Mos. Chor. Hist. Arm. l. 3, c. 17 et 18.]]

--[Comme dans la suite de cette histoire, la succession des événements

ramènera souvent sur la scène politique le roi Arsace, dont il n'a plus

été question depuis son avénement au trône d'Arménie, en l'an 338,

il faut revenir sur le passé et connaître les révolutions survenues,

après cette époque, dans ce royaume. Quoique les forces de Constance

eussent été suffisantes pour contraindre le roi de Perse à abandonner

l'Arménie, qu'il avait envahie, et quoique ce prince eût consenti à

laisser remonter Arsace sur le trône de ses aïeux; Sapor avait été

cependant assez adroit politique pour se procurer tout l'avantage d'un

traité qui semblait le dépouiller de ses conquêtes. Convaincu qu'il

n'aurait pu rester le maître de l'Arménie, ayant pour adversaires tous

les princes et dynastes du pays, soutenus par les Romains, il prit ses

mesures pour en conserver la possession, sous le nom d'un prince qui

lui serait tout dévoué. En s'obstinant à garder l'Arménie malgré elle,

il aurait été obligé d'y laisser la meilleure partie des troupes dont

il avait besoin pour résister aux Barbares du nord et de l'orient, qui

attiraient toute son attention sur d'autres points de son empire[134].

S'il y plaçait au contraire un prince arsacide, son alliance ou sa

neutralité lui étaient également utiles, puisqu'elles lui procuraient

ou un accroissement de force, ou au moins une barrière pour couvrir une

grande partie de ses états contre les attaques des Romains. Il pouvait

alors, en cas de guerre, borner aux rives du Tigre et de l'Euphrate le

théâtre des hostilités. Sapor avait donc su tirer le meilleur parti

possible des circonstances, en se décidant à rendre la liberté au roi

Diran et en le renvoyant avec honneur dans son royaume, qu'il était

devenu incapable de gouverner. L'élévation d'Arsace, fils de Diran,

dont il sut flatter l'ambition, et qu'il fit déclarer roi au défaut de

son père, rendit inutiles les succès des Romains, et remit pour ainsi

dire l'Arménie au pouvoir des Persans. En restituant ce pays à Arsace,

Sapor acheva de le séduire par les présents et les marques d'amitié

dont il le combla. Il le fit accompagner d'une suite aussi belle que

nombreuse, et il porta les attentions jusqu'à le reconduire lui-même

dans ses états. Toutefois il ne négligea pas pour sa sûreté de prendre

des ôtages, soit du nouveau roi, soit des seigneurs arméniens, dont il

n'était pas moins nécessaire de s'assurer, parce que leur puissance

était aussi considérable que celle du souverain[135]. On concevra sans

peine qu'un prince parvenu au trône par une telle influence ne devait

pas être un allié fort utile pour l'empire. Il resta, il est vrai, en

bonne intelligence avec les Romains; mais c'est que le roi de Perse,

occupé de guerres éloignées, n'avait pas alors besoin de ses services,

car il est certain qu'Arsace était bien plus son allié que celui de

Constance.

[Note 134: La guerre dans laquelle les Persans étaient alors

engagés contre ces peuples, avait été la principale des raisons que

Sapor avait eues pour conclure la paix avec Constance. Voyez ci-devant,

liv. VII, § 18. Moïse de Khoren (lib. 3, c. 19) parle aussi des longues

guerres que le roi de Perse fut obligé de soutenir contre les nations

du nord.--S.-M.]

[Note 135: Un auteur Arménien, qui vivait au milieu du dixième

siècle de notre ère, atteste qu'au temps du roi Arsace il existait en

Arménie cent soixante-dix familles souveraines, dont il donne les noms.

Cet auteur, appelé Mesrob, a écrit une histoire du patriarche Nersès

1er. C'est dans cet ouvrage, imprimé à Madras, dans l'Inde, en 1775,

qu'il rapporte les noms de ces familles (ch. 1, p. 64 et 65). On voit

dans plusieurs endroits de l'histoire d'Arménie écrite, au cinquième

siècle, par Moïse de Khoren, que les différents satrapes et dynastes

arméniens, prenaient une part active au gouvernement. Une lettre

d'Arsace qui s'y trouve (l. 3, c. 29) porte une suscription qui en est

la preuve. On y lit: _Arsace, roi des peuples de la grande Arménie, et

tous les dynastes Arméniens_, etc.--S.-M.]

[Note latérale: III. [Arsace rétablit l'administration intérieure du

royaume.]

[Faust. Byz. Hist. Arm. l. 4, c. 1 et 2.]]

--[Le premier soin d'Arsace fut de réparer les maux que l'Arménie avait

soufferts, par l'occupation persane, pendant la captivité de son père.

