Je ne recherche point le sable de Pactolle,
Ny l'arène de Gange ou bien l'or de Cresus,
Ny moins les grands tresors de l'un ou l'autre polle.
Mais je cherche plutost le mirouer des vertus.
O precieux mirouer qu'entre tous biens j'estime,
Que l'on voit de thresors et de riches moyens
Au travers de la glace où la vertu domine,
Plus precieux cent fois que ceulx des Indiens.
Celuy quy maria les lettres à l'espée,
Ce puissant empereur, la terreur des meschants,
Mesprisa les joyaux de parure jaspée
Et chercha la vertu jusqu'à fin de ses ans.
Je ne dy point heureux les enfants de fortune
Qui souvent en grandeur se voient eslevez,
Car, voisinant le ciel, ils imitent la lune,
Nuageant leurs esprits de mille vanitez.
Avons-nous rien plus cher au monde avec la vie
Qu'un honneur bien acquis au champs de la vertu,
Affin que la memoire en demeure infinie
A ceux quy nous suivront par ce sentier battu.
Doncques en quelque lieu où le sort nous attire,
Ne nous mecognoissons après des biens acquis;
Et plus nous sommes grands, petits il nous faut dire,
Car c'est l'honneur des grands de se dire petits.
Toujours l'humilité rend de la gloire aux hommes,
Plus que s'ils recherchoient la gloire ambitieux:
Car on n'estime point, en ce siècle où nous sommes,
Ceux quy pour leurs estaz se rendent glorieux.
J'ay autrefois apprins ce regime de vivre
D'un des galants esprits quy soit de nostre temps,
Et lors je le priay me permestre de suivre
Sous l'aisle de son nom les beaux enseignements.
Il ne m'eust pas si tost donné cette licence,
Que j'allay rechercher les Muses pour appuy,
Quy, m'ayant donné part à leur juste science,
Me firent pratiquer ces preceptes de luy.
Depuis j'ay recherché les sylvestres boccages
Et les lieux plus affreux des deserts ecartez,
Où j'ay plus exercé mes coustumiers ouvrages
Que les renseignements que j'avois emportez.
Ces lieux que la frayeur et l'horreur accompagne
M'ont avec eux tenu prisonnier pour un temps,
Ma Muse m'assistoit, et, fidelle compagne,
De mes afflictions appaisoit les tourments.
Je m'estois là banny, d'un exil volontaire,
Pour ne voir plus commestre en France tant de maux,
Et lorsque je pensois n'avoir plus de misère,
Ce fut alors que fus plus remply de travaux.
Car estant esloigné de nos plaines gauloises,
Une peur me saisit de ne les voir jamais,
Si bien que j'aymay mieux vivre parmy leurs noises
Que de porter ailleurs de leurs troubles le faix.
Car en estant absent j'enduray plus de peyne,
Que present au milieu de ses plus grands effrois,
Voire qu'il me sembloit mon absence estre vayne,
Et que je supportois le faix de leurs abbois.
Je quittay donc pour lors la sylvestre demeure
Où les nymphes faisoient ordinaire sejour,
Pour venir dans Paris chercher à la mal'heure
Le sujet de donner à mes carmes le cours.
Je voulus delaisser les manoirs de plaisance,
Pour venir à Paris recevoir des douleurs;
Mais je n'y fus plus tost que je maudis la France,
Et deploray cent fois ses sinistres malheurs.
Il semble que le Ciel la destine à produire
Un tas de malheureux pour le jouet du sort;
Quy, ne cherchant sinon ce quy leur pourra nuire,
Reçoivent pour guerdon[127] une exemplaire mort.
Je n'allegueray point pour preuve de mon dire
Ce foudre des combats, cest ennemy de peur,
Quy, cherchant son meilleur, ne trouva que son pire,
Et mourut pour chercher aux enfers plus d'honneur[128].
Après que Thomiris eust de Cyrus la teste,
Elle l'a feit plonger dans un vaisseau de sang;
Et ce fier boutefeu[129], au milieu des tempestes,
Cherche pour s'assouvir avec Cyrus son rang.
Mais quoy? si le Ciel veut tant malhourer la France,
Ce n'est pas pour tollir aux hommes la raison:
Nous avons tous acquis avecque la naissance
Un sens pour refrener l'humaine passion.
