Après avoir tracé ce plan général du gouvernement de Julien, nous
allons entrer dans le détail des événements de son règne. Il trouva
à Constantinople plusieurs ambassadeurs que les nations étrangères
avaient envoyés à Constance. Il leur donna audience et les congédia
honorablement, à l'exception des Goths qui contestaient sur les termes
du traité fait avec eux. Julien les renvoya en les menaçant de la
guerre. Plusieurs de ses officiers lui conseillaient d'effectuer cette
menace: il répondit qu'il cherchait des ennemis plus redoutables, et
que les pirates de Galatie[375] suffiraient pour lui faire raison de
la perfidie de cette nation. Ces corsaires courant alors les côtes du
Pont-Euxin enlevaient les Goths et les allaient vendre comme esclaves.
Il se contenta de réparer les fortifications des villes de Thrace, et
de poster des corps de troupes le long des bords du Danube.
[Note 375: Lebeau se trompe en disant que les Galates couraient
les côtes de l'Euxin pour y faire des esclaves. La Galatie, située au
centre de l'Asie-Mineure, n'avait point de port; et quand même elle
eût été dans une position maritime, il est difficile de croire que les
principes de gouvernement admis par l'administration romaine eussent
toléré de telles entreprises. Il n'était pas nécessaire que les Galates
fussent pirates pour faire le commerce d'esclaves; cette sorte de
trafic a toujours eu lieu dans les régions limitrophes de la mer Noire.
Il est encore en usage parmi les nations du Caucase. Il suffisait que
les Galates se rendissent dans les villes où se vendaient des esclaves,
qu'ils plaçaient ensuite dans l'empire. Les choses se passaient ainsi.
Ammien Marcellin, le seul auteur qui ait fait mention de la réponse de
Julien rapportée dans le texte de Lebeau, ne parle que de marchands et
non de pirates Galates. _Illis sufficere_, dit-il, _mercatores Galatas,
per quos ubique sine conditionis discrimine venumdantur_. Amm. Marc. l.
22, c. 7. Il est clair que les Galates faisaient métier de marchands
d'esclaves; ce qui est encore attesté par ce vers de Claudien (l. I.
_contr. Eutrop._ v. 59):
_Hinc fora venalis Galata ductore frequentat._--S.-M.]
[Note latérale: AN 362.