Ce prince n'est mémorable que par la qualité de fils de Constantin.
S'il est vrai qu'il ait été l'auteur du massacre de ses proches,
cette action horrible est le seul trait de vigueur qui se rencontre
dans toute sa vie. Tout le reste n'est que faiblesse. On n'y voit que
vanité, jalousie, et une légèreté qui le rendait l'esclave de ses
femmes, de ses flatteurs, de ses eunuques et le jouet des Ariens:
indifférence pour le mérite, insensibilité à l'égard des provinces
accablées, dont les plaintes ne le réveillèrent jamais; une timidité
et une défiance qui le portèrent souvent à la cruauté. Au travers de
tant de défauts on aperçoit quelques-unes de ces vertus qui peuvent
s'assortir avec la médiocrité du génie: il était sobre; aussi fut-il
rarement malade; mais toutes ses maladies furent dangereuses. Il
dormait peu; sa chasteté fut irréprochable. Il maintenait avec soin
la subordination entre les officiers, et la distinction entre les
dignités civiles et militaires, dont il voulait que les fonctions
fussent exactement séparées. Il se faisait une loi de ne donner les
premières charges du palais qu'à ceux qui avaient passé par les grades
inférieurs. Il récompensait assez libéralement les services, et se
ressentait peu des injures personnelles. On dit que les habitants
d'Édesse ayant, dans une sédition, abattu et traité avec outrage une
de ses statues, en criant que celui dont la statue méritait un tel
affront, n'était pas digne de régner, il ne tira aucune vengeance de
cette insolence criminelle. Naturellement porté à rendre justice,
il commit des injustices sans nombre, toujours trompé par ses
courtisans, ou aveuglé par ses soupçons. Il avait quelque teinture
des belles-lettres, et on l'y aurait cru plus habile, s'il n'eût
pas succombé à la tentation de faire de mauvais vers. Il établit à
Constantinople une bibliothèque, dont il donna le soin à un intendant.
Il acheva les murailles de cette grande ville; il rebâtit plusieurs
édifices qui commençaient à tomber en ruine. Il décorait les églises
avec magnificence; il y attachait des revenus considérables, et
traitait les évêques Ariens avec beaucoup de respect: mais les prélats
catholiques n'éprouvaient de sa part que des rigueurs.
[Note latérale: L. Dernières lois de Constance.
Cod. Th. l. 1, tit. 2, leg. 5.