au niveau moyen de l'aire totale qu'on

considère une épaisseur de 1 000 pieds de roches. Un tel résultat

peut paraître étonnant, et le serait encore si, d'après quelques

considérations qui peuvent faire supposer qu'il est exagéré, on le

réduisait à la moitié ou au quart. Bien peu de personnes,

d'ailleurs, se rendent un compte exact de ce que signifie

réellement un million. M. Croll cherche à le faire comprendre par

l'exemple suivant: on étend, sur le mur d'une grande salle, une

bande étroite de papier, longue de 83 pieds et 4 pouces (25m, 70);

on fait alors à une extrémité de cette bande une division d'un

dixième de pouce (2mm, 5); cette division représente un siècle, et

la bande entière représente un million d'années. Or, pour le sujet

qui nous occupe, que sera un siècle figuré par une mesure aussi

insignifiante relativement aux vastes dimensions de la salle?

Plusieurs éleveurs distingués ont, pendant leur vie, modifié assez

fortement quelques animaux supérieurs pour avoir créé de

véritables sous-races nouvelles; or, ces espèces supérieures se

produisent beaucoup plus lentement que les espèces inférieures.

Bien peu d'hommes se sont occupés avec soin d'une race pendant

plus de cinquante ans, de sorte qu'un siècle représente le travail

de deux éleveurs successifs. Il ne faudrait pas toutefois supposer

que les espèces à l'état de nature puissent se modifier aussi

promptement que peuvent le faire les animaux domestiques sous

l'action de la sélection méthodique. La comparaison serait plus

juste entre les espèces naturelles et les résultats que donne la

sélection inconsciente, c'est-à-dire la conservation, sans

intention préconçue de modifier la race, des animaux les plus

utiles ou les plus beaux. Or, sous l'influence de la seule

sélection inconsciente, plusieurs races se sont sensiblement

modifiées dans le cours de deux ou trois siècles.

Les modifications sont, toutefois, probablement beaucoup plus

lentes encore chez les espèces dont un petit nombre seulement se

modifie en même temps dans un même pays. Cette lenteur provient de

ce que tous les habitants d'une région étant déjà parfaitement

adaptés les uns aux autres, de nouvelles places dans l'économie de

la nature ne se présentent qu'à de longs intervalles, lorsque les

conditions physiques ont éprouvé quelques modifications d'une

nature quelconque, ou qu'il s'est produit une immigration de

nouvelles formes. En outre, les différences individuelles ou les

variations dans la direction voulue, de nature à mieux adapter

quelques-uns des habitants aux conditions nouvelles, peuvent ne

pas surgir immédiatement. Nous n'avons malheureusement aucun moyen

de déterminer en années la période nécessaire pour modifier une

espèce. Nous aurons d'ailleurs à revenir sur ce sujet.

De l'origine des espèces · 第 37 / 58 题