Monsieur le général Comte Hugo

et scellée d'un cachet, embarrassé des pièces compliquées de l'armorial

impérial, et timbré de la couronne comtale du général[51].

[Note 51: D'après ce cachet et l'_Armorial général_ de Riestap,

les armes octroyées par Joseph, roi d'Espagne, au comte de Siguenza,

étaient les suivantes:

_Écartelé au Ier d'azur, à l'épée en pal d'argent garnie d'or,

accompagnée en chef de 2 étoiles d'argent: au 2e de gueules au pont

de 3 arches d'argent maçonné de sable, soutenu d'une eau d'argent et

brochant sur une forêt de même; au 3e de gueules à la couronne murale

d'argent; au 4e d'azur au cheval effrayé d'or._

Nous sommes loin, comme on voit, avec cet écu encombré de toute la

ferblanterie héraldique de l'Empire, de la belle simplicité du blason

des Hugo, de Lorraine:

_D'azur à un chef d'argent, chargé de deux merlettes de sable_

que donne d'Hozier et qui est encore, en Allemagne, celui des Hugo de

Spitzemberg.

Plus tard, quand il plut à quelques généalogistes--ces gens-là sont

sans pitié--de rattacher le général Hugo et ses fils à Georges Hugo

(fils de Jean Hugo, capitaine des troupes de René II, duc de Lorraine),

le vicomte Victor Hugo, pair de France, fit, ou laissa, figurer ces

armes, du XVIe siècle, au-dessous de son nom dans les annuaires de

la noblesse, notamment dans l'_Armorial historique de la Noblesse de

France_, de Henri J.-G. de Milleville (Paris, Amyot. S. D.), p. 127.

Cependant, dans l'intimité, le grand poète était, paraît-il, le premier

à rire de ces prétentions nobiliaires, y compris le fameux et si

décoratif évêque de Ptolémaïs et le chapitre-noble de Remiremont. Les

thuriféraires seuls les prirent jamais au sérieux.]

Et, pour la seconde, des espérances de paternité semblaient sourire à

l'heureux mari d'Adèle Foucher.

Mon cher Papa,

Je te prie d'avance d'excuser encore la brièveté de cette lettre.

Francis me prie de t'écrire, pour te renouveler ses prières à l'égard

du ministre de la Marine. Je conçois parfaitement, je ne puis même

m'empêcher de partager ta manière de voir sur cette affaire qui

pourrait entraver la tienne, la nôtre, celle de toute la famille,

puisque ta mise en activité est certainement ce qui peut nous arriver

à tous de plus heureux. Je sais bien que la recommandation de M.

de Cl. T.[52] doit être conservée _vierge_ pour cette importante

occasion. Cependant je t'avouerai, et tu le comprendras sans peine,

que je n'ai pu refuser à mon oncle et à ma tante de te récrire à ce

sujet. Ils sont tous deux si bons, si aimables, que je craindrais

de les affliger. Écris-moi donc (si tu persistes dans un refus que

je ne puis m'empêcher de trouver raisonnable), une lettre que je

puisse leur montrer où tes motifs soient déduits de nouveau, et où

il ne se trouve rien qui puisse les faire douter de la chaleur et

du zèle que j'apporte à leurs intérêts. Je les sers en attendant de

mon mieux auprès de M. de Cl..., et M. Foucher nous seconde dans ses

bureaux. Quand tu seras employé, tes efforts unis aux nôtres feront

certainement obtenir au major la place de lieutenant-colonel qu'il

désire. Voilà la chance que ta lettre peut leur présenter.

[Note 52: M. de Clermont-Tonnerre, ministre de la Marine du cabinet

Villèle; le portefeuille de la guerre lui fut confié en août 1824,

lors du remaniement ministériel nécessité par la nouvelle disgrâce de

Chateaubriand.]

Adieu, cher et excellent père. Il est impossible de dire avec quelle

impatience nous attendons le printemps, afin de t'aller voir ainsi

que ton excellente femme. Embrasse-la bien tendrement pour nous, et

croyez tous deux à notre affectueux respect.

Victor.

Ce lundi 9 janvier.

