Cod. Th. l. 1, tit. 7, quædam, L. 11. tit. 30. leg. 29, 30, 51.]

Il aimait à rendre la justice, il se piquait d'en suivre

scrupuleusement les règles dans sa conduite, et ne s'en écartait

jamais dans les jugements, si ce n'est à l'égard des chrétiens. Sévère

sans être cruel, il usait plus souvent de menaces que de punitions.

Très-instruit des lois et des usages, il balançait sans aucune faveur

le droit des parties. Le premier de ses officiers n'avait nul avantage

sur le dernier de ses sujets. Il abrégeait la longueur des procédures,

et les regardait comme une fièvre lente qui mine et consume le bon

droit. Dès que l'injustice lui était dénoncée, il s'en croyait chargé

tant qu'il la laisserait subsister. Nous avons de lui plusieurs lois

claires et précises, qui ont pour but d'accélérer les jugements,

de faciliter les appels et d'en rendre l'expédition plus prompte.

L'iniquité murmurait de la dureté d'un gouvernement où elle ne pouvait

espérer l'impunité, ni même une longue jouissance; et ce qui achevait

de la désoler, c'est que l'opprimé trouvait auprès de Julien l'accès le

plus facile. Comme il paraissait souvent en public pour des fêtes et

pour des sacrifices, rien n'était si aisé que de l'aborder; il était

toujours prêt à recevoir les requêtes et à écouter les plaintes. Il

laissait toute liberté aux avocats, et il ne tenait qu'à eux d'épargner

la flatterie; mais le règne précédent les y avait trop accoutumés.

Un jour qu'ils applaudissaient avec une sorte d'enthousiasme à une

sentence qu'il venait de prononcer: _Je serais_, dit-il, _flatté de

ces éloges, si je croyais que ceux qui me les adressent osassent

me censurer en face dans le cas où j'aurais jugé le contraire_. On

le blâme cependant d'avoir quelquefois interrompu l'audience par

des questions hors de saison; pour demander, par exemple, de quelle

religion étaient les plaideurs: s'il en faut croire Ammien Marcellin,

ce n'était qu'une curiosité déplacée[373]; ni le motif de la religion,

ni aucune autre considération étrangère à la justice, n'influait

sur ses jugements; mais il est démenti en ce point par tous les

historiens ecclésiastiques. Ce qui l'entretenait dans cet esprit de

droiture, ajoute le même auteur, c'est que connaissant sa légèreté

naturelle[374], il permettait à ses conseillers de le rappeler de ses

écarts, et les remerciait de leurs avis. Saint Grégoire de Nazianze

nous donne cependant des idées bien différentes: il reproche à Julien,

comme un fait connu de tout l'empire, que dans ses audiences publiques

il criait, il s'agitait avec violence, comme s'il eût été l'offensé; et

que quand des gens grossiers s'approchaient de lui pour lui présenter

une requête, il les recevait à coups de poings et à coups de pieds, et

les renvoyait sans autre réponse. Je serais tenté de croire que ceux

que Julien rebutait ainsi, étaient des délateurs; et que l'indignation

publique contre ces misérables excusait ces emportements, quelque

indécents qu'ils fussent dans la personne d'un prince. Mais comment

accorder les idées avantageuses que les auteurs païens nous donnent de

Julien, avec le portrait affreux qu'en ont fait des écrivains qu'on

ne peut sans témérité soupçonner de mensonge? Je pense que l'unique

moyen de concilier des témoignages si opposés, c'est de dire que la

haine dont ce prince était animé contre le christianisme, le faisait

sortir de la route qu'il s'était tracée; qu'étant par choix déterminé

à la douceur et à la justice, il devenait par passion à l'égard des

chrétiens, inhumain, injuste, ravisseur.

[Note 373: _Et quamquam in disceptando aliquoties erat

intempestivus, quid quisque jurgantium coleret, tempore alieno

interrogans: tamen nulla ejus definitio litis à vero dissonans

reperitur: nec argui umquam potuit ob religionem vel quodcumque aliud,

ab æquitatis recto tramite deviasse._ Amm. Marc. l. 22, c. 10.--S.-M.]

[Note 374: _Levitatem agnoscens commotioris ingenii sui, præfectis

proximisque permittebat, ut fidenter impetus suos aliorsùs tendentes,

ad quæ decebat monitu opportuno frenarent._ Amm. Marc. l. 22, c.

10.--S.-M.]

[Note latérale: X. Il donne audience aux ambassadeurs.

Amm. l. 22, c. 7.

Liban. or. 8. t. 2, p. 245.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 291 / 331 题