Puis, pour que le salon soit plus plaisant à l’œil,
Plus somptueux et plus séduisant son accueil,
On démeublera les autres pièces,
On trimballe mon vieux fauteuil,
A la force de mes biceps,
Le bahut Henri Deux, la commode Louis Seize:
--Toi qui as des tendances à devenir obèse,
Va, cela te rendra service:
Tu ne prends pas déjà tant d’exercice!--
On a déjeuné sur le pouce,
L’époux de son côté, de son côté l’épouse:
Une toilette qu’on inaugure,
Il s’agit bien de s’attarder aux nourritures!
Surtout quand ce costume nouveau,
Chose plus grave,
S’agrafe sur le côté, ma chère, et dans le dos,
Et qu’il y a soixante-six agrafes!
--Et ce mari, calme et béat, qui bâfre!
Ah! comme
Vous en avez, de la chance, vous les hommes!--
Enfin, passé le coup de feu,
Vite un dernier regard; on peut souffler un peu:
Ce n’est pas mal, ces fleurs rouges dans les grands vases,
Et sévères, ces plantes vertes;
La «Nouvelle Revue» est ouverte,
Comme par hasard, en bonne place;
La boîte à poudre, un éventail, la petite glace,
Négligemment; et, sous la main,
Le face-à-main.
Que si du piano l’on s’approche,
Une partition s’affirme en triples croches,--
Ça va bien, ça va très bien.
Bref, l’épouse en grande toilette,
Le tralala au grand complet,
Des fleurs partout, le thé fumant, le pot au lait,
Des petits fours, des tartelettes,
Dès le premier coup de sonnette,
L’époux n’a plus qu’à s’en aller.
Cependant elle minaude aux gens qui viennent:
--Quelle bonne fortune est la mienne!
Figurez-vous, je rentre à peine!
Et, ma foi, j’ai encor failli,
(De vous manquer, quelle eût été ma peine!)
Abandonner mon jour, cette semaine.