Ses officiers et ses soldats, témoins de la conduite qu'il avait tenue
dans la Gaule, confirmaient ces belles espérances: ils promettaient un
empereur égal aux Titus, aux Trajans, aux Antonins: ils ne cessaient
de louer sa tempérance, sa justice, sa prudence et son courage: ils
le représentaient sobre, chaste, vigilant, infatigable, affable sans
bassesse, gardant sa dignité sans orgueil, montrant dans la plus vive
jeunesse toute la maturité d'un vieillard consommé dans les affaires;
plein d'équité et de douceur, même à l'égard de ses ennemis; sachant
allier la sévérité du commandement avec une bonté paternelle; détaché
des richesses, des plaisirs, de lui-même; ne vivant, ne respirant
que dans ses sujets, dont il partageait tous les maux, pour leur
communiquer tous ses biens. Ils racontaient ses combats; combien de
fois l'avaient-ils vu, soldat en même temps que capitaine, tantôt
attaquer l'épée à la main les plus redoutables ennemis, tantôt arrêter
la fuite des siens en leur opposant sa personne, et toujours déterminer
la victoire autant par ses actions que par ses ordres? Ils relevaient
son habileté dans les campements, dans les siéges, dans la disposition
des batailles; la force de ses paroles et plus encore de ses exemples
capables d'adoucir les plus extrêmes fatigues, et d'inspirer le courage
dans les plus grands périls; sa libéralité qui ne lui laissait de
trésors que ceux qu'il avait placés entre les mains de ses peuples.
Quel bonheur pour l'empire, où il allait répandre les mêmes biens qu'il
avait procurés à la Gaule! Ces éloges étaient véritables; et il faut
avouer que si l'on retranche la superstition et la bizarre affectation
de philosophie, Julien César fut le modèle des empereurs les plus
accomplis. Mais il paraît que tant de qualités brillantes étaient
accommodées au théâtre, et quelles n'avaient pour la plupart d'autre
source que la vanité et peut-être la haine qu'il portait à Constance;
et je ne sais si l'on ne peut pas dire qu'il doit à ce prince presque
toutes ses vertus, comme tous ses malheurs. Son antipathie pour le
meurtrier de sa famille, l'éloigna de tous les vices de Constance: il
n'en fallait guère davantage pour faire un grand prince. Les faits
justifient ce que j'avance. Sa conduite équivoque dans la rébellion, le
rend d'abord suspect: la guerre ouverte qu'il entreprit ensuite contre
son empereur, démasque son infidélité et son ambition: celle qu'il
déclara au christianisme montre une malice réfléchie, qui se portait
à la cruauté, quand elle en pouvait éviter le reproche: enfin, son
expédition contre les Perses, en lui laissant la gloire du courage, lui
enlève entièrement le mérite de la prudence.
[Note latérale: III. Funérailles de Constance.
Amm. l. 21, c. 16.
Liban. or. 10, t. 2, p. 289.
Greg. Naz. or. 4, p. 115.
Mamert. pan. c. 3 et 27.
Socr. l. 3, c. 1.
Philost. l. 6, c. 6.
Zon. l. 13, t. 2, p. 24.