La France n'en peut mez, c'est l'humaine nature
Quy fragile en ses faicts, ne se mesure pas,
Et si quelqu'un feut mal, c'est raison qu'il endure
Pour son crime commis un horrible trespas.
Il y a des mortels quy font les autres sages,
Car chacun ne peut pas suivre un mesme sentier:
Les uns naissent posez et les autres volages,
Mais le premier mechant rend sage le dernier.
La France se voyant, trop plongée aux delices
Pour avoir son support sur un Mars belliqueux,
Delaissoit la vertu pour se donner aux vices,
Mais ce Mars la corrige au bien de nos nepveux.
Comme on voit le soleil s'obscurcir par la nue,
Pour devenir après éclatant à nos yeux;
Ainsy la France estant de tous ses vices nüe,
Se rendra plus celèbre et louable en tous lieux.
O! que si ces mondains avides de richesses
Eussent consideré, armez de la raison,
Que le Ciel, quy voit tout, descouvroit leurs finesses,
Ils n'eussent pas brassé si grande trahison.
Mondains quy s'enyvrez des richesses du monde,
Allez, suivant les pas de vos predecesseurs;
Apprenez que celuy quy aux grandeurs se fonde,
Se va précipitant au gouffre des malheurs.
Si j'osois exprimer combien j'ay de constance
Pour resister au choc du monde et des thresors,
Je me pourrois vanter d'estre Phenix de France,
Nay contre les assaults de tous mondains efforts.
Ce quy plus m'estonna après mon arrivée,
Fut ce nouveau Narcys de luy-mesme amoureux.
Quy, se précipitant dedant l'onde agitée[130],
N'embrassa que la mort qu'il cherchoit malheureux.
Sa fin fut bien semblable à celle de Narcisse;
Toutefois leurs humeurs ne sympathysoient[131] pas:
L'un estoit vertueux, l'autre rempley de vice;
Bref, l'un estoit Adon, l'autre Pausanias.
L'un, amoureux de soy, se miroit dedans l'onde,
Et, se jettant après ce qu'il aymoit le mieux;
Il perdit le plaisir qu'il esperoit au monde
Et le contentement qu'il cherchoit en ces lieux.
L'autre, voulant chercher de Pactolle le sable,
Se jetta dans les flots contre luy courroucez;
Quy, luy donnant la mort à Narcisse semblable,
Rejettèrent son corps, de le garder lassez[132].
O piteux accident! quelle mort, je vous prie,
Plus cruelle cent fois, avoit-il merité?
Las! que ne fut-il prins encore plein de vie,
Afin d'estre puny de sa desloyauté.
Nul genre de tourment, supplice ny torture,
N'est encore assez grand pour punir les mondains
Quy cherchent comme luy la vicieuse ordure,
Et trament malheureux de semblables desseings.
O ciel, que ce mignon se devoit bien conduire,
Après la digne charge où on l'avoit admis[133];
Mais, second Phaeton, à son bien voulut nuire,
Et tomba dans le sein de l'humide Thetis.
Helas! s'il eust appris au mirouer de bien vivre,
Un bon enseignement pour se bien gouverner,
Chacun l'eut imité, chacun l'eut voulu suivre,
Et chacun un beau los[134] luy eust voulu donner.
Un peu de temps après sa cheute memorable,
Je voulus, pour bannir ce souvenir de moy,
Chercher un pourmenoir plaisant et agreable,
Et entre autre j'allay dans les jardins du roy.
C'estoit au mois d'avril[135], lors que Flore nous envoye
Ce qu'elle a de plus beau dans son sein precieux,
Lorsqu'on entend Progné quy pour Ithis larmoyé,
Et qu'on voit les pasteurs sauter à qui mieux mieux.
Je ne fus pas si tost au Parc des Thuilleries[136]
Qu'un nocturne hibou et deux corbeaux hideux,
Assistez de serpens et d'affreuses harpies,
Criant, sifflant, hurlant, furent devant mes yeux.
Je laisse croire à ceux quy ont veu telle chose,
Si ceste vision me donna la frayeur;
Mais ce ne fust pas tout, et ne scay comme j'ose
Raconter seullement la moitié de ma peur.
