Amm. l. 17, c. 13.]

Pour terminer cette heureuse campagne, on marcha contre les Limigantes.

Ces esclaves, devenus possesseurs d'un vaste pays, avaient fait des

courses sur les terres de l'empire, en même-temps que leurs anciens

maîtres, avec lesquels ils ne s'accordaient que dans le brigandage;

d'ailleurs ils les traitaient en ennemis. Constance avait conçu le

dessein de les transplanter; mais cette nation perfide n'était pas

d'humeur à y consentir. Elle se prépara donc à mettre en usage tous les

moyens de défense, la fraude, le fer, les prières. Au premier aspect

de l'armée romaine, ils se croient perdus: saisis de terreur, ils

demandent quartier, et promettent de payer tribut et de fournir des

troupes; ils ne refusaient rien sinon de changer de demeure. En effet,

ils ne pouvaient espérer de situation plus sûre ni plus favorable,

que celle du pays dont ils avaient chassé leurs maîtres. La Théïss

(_Parthiscus_)[192], qui, après un assez long cours presque parallèle

au Danube vient se jeter dans ce fleuve, formait de ce pays une

presqu'île; elle les défendait du côté de l'orient contre les autres

Barbares du voisinage, tandis que le Danube les couvrait au midi et à

l'occident contre les attaques des Romains. Le côté du nord était fermé

par des montagnes. Le terrain coupé de marais et de rivières souvent

débordées, était impraticable à ceux qui n'en avaient pas une parfaite

connaissance. L'empereur, jugeant à leur contenance qu'ils n'étaient

pas disposés à exécuter ses ordres, les fait envelopper de ses troupes,

sans qu'ils s'en aperçoivent; et se montrant à eux au milieu de sa

garde sur un tribunal élevé, il leur fait signifier de se préparer à

vider le pays pour aller s'établir dans celui qu'il leur assignerait.

[Note 192: Ce fleuve est le _Parthissus_ de Pline (l. 4, c. 12), et

le _Tibiscus_ de Ptolémée.--S.-M.]

[Note latérale: XXX. Ils sont taillés en pièces.]

Ces malheureux, flottant entre la fureur et la crainte, bien résolus

de ne pas obéir, mais incertains s'ils emploieront la feinte ou la

violence, tantôt suppliant, tantôt menaçant, enfin semblables à des

bêtes féroces enfermées dans une enceinte, cherchent des yeux par

où ils pourront se faire un passage. Enfin, comme pour marquer leur

soumission, ils jettent tous à la fois leurs boucliers bien loin

d'eux du côté de l'empereur, afin de gagner du terrain en les allant

reprendre, sans qu'on pût soupçonner leur dessein. Dès qu'ils les ont

ramassés, ils se serrent et s'élancent vers Constance qu'ils menacent

de la voix et des yeux. La garde impériale arrête leur première

fougue; toute l'armée se rapproche et fond sur eux; on les enfonce,

on les perce, on les abat de toutes parts: ils périssent avec rage;

on n'entend pas un seul cri, mais des frémissements de fureur. Ils ne

sentent pas la mort; la victoire des Romains fait tout leur désespoir,

et on entendit dire à plusieurs en expirant, que _c'était le nombre

qui triomphait, et non pas la valeur_. Plusieurs couchés par terre,

les jarrets ou les mains coupées, d'autres respirant encore sous des

monceaux de corps morts, souffraient dans un profond silence les plus

affreuses douleurs. Pas un ne demanda quartier, ni qu'on avançât ses

jours; pas un ne quitta ses armes. Une demi-heure commença le combat,

donna la victoire, et laissa sur la place toutes les horreurs d'une

sanglante bataille. L'armée romaine ivre de sang et fumante de carnage

s'avance dans le pays. On abat les cabanes, on égorge les femmes, les

enfants, les vieillards sur les ruines de leurs maisons; on brûle les

villages, et les habitants périssent dans les flammes, ou, voulant se

sauver, rencontrent le fer ennemi. Quelques-uns gagnent le fleuve et

s'y noyent ou sont percés de traits; la Theïss est comblée de cadavres.

Pour achever de les détruire, on fait passer le fleuve à des troupes

légères; qui vont relancer les habitants des chaumières dispersées sur

l'autre rive. Ceux-ci voyant venir à eux des barques de leur pays, les

attendent d'abord sans crainte; mais bientôt s'apercevant de l'erreur,

ils se sauvent dans leurs marais; ils y sont poursuivis et égorgés.

[Note latérale: XXXI. Le reste des Limigantes transportés hors de leur

pays.

Amm. l. 17, c. 13.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 186 / 331 题