--[L'alliance des deux rois semblait cimentée pour jamais, Sapor ne
cessait de montrer à Arsace des preuves de son amitié, et enfin, après
avoir pris l'avis de son conseil, il se proposait pour resserrer
encore leur union, de lui donner sa fille en mariage. Ce qui devait en
apparence assurer leur bonne intelligence, fut au contraire la cause
de leur rupture. Antiochus fut alarmé du projet de Sapor; voyant son
crédit et l'état de sa fille fortement compromis s'il s'exécutait, il
prit ses mesures pour y mettre obstacle. Tandis que Sapor pressait
Arsace de le suivre dans l'Assyrie pour y jouir des honneurs qu'il lui
préparait et pour y devenir l'époux de sa fille, Antiochus avisait au
moyen de les rendre irréconciliables. Il parvint à force d'argent à
corrompre un des conseillers de Sapor, qui s'introduit mystérieusement
dans le camp d'Arsace, et lui fait part des prétendues trahisons
que le roi de Perse machinait contre lui, ajoutant qu'elles ne
tarderaient pas d'être mises à exécution, et qu'il ne lui restait que
le temps d'y échapper par la fuite. Arsace récompense cet officieux
conseiller, et, saisi d'une terreur panique, il s'empresse de faire
connaître à ses généraux l'avis important qu'il vient de recevoir.
Ceux-ci, déja impatients de rentrer dans leur patrie, furent tous
d'avis de partir sans différer: on décampe au milieu de la nuit, on
abandonne précipitamment les tentes et la plupart des objets qu'elles
contenaient; on n'emporte que les armes. Arsace était déja bien loin
avant que les Perses s'aperçussent de sa retraite précipitée. Ils
n'en furent avertis qu'au lever de l'aurore; ils durent être étonnés
d'une fuite aussi prompte et que rien ne paraissait motiver. Le
roi, mieux instruit de la faiblesse et de la versatilité d'Arsace,
soupçonna les causes d'une conduite aussi étrange; et, pour ne pas
jeter le trouble dans son armée, il feignit de croire que c'était une
opération concertée entre eux, puis il dépêcha un messager chargé de
rassurer Arsace par les plus grands serments pour l'engager à revenir
et le prémunir contre les faux rapports qui lui avaient été faits.
Les instances de cet envoyé furent inutiles; les terreurs d'Arsace
l'emportèrent encore une fois sur les protestations de Sapor, il
continua sa marche vers ses états, et depuis il n'eut plus aucune
relation d'amitié avec ce prince.
[Note latérale: XVII. [Arsace fait assassiner Vartan envoyé de Sapor.]
[Faust. Byz. Hist. Arm. l. 4. c. 18.