Tout porte à croire que notre Léopold est revenu.--Chut!

Mille choses aimables à M. de Féraudy[53], auquel j'ai écrit,

dis-lui que l'article sur ses fables a paru dans le numéro de la

_Foudre_ du 30 novembre, lequel contenait aussi un article sur ses

mémoires. Le troisième volume est plein d'intérêt, je vais en rendre

compte dans l'_Oriflamme_.

[Note 53: M. de Féraudy, ancien major du génie, chevalier de

Saint-Louis du 5 novembre 1814 (_Moniteur_ du 7 novembre), l'un des

amis du général Hugo à Blois.

Ce grand-oncle de l'excellent sociétaire de la Comédie française

venait de publier un troisième volume de fables: _Quelques fables ou

Mes loisirs_. Blois, Aucher-Éloy, 1823, in-12 de IX-204 pages, faisant

suite au recueil antérieurement paru sous ses initiales:

_Quelques fables ou Mes loisirs_, par Jh-Bmi de F..., ancien officier

supérieur du Corps royal du Génie. Paris, chez Chauvin, 1820, in-16

oblong, de 102 pages.

Il existe une «nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée d'une

deuxième partie» de ce premier recueil, publiée sous le nom de

l'auteur, en 1821, chez J.-G. Dentu, in-12, de XLI-161 pp.

Originaire de Provence, la famille de Féraudy est encore représentée

aujourd'hui, dans le Loiret, par une de ses branches.]

Le Général Hugo avait quitté le château de Saint-Lazare, revendu le 16

janvier 1823 à M. Gay, médecin[54], et était allé s'installer, dans le

bas de la ville, rue du Foix, dans la petite maison qu'y possédait sa

seconde femme depuis 1816[55].

[Note 54: Acte passé devant Me Naudin, notaire.]

[Note 55: Mme veuve d'Almeg avait acheté cette maison des époux

Hadou, par acte devant Me Vosdey, notaire à Blois, du 10 février

1816. Le général y joignait, le 29 juin 1823 (adjudication devant Me

Pardessus, notaire), une petite maison voisine qui portait le nº 71, et

qui après sa mort, fut vendue à sa veuve, moyennant 1.720 francs (acte

devant Me Pardessus, notaire, du 25 juillet 1830.)]

C'est la petite maison si connue par la description qu'en donna le

poète dans ses _Feuilles d'Automne_:

Et sorti de la ville, au midi,

Cherchez un tertre vert, circulaire, arrondi,

Que surmonte un grand arbre, un noyer, ce me semble,

Comme au cimier d'un casque une plume qui tremble.

Vous le reconnaîtrez, ami; car tout rêvant,

Vous l'aurez vu de loin sans doute en arrivant.

Sur le tertre monté, que la plaine bleuâtre,

Que la ville étagée en long amphithéâtre,

Que l'église, ou la Loire et ses voiles aux vents,

Et ses mille archipels plus que ses flots mouvants,

Et de Chambord là-bas au loin les cent tourelles,

Ne fassent pas voler votre pensée entre elles.

Ne levez pas vos yeux si haut que l'horizon,

Regardez à vos pieds.--

Louis, cette maison

Qu'on voit bâtie en pierre et d'ardoises couverte,

Blanche et carrée, au bas de la colline verte,

Et qui, fermée à peine aux regards étrangers,

S'épanouit charmante entre ses deux vergers:

C'est là.--Regardez bien: c'est le toit de mon père.

C'est ici qu'il s'en vint dormir après la guerre,

Celui que tant de fois mes vers vous ont nommé,

Que vous n'avez pas vu, qui vous aurait aimé!...

«Une maison à Blois! riante, quoiqu'en deuil.

Élégante et petite, avec un lierre au seuil,

Et qui fait soupirer le voyageur d'envie

Comme un charmant asile à reposer sa vie,

Tant sa neuve façade a de fraîches couleurs,

Tant son front est caché dans l'herbe et dans les fleurs![56].»

[Note 56: _Les Feuilles d'Automne_.]

