Il appela auprès de lui l'historien Aurélius Victor, celui même dont
nous avons un abrégé d'histoire, qui n'est pas sans quelque mérite.
Il l'avait vu à Sirmium et il estimait sa probité. Il lui donna le
gouvernement de la seconde Pannonie[340], et lui fit ériger une statue
de bronze. Cet Aurélius fut dans la suite préfet de Rome. Depuis la
fuite de Taurus et de Florentius, Rome et toute l'Italie, la Macédoine
et toute la Grèce, s'étaient déclarées en faveur de Julien. Persuadé
qu'il n'avait plus de réconciliation à espérer, il ne ménagea plus
Constance. Il s'empara des trésors du prince et des mines d'or et
d'argent qui étaient ouvertes en Illyrie. Il écrivit au sénat de
Rome une lettre remplie d'invectives si atroces contre Constance,
que les sénateurs n'en purent entendre la lecture sans s'écrier _que
Julien devait plus de respect à celui à qui il était redevable de son
élévation_. La mémoire de Constantin n'y était pas épargnée: Julien
le traitait de novateur, de destructeur des lois anciennes et des
usages les mieux établis; il l'accusait d'avoir le premier avili les
charges les plus éminentes et le consulat même, en le prodiguant à
des Barbares: reproche absurde, qui devait retomber sur son auteur,
comme le remarque Ammien Marcellin; puisque dès l'année suivante il
éleva au consulat Névitta, Goth de naissance, homme grossier, cruel,
sans expérience, sans autre mérite que de s'être attaché à la fortune
de Julien, et fort inférieur en toute manière à ceux que Constantin
avait honorés de cette dignité. Il écrivit en même temps aux armées
d'Italie, pour leur recommander la garde des villes: il fit assembler
sur les côtes de Sicile un grand nombre de troupes, qui devaient passer
en Afrique à la première occasion. Il dépêcha des courriers dans toute
la Grèce. Corinthe, Lacédémone, Athènes reçurent des manifestes de sa
part. Nous avons celui qu'il adressa aux Athéniens; c'est une longue
apologie[341], dans laquelle il développe dès l'origine toutes les
injustices de Constance à son égard: il y proteste qu'il est encore
disposé à se contenter de ce qu'il possède, si Constance veut entendre
à un accommodement; mais que, plutôt que de se livrer à la discrétion
d'un ennemi implacable, il est déterminé à périr les armes à la main,
si c'est la volonté des Dieux.
[Note 340: Avec les honneurs consulaires. _Victorem.... scriptorem
historicum, Pannoniæ secundæ consularem præfecit, et honoravit æneâ
statuâ._ Amm. Marc. l. 21, c. 10.--S.-M.]
[Note 341: Τοὺς Ἐρεχθείδας ὁ βασιλεὺς ἐποίει δικαστὰς, πέμπων
ἀπολογίαν ἐν γράμμασι. Liban. _or._ 10. t. 2, p. 288.--S.-M.]
[Note latérale: XLI. Il fait profession ouverte d'idolâtrie.
[Jul. ad Athen. p. 277 et 286.