Les princes et les chefs de race qui avaient été forcés de s'expatrier

rentrèrent dans la possession de leurs terres et de leurs dignités.

L'administration intérieure du royaume, tant civile que militaire,

fut rétablie conformément aux anciens usages. Les quatre frontières

de l'Arménie furent confiées aux seigneurs qui en avaient toujours eu

la garde sous le titre de _Pétéaschkh_[136], ou commandant militaire.

Des troupes, en nombre suffisant, furent assignées à chacun d'eux. La

direction des affaires civiles et financières fut rendue à la race

des Kénouniens[137] qui en était chargée antérieurement. Tout fut

enfin remis dans l'ancien état. Les princes de la puissante famille

des Mamigoniens, avaient abandonné leur souveraineté, pour éviter le

joug des Perses. Ils s'étaient réfugiés dans les possessions qu'ils

avaient au milieu des montagnes presqu'inaccessibles, qui séparent

l'Arménie de la Colchide et du Pont. Arsace les rappela à sa cour, et

ils retrouvèrent auprès de lui la considération et l'influence dont

ils avaient joui sous les règnes précédents. C'est sur eux qu'il se

déchargea du soin de remettre son armée sur un pied respectable, et

Vasag le plus illustre de ces princes, qui avait élevé son enfance, fut

créé _sparabied_[138] ou connétable. Mais il convient d'entrer dans

quelques détails plus particuliers sur l'origine de cette famille, dont

il sera si souvent question dans la suite de cette histoire.

[Note 136: Cette dignité répondait à celle de _Marzban_ chez les

Perses. Voyez la note ajoutée ci-devant liv. VI, § 14, t. 1, p. 408,

note 2.--S.-M.]

[Note 137: Cette famille descendait, selon Moïse de Khoren (l. 1,

c. 22, et l. 2, c. 7), des enfants de Sennacherib, roi d'Assyrie, qui

selon le livre des Rois (II, c. 19, 37), se réfugièrent en Arménie

après le meurtre de leur père. Le chef de cette famille fut créé

grand échanson, vers l'an 150 avant J.-C., par le roi Vagharschag ou

Valarsace, fondateur de la dynastie arsacide en Arménie. C'est de cette

fonction que vient le nom de _Kenouni_, dont le sens est en arménien

_qui a le vin_.--S.-M.]

[Note 138: Ou selon l'origine de ce mot, _général de la cavalerie_,

_magister equitum_. Voyez, sur l'étymologie de ce mot, mes _Mémoires

hist. et géograph. sur l'Arménie_, t. 1, p. 298, 299 et 300.--S.-M.]

[Note latérale: IV. [Origine de la famille des Mamigoniens.]

[Mos. Chor. Hist. Arm. l. 2, c. 78.]]

--[A l'époque dont il s'agit la race des Mamigoniens, possédait la

souveraineté de la province de Daron. Ce canton était compris dans le

Douroupéran[139], l'une des quinze grandes divisions qui partageaient

l'Arménie. C'était une vaste et fertile plaine située au centre du

royaume, non loin des sources du Tigre, au revers septentrional

des montagnes qui donnent naissance à ce fleuve. Des rivières et

de nombreux ruisseaux la parcourent dans tous les sens; leurs eaux

servent à grossir le principal bras de l'Euphrate, celui que les

anciens connurent plus particulièrement sous le nom d'Arsanias, qui se

reproduit en arménien sous la forme _Aradzani_[140]. Ce pays contenait

plusieurs villes considérables, parmi lesquelles on distinguait celle

de Mousch, qui existe encore. On y trouvait aussi le célèbre monastère

consacré à la mémoire de saint Jean-Baptiste; il avait été élevé par

saint Grégoire l'illuminateur, sur les ruines des temples dédiés aux

anciens dieux de l'Arménie, dans l'antique cité _d'Aschdischad_,

c'est-à-dire _la ville des sacrifices_. C'est là que saint Grégoire

avait prêché l'évangile aux Arméniens encore idolâtres, et qu'il avait

placé une nombreuse colonie de moines grecs et syriens, destinés à

terminer son ouvrage. Ce lieu sous le nom de _Sourp-Garabied_, ou _le

saint précurseur_, est encore révéré de tous les Arméniens qui y vont

en pélerinage[141]. Les Mamigoniens joignaient à la souveraineté de ce

canton, la possession de quelques vallées et de plusieurs forts dans

la province de Daik[142], située au milieu des monts Paryadres, nommés

_Barkhar_ par les Arméniens. Ces domaines éloignés restèrent long-temps

au pouvoir de cette famille, qui les avait encore plusieurs siècles

après.