Elle portait alors le nº 73, devenu aujourd'hui le 65; «Grande-Rue du

Foix,--elle est assez longue, en effet,--nº 73 à Blois», spécifient les

adresses de Victor.

Dans cette maison conservée par sa veuve, et où elle est morte le

21 avril 1858 seulement[57], le 28 février 1902, M. Raphaël Périé,

inspecteur d'Académie de Loir-et-Cher, un universitaire resté fidèle

aux lettres[58], organisait une cérémonie enfantine, et elle fut

charmante, pour commémorer et magnifier le centenaire de Victor

Hugo[59].

[Note 57: Registres de l'état-civil de Blois.]

[Note 58: Outre de fort jolis vers publiés dans la _Revue de Paris_

on doit à M. Raphaël Périé, une très élégante adaptation, publiée chez

Hachette, du _Roman de Berte aux grands pieds_ (Paris, 1900, in-12), et

une intéressante étude sur _Victor Hugo poète civique_ (Paris, Gedalge,

S. D. in-8º de 39 pp.).]

[Note 59: Un journal du cru, _L'Indépendant de Loir-et-Cher_, a

rendu compte de cette cérémonie et publié la pièce de circonstance,

plus qu'honorable, composée et récitée par un des grands élèves du

_Collège Augustin Thierry_, de Blois, le fils du préfet, M. Heim.]

Un mieux semblait avoir suivi le transfert du malade dans la maison

paternelle. La lettre de Victor adressée à son frère chez son père,

l'encourage et le félicite.

Ta lettre, mon bon et cher Eugène, nous a causé une bien vive joie.

Nous espérons que l'amélioration de ta santé continuera au gré de

tous nos désirs et que tu auras bientôt retrouvé avec le calme

de l'esprit cette force et cette vivacité d'imagination que nous

admirions dans tes ouvrages.

Dis, répète à tous ceux qui t'entourent combien nous les aimons pour

les soins qu'ils te donnent, dis à papa que le regret d'être éloigné

de lui et de toi est rendu moins vif par la douceur de vous savoir

ensemble, dis-lui que son nom est bien souvent prononcé ici comme un

mot de bonheur, que les mois qui me séparent de votre retour vont

nous sembler bien longs, dis-lui pour nous tout ce que ton cœur te

dit pour lui, et ce sera bien.

Ton frère et ami,

Victor.

Écris-nous le plus souvent possible.

Suit une lettre plus longue pour le général. Elle nous fait faire plus

ample connaissance avec l'oncle Francis et sa femme.

Les espérances de paternité du jeune homme n'ont point été déçues:

Adèle Hugo est enceinte et se porte «aussi bien que sa situation le

permet».

Et voici venir une autre espérance, outre la gratification de 500

francs accordée par Louis XVIII, et révélée par Edmond Biré[60] à

Victor Hugo, pour l'_Ode sur la mort de S. A. R. Charles-Ferdinand

d'Artois, duc de Berri, fils de France_, insérée dans la septième

livraison du _Conservateur littéraire_[61], et la pension sur la

cassette royale qui, si longtemps attendue, avait enfin permis aux

fiancés de se marier, on fait espérer à Victor une pension de 3.000

francs, qui lui «aurait été accordée sur le ministère de l'Intérieur».

[Note 60: _Victor Hugo avant 1830_, p. 173.]

[Note 61: _Odes et Ballades_, Liv. Ier; ode VII.]

Entre temps, il est vrai, le _Moniteur_ avait publié, dans son numéro

du 13 décembre 1822, l'_Ode sur Louis XVII_[62].

[Note 62: Ode lue à l'ouverture des séances de la Société des

bonnes lettres (Seconde année). Le _Moniteur universel_, nº 347,

vendredi 13 décembre 1822. _Odes et Ballades_, Liv. Ier; ode V.]

Vers la même époque, paraissait chez Persan, ce marquis ruiné qui se

fit libraire et ne fit point fortune, la seconde édition des _Odes_, et

Louis XVIII, flatté par tant de loyalisme, avait souscrit à vingt-cinq

exemplaires pour ses bibliothèques particulières.

Victor Hugo à vingt ans: Glanes romantiques · 第 18 / 60 题