Zon. l. 13, t. 2, p. 21.]

Le nouvel empereur n'était pas sans inquiétude. Il souhaitait

d'épargner à l'empire les horreurs d'une guerre civile; mais il

n'espérait aucun accommodement de la part d'un prince jaloux, et

accoutumé à le mépriser. Cependant pour n'avoir rien à se reprocher,

il prit le parti de lui envoyer des députés chargés d'une lettre, dans

laquelle il ne prenait que le titre de César. Il lui exposait avec

une modeste assurance ses services, ses travaux, ses succès passés;

la violence que les soldats lui avaient faite; sa résistance qu'il

avait portée jusqu'à se voir au péril de sa vie: qu'il ne s'était

enfin rendu que dans la crainte que les soldats ne se donnassent un

autre empereur moins capable de ménagement, et dans l'espérance de les

ramener à leur devoir. Il les excusait eux-mêmes de ce qu'ils s'étaient

lassés de n'avoir à leur tête qu'un César, ou plutôt un fantôme qui

n'avait le pouvoir ni de récompenser leurs services, ni même de leur

faire payer leur solde, dont ils étaient privés; que l'ordre qu'on

leur avait signifié de se séparer de leurs femmes et de leurs enfants

pour marcher aux extrémités de l'Orient, avait achevé de révolter des

hommes accoutumés à des climats froids, et qui manquaient des choses

les plus nécessaires pour un si long voyage. Il prévenait ensuite

Constance contre les rapports calomnieux de ses ennemis; promettant de

lui rester toujours intérieurement soumis, il lui représentait qu'il

était d'une nécessité indispensable qu'ils partageassent ensemble le

titre de la puissance souveraine. Il s'engageait à lui fournir tous les

ans des chevaux d'Espagne, à lui envoyer des Germains[291] de grande

taille pour composer sa garde, et à recevoir de sa main les préfets

du prétoire; mais il voulait être le maître de choisir les autres

officiers tant civils que militaires, et les gardes de sa personne. Il

l'avertissait qu'en vain voudrait-il arracher de leurs pays les troupes

Gauloises, pour les traîner sur les frontières de la Perse; qu'il

serait impossible de les déterminer à quitter la défense de leur patrie

tant de fois ravagée et exposée plus que tout le reste de l'empire aux

invasions des Barbares. Il finissait par lui faire sentir en peu de

mots, quels malheurs la discorde des princes était capable de produire.

Ammien Marcellin ajoute, ce que Julien n'a garde d'exprimer dans ses

écrits, qu'à ces lettres qui devaient être publiques, il en avait joint

de secrètes, pleines de reproches et d'aigreur. Pentadius, grand-maître

des offices[292], affidé à Julien, et différent de cet autre Pentadius

son ennemi, dont nous avons parlé plusieurs fois, et Euthérius

grand-chambellan[293], furent chargés de ces dépêches, avec un plein

pouvoir de traiter des conditions de l'accommodement. Julien rapporte

qu'il engagea ses troupes à promettre avec serment de se contenir dans

les bornes de la soumission, si Constance approuvait le passé, et s'il

leur permettait de rester tranquilles dans la Gaule; et que toute

l'armée en corps écrivit à ce prince pour le supplier de maintenir la

paix et la bonne intelligence avec son nouveau collègue.

[Note 291: Ce ne sont pas proprement des Germains que Julien

proposait d'envoyer à Constance, mais des Lètes. On appelait ainsi à

cette époque des Barbares Germains, Francs ou Sarmates, qui avaient

obtenu dans l'empire des concessions de terres à la charge du service

militaire. Il en est souvent question dans la Notice de l'empire. Le

texte d'Ammien Marcellin est formel, il parle de jeunes gens d'origine

Barbare, nés en-deçà du Rhin. _Equos præbebo curules Hispanos, et

miscendos Gentilibus atque Scutariis adolescentes Letos quosdam, cis

Rhenum editam Barbarorum progeniem, vel certè ex dedititiis, qui ad

nostra desciscunt._ Amm. Marc. l. 20, c. 9.--S.-M.]

[Note 292: _Officiorum magister._--S.-M.]

[Note 293: _Cubiculi prœpositus._--S.-M.]

[Note latérale: XIV. Constance refuse tout accommodement.

Amm. l. 20, c. 9.

Jul. ad Ath. p. 286.

Liban. or. 10, t. 2, p. 286.

Vict. epit. p. 227.

Zos. l. 3, c. 9.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 232 / 331 题