[Note 139: Pour avoir plus de détails sur ces deux pays, il faut

voir les _Mémoires histor. et géograph. sur l'Arménie_, t. 1, p.

98-102.--S.-M.]

[Note 140: Voyez, sur ce nom, ce que j'ai dit dans le _Journal des

Savants_, année 1820, p. 109.--S.-M.]

[Note 141: Voyez les _Mémoires historiques et géographiques sur

l'Arménie_, t. 1, p. 101.--S.-M.]

[Note 142: Cette province située dans la partie nord-ouest de

l'Arménie, dans les montagnes qui séparent le territoire de Trébizonde,

de celui d'Arzroum, répond au pays des peuples appelés _Taochi_, par

les anciens. Les Géorgiens la nomment encore _Tahoskari_, c'est-à-dire

_la porte de Taho_ ou des _Dahæ_. Voyez les _Mémoires hist. et géogr.

sur l'Arménie_, t. 1, p. 74-78.--S.-M.]

--[La race des Mamigoniens tirait son origine du Djénasdan, pays situé

à l'extrémité orientale de l'Asie, qui est la Chine[143]. Ils étaient

parents des souverains qui y régnaient au commencement du troisième

siècle. Tout porte à croire que Mamgon, leur chef, appartenait à la

dynastie impériale des Han, qui avait occupé pendant plus de quatre

cents ans, le trône de la Chine, et qu'il était l'un des princes de

cette race qui s'enfuirent dans l'Occident pour s'y soustraire à

l'usurpateur, qui s'était emparé du pouvoir et avait fait passer la

couronne dans une autre famille[144]. Mamgon et tous ses partisans

avaient trouvé un asyle en Perse, auprès d'Ardeschir fils de Babek,

fondateur de la dynastie des Sassanides. Mamgon fut traité à sa cour

avec les égards que réclamait son infortune, et Ardeschir avait juré

par la lumière du soleil de le protéger contre tous ses ennemis.

L'empereur de la Chine demanda bientôt après, l'extradition du fugitif

et de ses adhérents; mais le prince sassanide, lié par son serment,

n'osa violer l'hospitalité qu'il leur avait accordée. Une guerre

semblait imminente entre les deux empires, quand Ardeschir mourut[145].

Son fils Sapor 1er, alors aux prises avec les Romains, et mal affermi

sur un trône dont l'existence toute récente était menacée de tous les

côtés, craignit d'embrasser hautement la défense des réfugiés chinois.

Les nombreux descendants des Arsacides, qui existaient encore en

Perse et qui brûlaient de ressaisir le sceptre qu'ils avaient perdu,

et les princes du même sang qui régnaient dans la Bactriane et dans

l'Indo-scythie lui donnaient de trop vives inquiétudes. S'ils eussent

été soutenus par les Chinois, dont la puissance s'étendait alors

dans le centre de l'Asie, assez près des frontières orientales de la

Perse[146], la partie n'aurait pas été égale, surtout dans un moment

où, pour conserver la possession de l'Arménie, Sapor était obligé de

résister aux Romains, qui voulaient rétablir dans ce royaume l'Arsacide

Tiridate, qui en avait été dépouillé par Ardeschir. Pour satisfaire le

monarque chinois, sans outrager la mémoire de son père, en retirant à

Mamgon la protection que ce prince lui avait assurée, il engagea le

fugitif à s'éloigner de la Perse et à diriger ses pas vers l'Arménie.

«Je l'ai chassé de mes états, répondit-il aux ambassadeurs chinois,

je l'ai relégué à l'extrémité de la terre, aux lieux où le soleil se

couche; c'est l'avoir envoyé à une mort certaine.»

[Note 143: Dans une _Dissertation sur l'origine de la famille

des Orpélians et de plusieurs autres colonies chinoises établies en

Arménie et en Georgie_, insérée dans le tome second de mes _Mémoires

historiques et géographiques sur l'Arménie_, j'ai rassemblé toutes les

raisons qui me semblent démontrer l'identité de ces deux pays.--S.-M.]

[Note 144: La dynastie qui chassa les _Han_, portait le nom de

_'Weï_.--S.-M.]

[Note 145: Ce prince mourut vers l'an 240 de J.-C.--S.-M.]

[Note 146: Dans le siècle précédent le général chinois _Pan-tchao_,

gouverneur général de l'Asie centrale, pour l'empereur des _Han_, avait

porté ses armes jusqu'au bord de la mer Caspienne, et on avait agité

dans son camp la question de savoir si on passerait cette mer, pour

pénétrer dans le _Ta-thsin_ ou l'empire romain.--S.-M.]

[Note latérale: V. [Son histoire.]

[Faust. Byz. Hist. Arm. l. 4, c. 2.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 164 / 331 题