Signé: GIRESSE DE LA BEYRIE.»

Au commencement de 1829, le général du Casse fut appelé à commander le

département de la Somme à Amiens.

Le 16 mai 1821, il fut nommé grand-officier de la Légion d'honneur.

Le 24 mars 1822, il fut choisi, avec le marquis de Rougé, pair

la France, par le comité central de l'association paternelle des

chevaliers de Saint-Louis, pour être commissaire honoraire du comité du

département de la Somme.

Dans le courant de 1824, il fut question, dans les sphères militaires,

d'une promotion de lieutenants-généraux. A l'insu de son mari, la

baronne du Casse écrivit à Monsieur, comte d'Artois, pour lui rappeler

les services rendus par le général à la famille royale. Le 20 juillet

elle reçut du chef d'état-major de ce prince, le maréchal-de-camp baron

de Kentzinger, la lettre suivante:

«Madame la baronne, _Monsieur_ a lu, avec un véritable intérêt, la

lettre que vous avez adressée à S. A. R. en date du 23 de ce mois,

et je suis chargé d'avoir l'honneur de vous informer que, désirant

donner à M. le général du Casse, votre mari, une preuve de l'intérêt

qu'il lui porte, _Monsieur_ a prié le ministre de la guerre de le

proposer au Roi pour le _cordon rouge_, en attendant qu'il soit

possible de faire une promotion dans l'état-major général de l'armée;

mais S. E. ayant fait observer à _Monsieur_ que le Roi avait décidé

qu'il ne serait pas fait de promotion cette année dans _l'ordre_ de

Saint-Louis, vu que le nombre des commandeurs existant excède encore

de 29 le cadre tel qu'il a été fixé par les ordonnances royales,

_Monsieur_ ne voit pas sans peine le retard apporté au désir qu'a S.

A. R. de donner à M. le général du Casse, dont il apprécie depuis

longtemps les bons services et le dévouement, un témoignage de la

satisfaction qu'il a de sa belle conduite dans les temps difficiles,

dont la mémoire ne s'effacera jamais du souvenir de ce bon prince.

«J'éprouve, en mon particulier, un bien grand regret de ne pouvoir

vous faire une réponse conforme à votre attente, et vous prie, madame

la baronne, de faire agréer ces regrets à M. le général, en recevant

vous-même, avec bonté, l'expression de mes sentiments les plus

sincères et les plus respectueux.»

L'avénement de Charles X en 1824 fut l'occasion de nombreuses

promotions. Le général du Casse reçut le 25 mai du ministre de la

guerre la lettre suivante:

«Monsieur le baron, je m'empresse de vous informer que le Roi, par

ordonnance du 23 de ce mois, a daigné vous élever à la dignité de

commandeur de Saint-Louis.

«Les insignes vous seront remis par Sa Majesté elle-même et adressés

d'après ses ordres.

«Certain de votre gratitude pour cette haute faveur, récompense de

vos services, je me trouve heureux d'avoir reçu du Roi l'ordre de

vous l'annoncer.

«J'ai l'honneur d'être, monsieur le baron, avec une considération

distinguée, votre très-humble et très-obéissant serviteur. (Signé:)

marquis de Clermont-Tonnerre.

_P. S._ «Sa Majesté, dont j'ai pris les ordres, vous autorise à vous

revêtir immédiatement des insignes.»

Le général du Casse, comme le plus ancien des maréchaux de camp de la

16e division militaire, remplaçait quelquefois le lieutenant général

commandant à Rouen. Il remplissait cet intérim en 1826, lorsque madame

la duchesse de Berry vint faire un court séjour dans la capitale de la

Normandie. La princesse était accompagnée de son chevalier d'honneur,

le duc de Lévis. On sait que l'illustre et antique maison de Lévis a la

prétention de descendre d'un cousin de la sainte Vierge. Beaucoup de

gens ont entendu parler du tableau exécuté sur les données d'un membre

de cette famille, et où le premier de sa race est représenté parlant à

la sainte Vierge, le chapeau à la main:

«Mon cousin, dit la mère de Notre-Seigneur, couvrez-vous.

—Ma cousine, c'est pour ma commodité.»

