--[L'éloignement et l'exil de Nersès avait été fatal à l'Arménie et à
son roi. Arsace, dirigé jusqu'alors par ce vertueux personnage, était
resté irréprochable. Il n'en devait pas être long-temps ainsi; jeune,
livré à ses passions, et privé du guide qui en avait arrêté l'essor,
Arsace s'y abandonna sans réserve, et bientôt il fut un des princes
les plus vicieux. L'archevêque de Pakrévant[159] lui en fit de vifs
reproches, mais sa voix fut impuissante. Arsace méprisa ses avis, et,
livré tout entier à ses courtisans, il se plongea plus que jamais dans
les débauches et les plaisirs. Ses excès n'eurent plus de bornes, et
pour n'être pas exposé à trouver près de lui des censeurs importuns,
il quitta sa capitale et fixa son séjour dans une vallée délicieuse
située vers les sources méridionales de l'Euphrate[160]. Là, dans un
site enchanteur, il jeta les fondements d'une ville qu'il appela de son
nom _Arschagavan_, c'est-à-dire _la demeure d'Arsace_. Cette ville,
toute consacrée aux plaisirs, devint le théâtre de la licence la plus
effrénée. Arsace n'y reçut que les gens qui partageaient et ses goûts
et ses vices, de sorte qu'elle devint bientôt l'asyle de tout ce qu'il
y avait de criminel en Arménie. L'archevêque de Pakrévant y poursuivit
son roi; il ne fut point épouvanté de tant d'horreurs, il y vint
reprocher à Arsace ses débordements. Son zèle fut encore une fois sans
succès: Arsace, excédé de ses représentations et de ses conseils, le
fit ignominieusement chasser de sa présence.
[Note 159: Ce canton, nommé Bagrandavène par Ptolémée (l. 5, c. 13)
dépendait de la province d'Ararad, et était situé vers les sources de
l'Euphrate méridional, au pied du mont _Nébad_ ou Niphatès. Voyez mes
_Mémoires historiques et géogr. sur l'Arménie_, t. 1, p. 108.--S.-M.]
[Note 160: Cette ville était dans un canton nommé _Gog_ ou
_Gogovid_, dépendant de la province d'Ararad, à l'occident du mont
_Masis_ ou Ararat.--S.-M.]
[Note latérale: XII. [Intrigues à la cour d'Arsace.]
[Faust. Byz. Hist. Arm. l. 4, c. 13 et 15.
Mos. Chor. Hist. Arm. l. 3, c. 22.