Celsus[410], gouverneur de Cilicie, vint le recevoir au passage du mont
Taurus[411]. Julien l'aimait depuis qu'ils s'étaient trouvés ensemble
dans les écoles d'Athènes. Il l'embrassa tendrement, et l'ayant fait
asseoir à côté de lui dans son char, il entra dans la ville de Tarse.
A l'issue d'un sacrifice, Celsus, qui avait été disciple de Libanius,
prononça en présence de Julien un long panégyrique qui fatigua beaucoup
et le héros et l'orateur. Le prince était debout devant l'autel, et
l'on était alors dans les grandes chaleurs du mois de juillet. De Tarse
Julien alla droit à Antioche, où il arriva près de deux mois après son
départ de Constantinople. Tout le peuple de cette capitale de l'Orient
sortit au-devant de lui: les païens le reçurent avec toute la pompe
dont on honorait l'entrée des divinités[412]. Quoique le christianisme,
qui avait autrefois commencé à prendre son nom dans cette ville, y fût
très-florissant, il s'y trouvait cependant un grand nombre d'idolâtres.
Ceux-ci célébraient dans ce temps-là les fêtes d'Adonis[413]; et les
acclamations de joie étaient interrompues par les cris lugubres des
femmes, qui, selon l'ancien usage, pleuraient la mort de ce héros de la
volupté. Ce mélange de deuil fut regardé comme un sinistre présage, et
la superstition ne manqua pas de s'en alarmer dans le moment, et de le
rappeler après la mort du prince.
[Note 410: Ce Celsus était Cilicien, fils d'un certain
Hésychius.--S.-M.]
[Note 411: Dans un lieu nommé Pylæ, c'est-à-dire _les Portes_,
qui sépare la Cappadoce de la Cilicie, _qui Cappadocas discernit
et Cilicas_, Amm. Marc. l. 22, c. 9. Ce lieu est mentionné dans
l'itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, qui le place à douze milles de
Podandus.--S.-M.]
[Note 412: _Urbique propinquans in speciem alicujus numinis votis
excipitur publicis._ Amm. Marc. l. 22, c. 9.--S.-M.]
[Note 413: _Evenerat iisdem diebus annuo cursu completo Adonia ritu
veteri celebrari._ Amm. Marc. l. 22, c. 9.--S.-M.]