Les Limigantes qu'on venait de tailler en pièces, ne faisaient
qu'une partie de la nation: ils s'appelaient Amicenses; le reste
portait le nom de Picenses. Ces derniers, instruits du désastre de
leurs compatriotes, s'étaient réfugiés dans des lieux impraticables.
Pour les réduire, on eut recours aux Taïfales leurs voisins, et aux
Sarmates libres, autrefois leurs maîtres. Trois armées entrèrent à la
fois par différents côtés dans leur pays. Attaqués de toutes parts,
ils balancèrent long-temps entre la nécessité de périr et la honte
de se rendre. Enfin, par le conseil de leurs vieillards ils prirent
le parti de mettre bas les armes; mais dédaignant de se soumettre à
des maîtres dont ils s'étaient affranchis par leur courage, ils ne se
rendirent qu'aux Romains. Dès qu'ils ont reçu la parole de l'empereur,
ils abandonnent leurs montagnes, et se répandent dans la plaine avec
leurs pères, leurs enfants, leurs femmes et ce qu'ils peuvent emporter
de leurs richesses, qui ne consistaient guère qu'en de misérables
ustensiles de ménage. Ils accourent au camp des Romains. Ces gens
qui peu auparavant paraissaient déterminés à mourir plutôt qu'à
changer d'habitations, et qui mettaient la liberté dans la licence du
brigandage, se soumirent à se laisser transporter dans des demeures
plus sûres et plus tranquilles, où ils ne pourraient si aisément
inquiéter leurs voisins. On les établit plus haut, vis-à-vis de la
Valérie, mais loin des bords du Danube. On rendit le pays aux Sarmates,
qui en avaient été chassés vingt-quatre ans auparavant. L'armée donna à
Constance le titre de Sarmatique[193]; et ce prince enorgueilli de ces
succès, qui ne lui avaient coûté que la peine de se montrer, après en
avoir fait un fastueux étalage dans une harangue qu'il prononça devant
ses troupes, se reposa pendant deux jours et revint à Sirmium[194]. Il
y rentra avec toute la pompe d'un vainqueur, et renvoya ses soldats
dans leurs quartiers.
[Note 193: Ammien Marcellin dit (l. 17, c. 13) que c'était pour la
seconde fois. _Secundo Sarmaticus._--S.-M.]
[Note 194: Constance était dans cette ville, le 22 mai, les 22,
23 et 24 juin. On le trouve à Mursa, le 27 juin. Il revint ensuite à
Sirmium, sans doute après la guerre contre les Sarmates; il y était le
27 octobre et le 19 décembre.--S.-M.]
[Note latérale: XXXII. Affaires de l'église.
Ath. ad monach. t. 1, p. 362.
Socr. l. 2, c. 37.
Theod. l. 2, c. 25 et 26.
Soz. l. 4, c. 12, 13 et 14.
Philost. l. 4, c. 4, et seq.
Suid. in Εὺδόξιος.
Conc. Hard. t. 1, p. 707.
Hermant, vie de S. Athanase, l. 8, c. 10.