A un grand déjeuner auquel assistait madame la duchesse de Berry,

le duc de Lévis se fit attendre. La princesse dit que son chevalier

d'honneur s'était sans doute mis en retard en allant voir la

cathédrale. «Je suis désolé de n'avoir pas été prévenu, s'écria

le préfet, car il aura trouvé les portes fermées.» La princesse

s'associant aux regrets du préfet, le général du Casse se prit à dire:

«Que Votre Altesse royale se rassure, la sainte Vierge saura bien faire

ouvrir une porte à son cousin.»

La princesse trouva le propos plaisant, et, le duc étant arrivé, elle

s'empressa de le lui répéter. M. de Lévis, au lieu d'en rire, parut peu

satisfait.

Deux ans plus tard, au mois de septembre 1828, le Roi vint à Amiens. Le

soir de son arrivée, un grand bal officiel fut donné. Le préfet, chargé

des présentations, voulut nommer à Sa Majesté la baronne du Casse.

«Oh! c'est inutile, dit en souriant Charles X, Mme du Casse est pour

nous une ancienne connaissance.»

Ce disant, il lui prit affectueusement la main, puis, apercevant à

côté d'elle son plus jeune fils, le Roi embrassa l'enfant avec la plus

grande bonté.

Malgré son mérite militaire, reconnu par les divers ministres qui se

succédèrent au département de la guerre, malgré son dévouement à la

branche aînée, le maréchal de camp du Casse vit arriver 1830 sans avoir

été promu au grade de lieutenant général, et cependant ce grade avait

été accordé à la plupart des officiers moins anciens que lui, n'ayant

pas autant de services de guerre, à beaucoup près, et n'étant pas aussi

dévoués aux princes légitimes.

Il faut dire à la vérité que le baron du Casse était peu courtisan; il

ne se montrait jamais au pavillon Marsan. Une seule fois sa femme le

détermina à s'y rendre. C'était au commencement de 1830; des intérêts

de famille importants réclamaient la présence du général dans le

Béarn, son pays natal. Il vint trouver M. le Dauphin et lui demanda

l'inspection générale de Bayonne. Envoyer dans cette ville tel ou tel

maréchal de camp était insignifiant. Au lieu d'accéder à ce désir, le

Dauphin répondit:

«Impossible, impossible, mon cher du Casse; je connais mes devoirs,

voyez-vous; j'ai beaucoup à faire pour les généraux de mon armée du

Trocadéro.»

Stupéfait de ce refus, le baron du Casse dit avec colère au prince:

«Votre Altesse Royale prétend connaître ses devoirs; moi je prétends

connaître mes droits.

«Où étaient donc les généraux de l'armée du Trocadéro, lorsqu'en 1815,

seul, à Toulon, j'exposai mes jours par fidélité à la famille royale?

Il y a quinze ans que je suis maréchal de camp; j'ai conquis tous mes

grades, y compris celui de général, sur les champs de bataille, sous

l'_autre_[11]. Je n'en dois aucun à la Restauration; je ne lui devrai

rien désormais, car je ne lui demanderai jamais rien à l'avenir».

[11] C'est ainsi qu'à la Cour on désignait Napoléon Ier.

Puis, saluant le prince, le général sort, dans un état d'exaspération

qui lui fait pousser, à lui le gentilhomme poli et bien élevé s'il en

fut, l'oubli des convenances au point de frapper les portes avec une

violence telle que les huissiers en demeurent ébahis.

Il venait de quitter le salon du Dauphin lorsqu'il rencontre Mme la

duchesse d'Angoulême.

La princesse, remarquant le visage altéré du général, s'informe avec

bonté du motif de l'exaltation où elle le trouve. Au récit de la scène

qui vient d'avoir lieu, elle l'engage à voir le Roi.

Charles X reçoit le général avec sa bienveillance habituelle et son

sourire accoutumés, mais veut le renvoyer à M. le Dauphin. En vain le

baron du Casse explique ce qui vient de se passer; il ne peut obtenir

du souverain que cette réponse:

«Moi je ne puis rien, je ne me mêle pas des affaires de l'armée.

Adressez-vous à mon fils.

