Si la procedure
De ce nouveau directeur
Fait quelque rupture,
D'un delire par malheur,
Il n'en a plus de soin,
Puisqu'il n'espère point
De le pouvoir par bandage
Faire sage, faire sage,
Comme il a besoin.
A tant ma Musette,
Sur un air harmonieux,
Dit à son poëte
Les points les plus curieux.
Le barbier et ses gents,
En bien peu de moments,
Pourront voir icy la liste
Creteniste, creteniste,
De leurs instruments.
[Note 269: Le mot usuel en médecine étoit _brayer_. C'étoit
une invention très-ancienne. V. Du Cange, au mot _bracca_.
Les _brayers_ étoient d'acier. On en donnoit pour rien,
chez les Grands-Augustins, aux pauvres gens attaqués de la
_hergne_.]
* * * * *
_Aux Dames de l'oraison faite au Puy, et se chante partout._
A la minuit se coucher d'ordinaire,
Après avoir ensemble fait grand chère,
1 Beu des santés et fait le reveillon,
Est-ce le fruit qu'apporte l'oraison?
On fait intrigue, on cajole, on se moque,
2 Le double sens nullement ne vous choque,
Vous en riez, et le trouvez fort bon:
Est-ce le fruit qu'apporte l'oraison?
Vous vous piqués d'une belle conqueste,
3 Et tous les soirs vous les passez en feste,
Vous épuisez le sçavoir de Crepon[270]:
Est-ce le fruit qu'apporte l'oraison?
Le directeur vous presche penitence,
4 Monsieur Tenant en crie à toute outrance,
Pourtant tousjours on vit de la façon:
Est-ce le fruit qu'apporte l'oraison?
Vous accordez de si belle manière
5 Le monde, Dieu, le plaisir, la prière,
Qu'il n'en est point de si bon compagnon
Qui ne voulust ainsi faire oraison?
Je pourrois bien dire quelque autre chose,
6 Mais par respect je me tais ou je n'oze,
Car je veux croire, après cette leçon,
Que vous ferez un peu mieux l'oraison.
[Note 270: C'est le meilleur pâtissier du Puy. (_Note de
l'auteur._)]
Si quelqu'un est curieux d'avoir une plus grande lumière sur les
points de pratique qui ne sont que touchez et indiquez plustot
qu'expliquez et prouvez dans cette introduction, il pourra voir
quelques autres petits traitez qui ne sont encore qu'escrits et
qui sont entre les mains de ceux qui ont desiré d'avoir une plus
parfaite connoissance du procedé de la caballe par leurs actions
particulières, comme sont:
1º L'Entrevue et la Conference des Hermites de Beaunan et du
Mont-Cindre, voisins de Lyon;
2º Les Rapports d'une extrême opposition dans la chose,
nonobstant l'affinité des noms du cretenisme et du
christianisme[271], rangez en deux colonnes par thèses et
antithèses;
3º Les Rapports de ressemblance entre les illuminez d'Espagne,
qui parurent l'an 1623, à Seuille et Cadix, dont les auteurs
y furent brulez, et les illuminez de Lyon en ce temps par les
propositions de ceux-là, et les pratiques et actions de ceux-ci
opposées et confrontées en deux colonnes;
4º L'Apologie de la nouvelle caballe, où il est respondu aux
principales accusations dont on la charge;
5º La docte et ingénieuse lettre d'un veritable chanoine de
Saint-Just à un de messieurs de Sorbonne sur le sujet des
nouveaux illuminez de Lyon;
6º L'Addresse methodique pour decreteniser un esprit et
detacher de corps un membre qui n'est ny ensorcellé ny tout
à fait encore depourvu de raison, attendant une plus ample
declaration du tout, dans l'oeuvre burlesque de la boutique du
cretenisme et dans le serieux de l'anatomie, ou dissection de
la nouvelle caballe, sous le pretexte specieux de l'oraison
mentale, partagée en trois sections, dont la première traitte
et prouve par raison et par exemple une douzaine de ses maximes
principales; la deuxième, de mesme le secret et la fin où vise
la caballe[272], qui, estant la première dans le dessein qui
est l'ordre de la pretension, ne paroistra néantmoins que la
dernière en effet dans l'ordre de l'execution quand le mal sera
plus fort que le remède; la troisième traitera de l'esprit de la
caballe, qui agit et meut diversement tout le corps, selon les
divers usages qu'il fait de ses membres differents pour abboutir
et arriver au but où tout cet appareil conspire d'une haleine...
[Note 271: L'affinité de _chrétien_ et de _crétin_, donnée
ici pour rire, est cependant sérieuse. Le second n'est
qu'un dérivé du premier. F. Génin, à qui ce rapport ne dut
pas déplaire, l'a constaté longuement avec une complaisance
toute voltairienne dans ses _Récréations philologiques_,
t. II, p. 163-165; et récemment, un journal d'une opinion
différente, la _Revue d'économie chrétienne_ (février
1862), consacroit ainsi cette étymologie, en faisant valoir
ce que, sous son apparence ridicule, elle a d'édifiant:
«L'origine du mot _crétin_ est à la fois curieuse et
triste. Fodéré a démontré dans un traité spécial (Turin,
1792), qu'il dérive du mot chrétien. Ils sont en effet
pauvres d'esprit, incapables de pécher; et les populations
du moyen âge, pleines de foi, confiantes dans la parole du
Seigneur qui leur dit: _Beati pauperes spiritu_, adoptoient
avec charité et se faisoient un bonheur de recevoir à
leur foyer ces pauvres déshérités de l'intelligence,
mais prédestinés au ciel, choisis pour être bienheureux,
en un mot chrétiens par excellence.» V. aussi, dans les
_Annales du Bibliophile_, t. I, p. 22, un curieux article
de M. Anatole de Montaiglon sur _le nom du poëte Guillaume
Crétin_.]
[Note 272: V., sur la _Cabale_ de ces _illuminés_
d'Espagne, nos t. I, p. 115, et IX, p. 280.]