«Mon André, je vous griffonne deux mots au crayon, et dans le creux de
ma main, en ayant l'air de prendre note de mon linge et de mes robes
qu'on empile en ce moment-ci dans les malles. Un départ inopiné, décidé
en l'espace de deux heures. J'ai le coeur serré; je ne peux me retenir
de pleurer devant tout le monde qui me traite de petite sotte. Je songe
que vous m'attendez, mon cher amour, que vous vous apprêtez à me voir
toute cette matinée. Le soleil est radieux et les marronniers sont
verts, et je ne suis pas dans vos bras. Pourquoi suis-je là à faire des
malles pour m'en aller d'un autre côté que le vôtre? Pourquoi n'est-ce
pas vers vous que je cours? Ah! je ne sais ce que je fais; je ne sais
même pas où je vais, mais je suis dans une grande colère; j'ai idée de
je ne sais quelle machination tramée contre moi, contre ma liberté,
contre la ferme décision que j'ai prise de n'être jamais à monsieur A...
Ah! non! non! Ça ne vous fait pas rire, dites, qu'il y ait encore
quelqu'un à penser à cette affaire-là?...
«Jamais je ne pourrai vous mettre ce billet à la poste. Si vous le
recevez, si je puis profiter d'un hasard, ne vous alarmez pas trop,
cette absence ne sera pas de plus de trois semaines; ou sinon, je ne
réponds plus de moi, je pars, je vais vous trouver n'importe où. Je suis
à toi, à toi uniquement et à jamais.
«Je suis folle d'ennui...»