—Sire, dit alors le baron du Casse, l'illustre aïeul de Votre Majesté,

le roi Henri IV, de glorieuse mémoire, se plaçait au milieu de ses

amis et de là il tendait une main secourable à ses ennemis. Votre

Majesté agit différemment. Elle se place au milieu de ses ennemis et

de là elle ne tend même pas une main secourable à ses amis. Je désire

vivement que Votre Majesté n'ait jamais à regretter cette manière

d'agir.»

Là-dessus le général quasi honteux de sa première et unique démarche,

quitte les Tuileries. Il n'y rentra jamais.

Au mois de juillet suivant parurent les ordonnances.

La garnison d'Amiens se composait d'un bataillon du 36e de ligne,

de deux escadrons du 2e chasseurs à cheval, d'un bel escadron de

carabiniers, commandé par un vigoureux et loyal officier, le comte

d'Auberville.

L'émeute grondait sourdement, mais, en présence de l'attitude énergique

du commandant de la subdivision, n'osait éclater. Au bout de peu

de jours, des diligences arrivent de Paris, surmontées du drapeau

tricolore. Les voyageurs en descendent arborant la cocarde tricolore.

Le général fait enlever ces emblèmes et défendre de les porter.

La préfecture, effrayée, demande des troupes pour se garder, des

troupes pour garder chaque poste de la ville. Son habitude de la

guerre fait comprendre au baron du Casse qu'avec aussi peu de monde,

disséminer ainsi ses hommes serait risquer ou de les faire enlever

par les émeutiers, ou de les voir fraterniser. Il refuse net, réunit

son bataillon d'infanterie et ses trois escadrons, avec deux pièces

d'artillerie de campagne qu'il avait sur la place Périgord au centre de

la ville.

Il envoie un officier prévenir le colonel Durocheret, commandant le

24e de ligne au camp de Saint-Omer, qu'il va se retirer à la citadelle

d'Amiens, et que si le général commandant le camp veut, avec ses

troupes, marcher sur Paris, il pourra passer par la capitale de la

Picardie, dont il trouvera les portes ouvertes; et que lui, baron du

Casse, se joindra au commandant du camp avec les forces dont il dispose

pour marcher contre la révolution parisienne.

Puis, se mettant en devoir d'exécuter son projet, le général vient

se placer à la tête de ses soldats, déclarant qu'il va sortir de la

ville et prendre position à la citadelle. Les Amiénois, prêts à se

soulever, comprenant l'importance de retenir prisonnier dans leurs murs

le commandant de la subdivision et ses troupes peu nombreuses, veulent

s'opposer à leur départ; en un instant la petite garnison se trouve

entourée d'une foule armée considérable et hostile, occupant les issues

de la place Périgord.

Le général, en face de la population ouvrière menaçante et prête à

prendre l'offensive, ordonne deux sommations, fait charger ses deux

uniques pièces de canon, puis baïonnettes au bout des fusils, tambours

battant, drapeau blanc déployé, se met en marche par le faubourg

Saint-Leu, faubourg populeux, le Belleville d'Amiens; le passage

s'ouvre, l'immense foule n'ose le disputer.

Une fois à la citadelle, le général fait demander des vivres pour ses

hommes et pour ses chevaux; on refuse de lui en fournir.

On veut le prendre par la famine.

Le baron du Casse envoie un sous-officier dire à la municipalité que:

«Si, une heure après son message, il n'a pas double ration de vivres

pour ses chevaux et pour ses hommes, il brûle le faubourg Saint-Leu,

et, après le faubourg, la ville tout entière, ajoutant que: «Amiens

brûlé, il s'en ira ailleurs avec ses troupes.»

Comme on le savait homme à exécuter sa menace, à l'heure dite, on

s'empressa de lui fournir tout ce qu'il voulut, et la ville tenue en

respect par la citadelle, resta calme.

Le général se maintint plusieurs jours en position, attendant l'arrivée

du camp de Saint-Omer pour marcher sur Paris; le camp ne donna pas

signe de vie en temps opportun.

Les événements se succédaient avec rapidité, Charles X était en marche

vers Cherbourg. La révolution triomphante s'apprêtait à faire succéder,

à la lieutenance générale légitime, la monarchie usurpatrice.

Le contre-coup de ces malheurs se faisait sentir en Picardie. Quelques

sous-officiers du régiment de chasseurs à cheval voulaient arborer la

cocarde tricolore.

