Cithariste, le même auteur va les dissiper. Il nous dit que c'est
dans le pays de Camatulliens, liv. 3. cha. 4 _Regio Camatullicorum_.
Il n'est pas un seul écrivain qui place les Camatulliens à l'Ouest de
Toulon. Le promontoire Zao et son port _Cithariste_ ne peuvent donc
se trouver ni à la Ciotat, ni à Ceireste, ni au Bec de l'Aigle, ni au
cap de la Croisette, ni à aucun autre lieu entre Marseille et Toulon.
Tous les écrivains, par contraire, placent les Camatulliens à l'Est de
cette dernière ville. Les commentateurs même de Pline dans la belle
édition in-4.° disent expressément dans la note 45.e du
4.e chapitre: que les Camatulliens occupaient la contrée qui
est renfermée depuis la plaine de Toulon jusqu'au golfe de Grimaud,
voisin du lieu appelé de nos jours Ramatuelle, dont le nom, selon le
P. Hardoin, a une grande conformité avec celui de Camatellans. En
effet, de _Rama_ on a fait Rame, Ramer; de même le mot _camatos_ en
grec signifie travail dur et pénible. Le pays des Camatulliens ne peut
donc être qu'à l'Est de Toulon, c'est-à-dire depuis le terroir de
cette ville jusqu'aux environs du golfe de Grimaud. Bouche confirme
le même sentiment: les Camatulliciens, dit-il, étaient, depuis Toulon
jusqu'à S.t-Tropez. Or puisque de toute la côte depuis
Toulon jusqu'à Ramatuelle il n'y a pas de port, ni de promontoire à
qui les noms de Zao et de Cithariste puissent convenir mieux qu'au cap
Cicia et à son port, et qu'on ne trouve rien qui puisse non-seulement
nous donner le moindre doute qu'un autre lieu ait jamais porté ces
noms; mais encore qui présente le moindre des caractères que nous
avons reconnus au cap Cicia, nous assurons, sans crainte d'errer, que
ces noms ne conviennent qu'au cap Cicia et au port de Toulon. Nous
voilà donc parvenus à des données qui sont plus que conjecturales sur
l'Origine de Toulon, sur son nom ancien et celui de son port.
Cette discussion, à laquelle j'ignore si quelqu'un de mes devanciers
s'est livré, jette un grand jour sur la fondation de cette ville,
et donne un nouveau poids au vieux M. S. de nos archives dont j'ai
parlé plus haut. Voyant à présent que ce qu'il renfermait de moins
croyable sur Toulon est devenu presque une certitude, je vais rapporter
fidèlement ce qu'il nous dit sur sa fondation, bien persuadé qu'on ne
m'allèguera rien qui puisse le contredire victorieusement.
[Sidenote: Arch. com. grand rép.]
«Toulon fut fondé par les _Camatallans_ ou _Camatulliens_ gens de
la haute Allemagne qui abordèrent dans ce port sous la conduite de
Talamon, avant la guerre de Troye; la beauté du port, l'abondance et la
bonté des eaux qu'ils rencontrèrent au voisinage de leur débarquement,
joints à la commodité d'une grande forêt, la douceur du climat et
l'étendue de la plaine, déterminèrent ces aventuriers à y établir leur
demeure avec d'autant plus de confiance, qu'ils ne doutaient pas que
leurs dieux Oreste et Pilade ne les y eussent conduits ... à peine les
habitans de cette nouvelle ville eurent-ils commencé à cultiver les
terres, que les Anatalans ou Anatalliens les attaquèrent et brûlèrent
leurs maisons avant que deux siècles se fussent écoulés.»
[Sidenote: Pline in-4.° liv. 3. c. 4. not. 33.]
Quelques critiques souriront peut-être de voir paraître des Anatalans
après les Camatalans; mais leur surprise cessera s'ils considèrent que
Pline nous parle encore de ce peuple dans le même chapitre et qu'il
nous apprend qu'il occupait la rive méridionale de la Durance. Il est
assez naturel que des peuples aussi rapprochés se soient fait la guerre.
[Sidenote: Arch. com. grand rép.]
Ce même M. S. rapporte qu'après la destruction de Troie, quelques
fugitifs abordèrent à Toulon, et qu'ils réparèrent la ville. Le rivage
de la Coubué est appelé dans les écrits les plus anciens de la commune,
_port des Troyens_.
Les Phocéens, qui connaissaient la côte méridionale de la Provence par
les rapports de commerce qu'ils avaient eu avec les naturels du pays,
vinrent y établir diverses colonies et ne formèrent qu'un même peuple
avec les premiers habitans qu'ils civilisèrent.
[Sidenote: Arch. M. 8.]
Fario se fixa à Toulon où il construisit la tour de Taurentum qui donna
son nom à la ville, parce qu'elle fut dès lors sa principale défense.
Dans les guerres nombreuses que Toulon eut à soutenir contre les
Latins, les Celtes, les Francs, les Liguriens et autres, il fut
plusieurs fois détruit et brûlé, et toujours on le vit peu de temps
après renaître de ses cendres.
Les malheurs de cette ville se prolongèrent jusques vers la fin du
règne de François I.r qui, par les fortifications dont
il l'entoura, sut lui procurer l'avantage de dissiper ses alarmes
continuelles et de goûter les douceurs d'une paix durable qui ne fut
depuis que rarement troublée.
Tel est le résultat de mes recherches sur l'Origine de Toulon. Si elles
sont conjecturales quelquefois, quelquefois aussi elles s'approchent de
la certitude. J'aurai atteint mon but, si elles peuvent contribuer à
fournir à un autre écrivain plus habile le moyen de jeter sur ce sujet
une plus vive clarté et de débrouiller ce qui reste d'obscur dans nos
premières annales.
Peu jaloux de mon opinion, j'applaudirai le premier à celui qui en
émettra une autre dont les preuves seront plus victorieuses.
[Footnote 1: Dans ce moment on vient de m'en présenter une trentaine
qui viennent par cette voie, elles sont plus ou moins bien conservées;
mais toutes du Haut Empire.]
[Footnote 2: Ce faubourg était au nord de la ville où il y avait en
1500 un moulin qui portait le nom de la Lauze, à côté duquel moulin en
1593 on construisit un fort que l'on détruisit en faisant les fossés de
S.te Ursule; la même année on démolit la petite église de
N.D. de l'Humilité pour y élever une autre tour. Arc. la com.]
[Footnote 3: Je sais qu'un grand nombre d'historiens attribuent aux
Phocéens la fondation de Toulon; mais pour moi, je regarde comme
démontré que toutes les villes dont les Phocéens s'attribuent la
gloire d'être les fondateurs, sont bien antérieures à leur arrivée,
et qu'ils n'ont fait que les civiliser. Nous prouverons dans d'autres
circonstances que presque toutes les villes et beaucoup de villages
obscurs de ce département sont d'origine Celtique, antérieurs par
conséquent aux Grecs et aux Romains.]
[Footnote 4: Cette partie de la Gaule prenait son nom du mot Celte
_Brayos_ ou culottes dont se revêtaient les habitans.]
End of Project Gutenberg's Essai sur l'origine de Toulon, by Henri Vidal