Mesrob, Hist. de Ners. c. 1.]]

--[Arsace ne se borna pas à rétablir l'ordre dans l'administration

civile et militaire du royaume; la religion fut aussi l'objet de ses

soins. Depuis la mort de Housig ou Hésychius, dernier rejeton de

saint Grégoire, qui avait occupé le trône patriarchal de l'Arménie,

une horrible corruption s'était répandue dans ce pays; des pontifes

indignes du sacré caractère dont ils étaient revêtus y donnaient

eux-mêmes l'exemple du scandale. Le désordre était universel. Le

patriarche Pharhnerseh vertueux, mais faible, n'avait pu remédier à

de tels maux. Son successeur Sahag[153], non moins respectable que

lui, ne fut pas plus énergique. La foi chrétienne semblait prête à

s'éteindre. Les partisans de l'ancien culte encore assez nombreux et

les sectateurs de la religion persanne, cherchaient à profiter d'un

tel état de choses, pour bannir le christianisme qui était établi

depuis trop peu de temps en Arménie, et qui n'avait pu y jeter de

profondes racines. Il aurait fallu qu'un nouvel apôtre vînt raffermir

l'édifice élevé par saint Grégoire. Au moment où on l'espérait le

moins, cet homme divin parut pour le salut de l'Arménie. On s'occupait

dans une grande assemblée, de choisir un successeur aux pontifes

qui depuis la mort d'Hésychius avaient rempli le trône de saint

Grégoire, quand le bruit se répandit qu'il existait un descendant du

saint patriarche, digne de son aïeul par ses vertus. C'était Nersès

fils d'Athanaginé, fils d'Hésychius. Sa mère Pampisch était sœur du

roi Diran, et par conséquent tante d'Arsace. Élevé dans sa jeunesse

à Césarée de Cappadoce, il avait été ensuite à Constantinople, où

il s'était instruit dans la religion et les lettres des Grecs; il

y avait épousé la fille d'un personnage distingué nommé Appion,

dont il eut un fils unique, Sahag, qui fut dans la suite patriarche

de l'Arménie. Veuf après trois ans de mariage, Nersès, de retour

dans sa patrie, y avait embrassé la profession des armes. Revêtu de

plusieurs dignités militaires, il y joignait celle de chambellan,

dont il exerçait les fonctions auprès de la personne du roi. Il était

encore fort jeune, mais ses vertus éclatantes et sa valeur lui avaient

concilié l'estime universelle. Sa beauté, sa haute taille et son air

majestueux, inspiraient le respect à tous ceux qui l'approchaient. On

n'eut besoin que de prononcer son nom pour diriger vers lui tous les

suffrages, et avec un concert unanime de louanges, on lui décerna le

sceptre patriarchal. _Lui seul sera notre pasteur_, s'écriait-on de

tous les côtés. _Nul autre ne s'assoira sur le trône épiscopal. Dieu

le veut._ Étranger à ce grand mouvement, à tant d'honneurs, il voulut

s'y soustraire. Il essaie d'échapper aux vœux impatients de tout un

peuple. Le roi s'indigne, l'arrête et lui arrachant l'épée royale qu'il

portait comme une marque distinctive de sa dignité, il ordonne de le

revêtir sur-le-champ des habits pontificaux. Un vieil évêque, appelé

Faustus, lui confère aussitôt tous les grades ecclésiastiques, et il

est proclamé patriarche au grand contentement de tous les Arméniens.

Son inauguration eut lieu en l'an 340.

[Note 153: Moïse de Khoren s'est trompé (l. 3, c. 39) en faisant

ce Sahag successeur de Nersès 1er, tandis qu'il fut au contraire son

prédécesseur comme l'atteste Faustus de Byzance (l. 3, c. 17). Le

successeur de Nersès, qui n'est connu que par le même historien (l.

5, c. 29), fut un certain Housig on Hésychius. Il fut remplacé par un

autre Sahag ou Schahag. Comme Faustus était contemporain de ces trois

patriarches, son témoignage doit être irrécusable. Ce qui a pu donner

lieu à l'erreur de Moïse de Khoren, c'est que tous trois ils étaient

de la même famille, de la race d'Albianus, évêque de Manavazakerd,

compagnon de saint Grégoire dans ses travaux apostoliques.--S.-M.]

[Note latérale: VII. [Il est sacré à Césarée.]

[Faust. Byz. Hist. Arm. l. 4, c. 4.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 166 / 331 题