Till. Arian. art. 67.]

Il fut témoin de l'attachement des Romains pour le pape Libérius, et

de leur aversion pour Félix. On regardait celui-ci comme un intrus:

on disputait à son clergé tous les priviléges ecclésiastiques; et

sur la fin de l'année l'empereur fut obligé de les confirmer par

deux lois, dont l'une est adressée à Félix. Avant son départ de Rome,

il reçut à ce sujet une députation tout-à-fait extraordinaire. Les

femmes des magistrats et des citoyens les plus distingués, ayant

concerté ensemble, pressèrent leurs maris de se réunir pour demander

à l'empereur le retour de Libérius; elles les menaçaient de les

abandonner, s'ils ne l'obtenaient, et d'aller trouver leur évêque

dans son exil. Les maris s'en excusèrent sur la crainte d'offenser

l'empereur, qui regarderait cette démarche comme l'effet d'une

cabale séditieuse: _Chargez-vous vous-mêmes de cette requête_, leur

dirent-ils; _s'il vous refuse, du moins ne vous en arrivera-t-il aucun

mal_. Elles suivirent ce conseil; et s'étant parées de leurs plus beaux

habits, elles vont se jeter aux pieds de l'empereur, et le supplient

d'avoir pitié de Rome privée de son pasteur et livrée à des loups

ravissants. Constance leur ayant répondu qu'elles avaient un vrai

pasteur dans la personne de Félix, elles jettent de grands cris, et ne

témoignent que de l'horreur pour ce faux prélat. Le prince promet de

les satisfaire; il expédie aussitôt des lettres de rappel en faveur de

Libérius, à condition qu'il gouvernera l'église de Rome conjointement

avec Félix; et pour calmer le peuple, on fait dans le cirque la lecture

de ces lettres. Le peuple s'en moque; il s'écrie que rien n'est mieux

imaginé; qu'apparemment comme il y a dans le cirque deux factions

distinguées par les couleurs, on veut qu'elles aient chacune leur

évêque. Enfin toutes les voix se réunissent pour crier: _Un Dieu, un

Christ, un évêque_. Constance, confus de ces clameurs, tint conseil

avec les prélats qui suivaient la cour, et consentit à rétablir

Libérius, pourvu qu'il voulût se réunir de sentiment avec eux.

[Note latérale: XXXII. Affaires de l'église.

Ath. ad monach. t. 1, p. 368; de fuga, p. 322 et 323, et epist. ad

episc. c. 6, p. 276.

Hilar. de synod. p. 1151, 1155 et 1201, et in Const. p. 1237-1260.

Hieron. de script. eccl. c. 97, t. 2, p. 918.

Rufin. l. 10, c. 27.

S. Aug. l. 1, contra Parmen. c. 4, 5, 8, t. 9, p. 15-19.

Sulp. Sev. l. 2, c. 56.

Socr. l. 2, c. 30 et 31.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 148 / 331 题