«Ah! que cette journée passe lentement! Il est des minutes où je me sens
lâche... je voudrais crier. Eh bien! non, je ne crierai pas, je ne
pleurerai pas... Que d'autres enfoncent dans leur poitrine leurs ongles
qui s'ensanglantent: moi, je veux être le Spartiate dont le renard
dévorait les entrailles... je compte ses griffes qui fouillent dans mes
viscères... et je ris! oui, sur mon âme, je ris, heureux de
l'_effroyabilité_ de ma souffrance. Tant mieux, par l'enfer! Crispe-toi
dans les angoisses, ô mon âme! Chacun de ces plis, sillons creusés par
la douleur, restera comme une ligne de plus au livre des souvenirs!...
Et quels souvenirs!
«Nage dans cet océan de désespoir. N'oublie rien. Songe à ces serrements
de main, songe à ces regards échangés, songe à son _espoir_ à lui, à sa
_crainte_ pudique à elle... songe... mais songes-y bien... que dans
quelques heures la nuit viendra... tu sais ce que cela signifie, mon
âme. Repais-toi de cette attente... prépare-toi... car je ne te ferai
pas grâce d'un seul de leurs baisers...