Till. Julien, note 5.]

La faveur de ceux qui avaient abusé de la faiblesse de Constance,

ne devait pas lui survivre. Julien forma une chambre de justice à

Chalcédoine, établissement souvent utile après un mauvais gouvernement,

mais toujours dangereux, et qui exige de la part du prince beaucoup de

sagesse pour ne rien donner à la passion, de lumières pour bien choisir

les juges, et de vigilance pour éclairer par lui-même leur conduite

et contrôler leurs jugements. Il paraît que ces qualités manquèrent à

Julien dans cette occasion. Il nomma pour président Salluste Second

[_Sallustius Secundus_], différent de l'autre Salluste qu'il avait

laissé dans la Gaule. Il ne pouvait faire un meilleur choix: c'était

un homme sage et modéré qu'il venait d'élever à la dignité de préfet

du prétoire d'Orient en la place d'Helpidius. Mais il lui donna pour

assesseur Arbétion, qui aurait dû des premiers éprouver la sévérité

de ce tribunal. Ce politique corrompu, auteur de tant de sourdes

intrigues, autrefois ennemi de Gallus et de Julien même, avait déja

su par sa souplesse surprendre la confiance du nouvel empereur. Il

était l'ame de la commission[355]; les autres n'agissaient qu'en

sous-ordre: c'étaient Mamertinus, Agilon, Névitta, Jovinus, depuis peu

général de la cavalerie en Illyrie[356], et les principaux officiers

des deux légions qui portaient le nom de Joviens et d'Herculiens.

Ces commissaires, s'étant transportés à Chalcédoine, montrèrent plus

de rigueur que de justice. Entre un assez grand nombre de coupables,

ils confondirent plusieurs innocents. Les deux consuls furent les

premiers sacrifiés à la haine de Julien. Florentius l'avait bien

méritée: il fut condamné à mort; mais il avait pris la précaution

de se sauver avec sa femme dès la première nouvelle de la mort de

Constance, et il ne reparut jamais[357]. Quelque temps après, deux

délateurs[358] étant venus offrir à Julien de lui découvrir le lieu

où Florentius était caché, il les rebuta avec mépris, en leur disant

_qu'il était indigne d'un empereur de profiter de leur malice pour

découvrir l'asyle d'un misérable, que la crainte de la mort punissait

assez_. Taurus fut exilé à Verceil [_Vercellum_]. On lui fit un crime

d'avoir été fidèle à son maître, en quittant l'Italie lorsqu'elle

s'était déclarée pour Julien. C'était la première fois qu'on voyait une

sentence de condamnation datée du consulat de ceux même qui en étaient

l'objet[359], et ce contraste faisait horreur. On exila Palladius

dans la Grande-Bretagne, sur le simple soupçon qu'il avait envoyé à

Constance des mémoires contre Gallus. Pentadius fut accusé d'avoir

prêté son ministère pour faire périr Gallus: il prouva qu'il n'avait

fait qu'obéir, et fut renvoyé absous. Florentius maître des offices,

fils de Nigrinianus, fut relégué dans l'île de Boa[360], sur les côtes

de Dalmatie. Evagrius, receveur du domaine[361]; Saturninus, qui avait

été maître du palais[362], et Cyrinus, secrétaire[363] du défunt

empereur, éprouvèrent le même sort: on les accusa d'avoir tenu des

discours injurieux au prince régnant, et d'avoir tramé des complots

contre lui après la mort de Constance: ils furent condamnés sans avoir

été convaincus. La vengeance publique triompha par la punition de trois

fameux scélérats: l'agent[364] Apodémius, le délateur Paul surnommé

_la Chaîne_, et le grand-chambellan Eusèbe, cet esclave impérieux qui

s'était rendu le maître de l'empereur, et le tyran de l'état, furent

brûlés vifs; et l'on regretta, dit un auteur[365], de ne pouvoir leur

faire subir cet horrible supplice autant de fois qu'ils l'avaient

mérité. Mais la justice elle-même pleura[366] la mort d'Ursule,

trésorier de l'épargne[367], envers lequel Julien se rendit coupable

de la plus noire ingratitude. Lorsque Constance l'avait envoyé dans la

Gaule sans argent, et sans aucun pouvoir d'en toucher, afin de lui ôter

le moyen de s'attacher le cœur des soldats, Ursule avait secrètement

donné ordre au trésorier[368] de la province de fournir au César toutes

les sommes qu'il demanderait. Julien s'apercevant que cette mort

injuste révoltait tous les esprits, prétendit s'en disculper en faisant

courir le bruit, qu'il n'y avait aucune part, et qu'Ursule avait été à

son insu la victime du ressentiment des soldats, qu'il avait offensés

l'année précédente à l'occasion des ruines d'Amid. Il crut accréditer

ce prétexte en laissant à la fille d'Ursule une partie de l'héritage de

son père. Mais n'était-ce pas se démentir, que de n'en laisser qu'une

partie? Les biens des autres furent confisqués; et peu de temps après,

comme plusieurs personnes tâchaient par des fraudes charitables de

mettre à couvert les débris de la fortune de tant de malheureux, il

condamna par une loi les receleurs à la confiscation de leurs propres

biens, s'ils en avaient, et à la peine capitale, s'ils étaient pauvres.

[Note 355: Le choix de cet homme peu estimé faisait imputer à

Julien un défaut de vigueur ou de lumières. _Ideoque timidus videbatur,

vel parùm intelligens quid conveniret_, dit Ammien Marcellin, l. 22, c.

3.--S.-M.]

[Note 356: _Magister equitum per Illyricum._ Amm. Marc. l. 22, c.

3.--S.-M.]

[Note 357: Pendant la vie de Julien, _diu delituit_, dit Ammien

Marcellin, l. 22, c. 3, _nec redire ante mortem_ (_Juliani_)

_potuit_.--S-.M.]

[Note 358: C'étaient deux officiers du palais, _agentes in

rebus_.--S.-M.]

[Note 359: Elle débutait ainsi: _Consulatu Tauri et Florentii,

inducto sub præconibus Tauro_.--S.-M.]

[Note 360: Actuellement _Bua_, l'une des plus petites îles de la

mer Adriatique, vis-à-vis de Spalatro, en Dalmatie. C'était un lieu

ordinaire d'exil pour les condamnés.--S.-M.]

[Note 361: _Comes rei privatæ._--S.-M.]

[Note 362: _Ex cura palatii._--S.-M.]

[Note 363: _Ex notario._--S.-M.]

[Note 364: _Ex agente in rebus._--S.-M.]

[Note 365: C'est Libanius qui s'exprime ainsi. Or. 10, t. 2, p.

298.--S.-M.]

[Note 366: _Ursuli verò necem..... ipsa mihi videtur flesse

justitia._ Amm. Marc. l. 22, c. 3.--S.-M.]

[Note 367: _Largitionum Comes._--S.-M.]

[Note 368: _Ad eum qui Gallicanos tuebatur thesauros._ Amm. Marc.

l. 22, c. 3.--S.-M.]

[Note latérale: V. Réforme du palais.

Amm. l. 22, c. 4.

Liban. or. 10, t. 2, p. 292 et 293.

Mamert. pan. c. 11.

Socr. l. 3, c. 1.

Soz. l. 5, c. 5.

Zon. l. 13, t. 2, p. 24.

Vales. ad Amm. l. 22, c. 7.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 286 / 331 题