Comme ces noirs couriers du palais de ténèbre
Eurent autour de moy voltigé plusieurs fois,
Le ciel fust obscurcy, et la trouppe funèbre
Des esprits ensouffrez heurloit à haulte voix.
Si jamais j'avois cru un eternel suplice
Destiné aux enfers pour punir les mechants,
C'estoit lors qu'englouty dans ce noir precipice,
J'entendis tant de cris et de gemissements.
Ce ne fut pas la fin, car, après tant de plaintes,
Un umbre m'apparut qui me cria ces motz:
Mortel, n'aie point peur, mais ecoute mes plaintes,
Et retourne jouyr du gracieux repoz.
Je suis cil que Fortune à la roüe inconstante
Esleva pour un temps en grande dignité,
Quy, se jouant de moy, me donnoit une attente
Quy nourrissoit mon coeur en la mundanité.
Sçache que j'ay vescu au monde peu d'années,
Et qu'après y avoir acquis un peu de biens,
J'ay mechant entreprins de secrettes menées
Quy m'ont faict tresbucher aux creux Tenariens
Ce fut l'ambition qui causa ma ruine,
Et les tourmens cruels que j'endure icy bas;
Je m'apparois à toy, que la raison domine,
Affin de te servir de mon triste trepas.
Las, combien dy je alors à cette ame maudicte
Tu ressens de tourmens pour t'estre mal conduict;
Mais quy faict qu'en ce lieu torturé tu habites,
Et que ton dur tourment tu m'as icy desduict?
Ces lieux, me respond-il, comme proches du Louvre
Où j'ay faict autrefois tant de tort à mon roy,
M'ont esté designez, affin que par là j'ouvre,
Et m'en ressouvenant, la bonde à mon esmoy.
Et je te dy quel est le tourment que j'endure,
Afin que, vray tesmoing, tu le conte aux humains:
Qu'ils se representent le mal quy me torture,
Ils ne trahiront pas leurs princes souverains.
Combien maudy je, helas! le jour de ma naissance,
Le temps que j'ay vescu et le jour de ma mort!
Je maudy mille fois les honneurs de la France,
Et les biens qu'on acquiert soubz le pouvoir du sort.
Que ne suis-je avorté au ventre de ma mère,
Ou jeune que ne fus-je englouly par un lyon,
D'un tygre ircanien, bref qu'une beste fière
Ne coupa le chemin à mon ambition.
Plustost, plus tost que d'estre aux Enfers plein de rage,
Torturé pour jamais de fouet et de marteau,
Je vy, je meurs vivant, et sans cesse j'enrage,
Le chef environné de mille couleuvreaux.
Maudite mille fois ceste race espagnolle[137],
Quy m'avoit suscité à ceste ambition.
Va, mortel, les tourments m'enlèvent la parolle;
Souviens-toy seullement qu'elle est ma passion.
A ces mots il se tut, et la bande infernalle
A l'instant avec luy se perdit de mes yeux,
Et chacun d'eux hurlant dans un grotton devalle[138],
Me laissant estendu demy-mort en ces lieux.
Jamais pauvre nocher, échappé du naufrage,
Ne fut plus rejouy se voyant à bon port,
Que je fus de me voir hors d'une telle rage,
Où l'on vit en mourant d'une eternelle mort.
J'estois si etonné que je ne saurois dire
En quelle forme estoit cest esprit malheureux;
Seullement il suffit que j'ay veu le martyre
Quy le suit eternel aux enfers tenebreux.
J'estois tout englouty au milieu des fumées,
Des souffres et aluns quy le vont tous bruslants;
Les canons, les mousquets, quy tomnent aux armées,
Ny la crainte des coups, ne m'etonneroient tant.
Considerez, mondains, je vous prie, la peyne
Qu'endure maintenant ce mane[139] des enfers;
Gardez-vous de chercher une semblable chesne
Et de vous enchaîner en de semblables fers.
Helas! c'est un grand faict que la fortune tente
Les mondains, plus jaloux d'honneur que de vertu,
Et frustre bien souvent l'ambitieuse attente
Qu'ils ont de surmonter sans avoir combattu.
J'entends d'avoir gaigné par moyen illicites,
Et n'avoir aspiré qu'aux charges et grandeurs,
Indignes toutes fois d'avoir faict ces poursuittes
S'ils n'ont eu la vertu d'acquerir ces honneurs.