Le général l'apprend, réunit ses troupes, déclare «qu'il vient d'écrire

à Paris pour demander sa mise à la retraite; qu'aussitôt relevé de son

commandement il le remettra entre les mains du plus ancien officier

supérieur, mais que, tant qu'il l'exercera, ce sera au nom du roi

Charles X, et qu'il ne fera pas flotter dans sa subdivision un autre

drapeau que le drapeau blanc.»

Toutefois il autorise les quelques hommes qui le demanderont à quitter

individuellement la cocarde blanche, mais en s'éloignant de leur corps.

Deux ou trois sous-officiers seulement quittèrent leurs camarades.

L'intention du général du Casse de remettre son commandement aux mains

d'un officier supérieur de la garnison fut vite connue dans la ville.

L'administration préfectorale légitime avait disparu. La cité était

à la merci d'une garde nationale, mal intentionnée et inintelligente

comme toutes les gardes nationales. Les habitants paisibles, effrayés

à l'idée de la retraite du baron du Casse, vinrent en députation le

supplier de revenir dans la ville avec la garnison. Il y consentit à la

condition expresse de rentrer à son quartier général avec les couleurs

blanches. Ainsi fut fait. Le drapeau blanc flottait encore sur les

monuments d'Amiens, alors que le duc d'Orléans avait déjà escaladé les

marches de son trône bourgeois.

Enfin le _Moniteur officiel_ du 20 parut, avec la réponse à la

demande de retraite du baron du Casse sous forme d'ordonnance

de Louis-Philippe, qui mettait à la réforme le commandant de la

subdivision de la Somme, ainsi que plusieurs autres officiers connus

pour leur dévouement à la branche aînée.

Le chevalier Christiani, maréchal de camp, fut envoyé à Amiens par le

nouveau gouvernement.

Néanmoins Louis-Philippe, suivant en cela la conduite maladroite

commune à tous les souverains, était disposé à faire beaucoup pour

rallier un ennemi aussi déclaré que le baron du Casse. Les princes

s'imaginent modifier les convictions; ils abaissent les caractères,

et voilà tout. Quoi qu'il en soit, le général fut prévenu que, s'il

voulait demander à reprendre du service, il ne tarderait pas à être

promu au grade de lieutenant général.

En même temps, une députation d'Amiénois, de toutes les conditions,

vint le prier de permettre à la ville d'adresser au nouveau roi une

pétition pour que son commandement lui fût conservé. Il refusa.

«J'ai depuis quinze ans, dit-il, après avoir juré fidélité en 1814 à la

branche aînée, tenu religieusement mon serment; je n'irai pas, sur la

fin de ma carrière, chanter la palinodie. Ce que fait la ville d'Amiens

me touche profondément; mais je ne saurais accepter son offre; j'ai

droit à ma retraite; je la prends.»

Le général du Casse demeura peu de temps à Amiens. N'ayant pour toute

fortune que sa retraite de cinq mille francs, il n'avait pas de quoi

vivre d'une manière convenable dans une ville où il avait occupé la

première place.

Il se rendit d'abord auprès de son beau-frère M. de Villeneuve-Busson,

puis se retira près de Bayonne, son pays natal, dans un petit village

nommé Saint-Pierre d'Irube. Là, malgré la modeste existence que

son faible revenu le forçait à mener, sa situation personnelle,

considérable dans le parti légitimiste, le mêla à tous les événements

importants dont la frontière d'Espagne fut le théâtre, pendant la

guerre qui éclata dans le nord de la péninsule ibérique, après la mort

de Ferdinand VII.

Le baron du Casse mourut en 1836, laissant deux fils. L'un Hermann,

alors lieutenant-colonel du 5e de Navarre dans l'armée carliste, est

mort en 1870, après avoir occupé divers postes dans la diplomatie

française; l'autre, Albert, officier d'état-major à l'époque dont nous

parlons, aujourd'hui conseiller à la Cour des comptes, a épousé, en

1841, la fille du lieutenant-général Jean-Baptiste Girard, créé duc de

Ligny après Waterloo, dont il n'a eu qu'un fils:

L'amiral Du Casse, Chevalier de la Toison d'Or (1646-1715) Étude sur la France maritime et coloniale (règne de Louis XIV) · 第 21 / 35 题