Vertu, dy-je, d'où vient ce tiltre de noblesse
Quy nous rend d'un chacun estimez et cheris,
Plus que d'avoir acquis cest honneur par richesse,
Et la richesse encor par malheur mal acquis?
Alexandre n'est plus, helas! je ne m'estonne
S'il n'a qu'un successeur en science et valeur,
Alaité de Palas et chery de Bellone;
Car en ce temps l'on est de vertu amateur.
Ce prince macedon veit entre les despouilles
Du puissant Darius des parfums de grand prix,
Et, se mocquant, disoit: «Il musque ses quenouilles,
Et moy, je chéris plus d'Homère les escripts.»
Voulant dire son coeur estre plus heroïque
D'aimer mieux la vertu que l'arabique odeur,
Quy servoit à musquer de Darius la picque,
Car il aimoit Homère example de malheur.
Je sors à mon avril encore de l'étude,
Et à peine vingt fois ay-je veu le printemps[140];
Mais si ay-je cherché maintes fois l'habitude
De passer par vertu le reste de mes ans,
Lorsque, dissuadé en mainte et mainte sorte,
Je voyois avec moy ung nombre d'escoliers
Estudier pour se mestre en l'epoisse cohorte
De ceux quy n'ont suivy les vertueux sentiers.
Le temps, le temps n'est plus qu'on mettoit la jeunesse
Au chemin de vertu pour suivre les prudens;
Celuy-là quy se croist estre issu de noblesse
Ne recherche aujourd'huy rien que le cours du temps.
O cours trop corrompu et semé de malice!
Helas! que ceux quy vont poursuivant les honneurs,
Poursuivent, malheureux, d'imprudence et de vice,
Pour se voir en un coup accablé de malheurs.
Je scay que la plus part de ceux quy estudient
Cherchent, ambitieux, un chemin d'estre grands:
L'un aspire aux estats et les autres se fient
En leurs biens quy les font à jamais ignorants.
* * * * *
Si l'hoste eust recherché, ce mignon dont je traicte,
Un moyen vertueux pour parvenir un jour,
Helas! il n'eust pas faict aux enfers sa retraicte,
Ains bienheureux seroit au celeste séjour.
S'il eut, s'il eut suivy de son maistre la piste,
Il n'eut pas convoiteux entreprins tel me faict;
Mais il ne savoit pas en quoy l'honneur consiste
(Bienheureux celuy là quy pour son bien le scait).
Il a seul entrepris contre l'estat de France,
Et seul pour cest effect il le pace là-bas.
Je dy depuis son règne ou bien sa cognoissance,
Car du passé plus loing je ne parleray pas.
Que son maistre a regret qu'une ame si mechante
Aye pris nourriture un temps en sa maison:
Mais souvent mauvais fruict sort d'une bonne plante[141],
Et se n'en doibt partant facher outre raison.
Revivez, personnage ou la France s'appuie;
Ne vous contristé plus d'un si fresle subject,
Mais cherchez les moyens d'egayer vostre vie,
Si vous voulez bannir des François le regrect.
Ils n'ont un tel esmoy que de vous voir en peyne
Pour un mal que vous seul pouvez consolider;
Bannissez donc de vous se soucy quy vous gehêne,
Et pour aider l'Etat soignez à vous aider.
Si vous faictes ce bien maintenant à vous-même,
Ce sera desormais pour le bien des François.
Le roy vous en requiert, et, vous aimant, il ayme
Celuy que ses ayeulx ont chery autrefois.
Si mes vers m'ont permis de vous faire cognoistre
Le tourment que j'avois de vostre affliction,
Pardonnez à celuy que le Ciel a fait noistre
Pour vous rendre certain de son affection.
Ma Muse m'a requis ce dernier exercice,
Qu'elle m'a suscité de faire tout en vers;
Je ne luy ay voulu refuser ce service
Bien que son vouloir fust à mon desseing devers.
[Note 127: Salaire, récompense.]
[Note 128: Allusion au maréchal de Biron, décapité deux
ans auparavant. Laffemas, qui devoit être un si rigoureux
exécuteur des justices de Richelieu, ne devoit qu'applaudir
à l'une des rares mais terribles sévérités d'Henri IV.]
[Note 129: C'étoit le nom qu'on donnoit volontiers aux
gens en révolte. Des rebelles qui ravagèrent la Champagne
pendant le règne de François Ier avoient été appelés ainsi.
V. _Chron, de France_ publiée par G. Guiffrey, p. 39.]
[Note 130: Nous avons dit que Loste avoit été trouvé noyé
dans la Seine.]
[Note 131: C'est l'emploi le plus ancien que nous
connoissions de ce mot, qui semble beaucoup plus moderne.]
[Note 132: Le corps de Loste, quand il eut été, non pas
rejeté par les flots, mais repêché, fut apporté à Paris,
et mis à la basse-geôle ou _Morgue_ du Châtelet, «où, dit
l'Estoille, (t. II, p. 367), chacun par curiosité l'alloit
voir.»]
[Note 133: Nous avons dit qu'il étoit commis principal de
Villeroy.]
[Note 134: _Los_, louange.]
[Note 135: Loste fut trouvé dans la Seine le 24.]
[Note 136: Les Tuileries étoient alors réellement un parc,
avec garenne, etc. V. le _plan_ de Gomboust. Une rue, comme
on sait, séparoit ce parc du château, ce qui faisoit dire
à Claude Le Petit dans son _Paris ridicule_, en parlant du
jardin:
Mais d'où vient qu'il est séparé,
Par tant de pas, du domicile?
Est-ce la mode en ce séjour.
D'avoir la maison à la ville
Et le jardin dans les faubourgs?
Il étoit naturel que le jeune Laffemas fît sa promenade
ordinaire aux Tuileries. Son père avoit ses principales
plantations de mûriers à l'hôtel de Retz, dont la place
Vendôme occupe aujourd'hui le terrain. Dans les Tuileries
même il avoit aussi des plantations et _magnanerie_. V. t.
VII, p. 308-310, note.]
[Note 137: Nous avons dit que Loste conspiroit avec
l'Espagne.]
[Note 138: Il y avoit en effet dans le jardin des Tuileries
une grotte «en terre cuite esmaillée» que Bernard Palissy
avoit «encommencée» en 1570 par les ordres de la reine
mère, et qui devoit exister encore en 1604. V. un article
de M. Eug. Piot, et un autre de M. Champollion dans le
_Cabinet de l'Antiquaire amateur et de l'Amateur_, t. I, p.
71-72 et 277.]
[Note 139: C'est la première fois que je trouve ce mot
_mane_ employé au singulier. Ronsard l'avoit mis en faveur,
mais ne s'en étoit servi qu'au pluriel. Le premier il avoit
dit dans les _Amours_, 172e sonnet:
O nuit, ô jour, ô _manes_ frygiens!
et Muret, son commentateur, avoit fort applaudi à ce
néologisme. «Il faut, avoit-il dit, naturaliser et faire
françois ce mot latin _manes_, veu que nous n'en avons
point d'autre.» _Commentaire sur les Amours de Ronsard_,
Paris, 1553, p. 205.]
[Note 140: D'après ce vers, où Laffemas déclare qu'en
1605 il avoit à peine vingt ans, il seroit né en 1584, et
non pas en 1579, comme on l'a dit partout. Après l'avoir
fait naître cinq ans trop tard, on l'a, par compensation,
fait mourir au moins deux ans trop tôt. La _Biographie
Universelle_ donne pour date à sa mort l'année 1660, la
même où sa mazarinade _Le Frondeur désintéressé_ nous l'a
montré dans toute la verdeur de son esprit; or, on voit
dans le _Journal du Parlement_, que Laffemas, redevenu
maître des requêtes, fut accusé, dans l'audience du
19 juillet 1662, d'avoir remis les sceaux à un commis
de Guénegaud, ce qu'il avoua séance tenante. (Moreau,
_Bibliog. des Mazarinades_, t. I, p. 425.)]
[Note 141: Ceci est dit pour justifier le maître de
Loste, M. de Villeroy, qu'on accusoit d'être aussi un peu
Espagnol, et à qui même le roi le dit un jour en riant.
L'Estoille, t. II, p. 568. _Le Soldat françois_, qui venoit
de paraître, avoit en particulier donné quelques atteintes
sur les menées du ministre avec l'Espagne.]