Il fut témoin de l'attachement des Romains pour le pape Libérius, et
de leur aversion pour Félix. On regardait celui-ci comme un intrus:
on disputait à son clergé tous les priviléges ecclésiastiques; et
sur la fin de l'année l'empereur fut obligé de les confirmer par
deux lois, dont l'une est adressée à Félix. Avant son départ de Rome,
il reçut à ce sujet une députation tout-à-fait extraordinaire. Les
femmes des magistrats et des citoyens les plus distingués, ayant
concerté ensemble, pressèrent leurs maris de se réunir pour demander
à l'empereur le retour de Libérius; elles les menaçaient de les
abandonner, s'ils ne l'obtenaient, et d'aller trouver leur évêque
dans son exil. Les maris s'en excusèrent sur la crainte d'offenser
l'empereur, qui regarderait cette démarche comme l'effet d'une
cabale séditieuse: _Chargez-vous vous-mêmes de cette requête_, leur
dirent-ils; _s'il vous refuse, du moins ne vous en arrivera-t-il aucun
mal_. Elles suivirent ce conseil; et s'étant parées de leurs plus beaux
habits, elles vont se jeter aux pieds de l'empereur, et le supplient
d'avoir pitié de Rome privée de son pasteur et livrée à des loups
ravissants. Constance leur ayant répondu qu'elles avaient un vrai
pasteur dans la personne de Félix, elles jettent de grands cris, et ne
témoignent que de l'horreur pour ce faux prélat. Le prince promet de
les satisfaire; il expédie aussitôt des lettres de rappel en faveur de
Libérius, à condition qu'il gouvernera l'église de Rome conjointement
avec Félix; et pour calmer le peuple, on fait dans le cirque la lecture
de ces lettres. Le peuple s'en moque; il s'écrie que rien n'est mieux
imaginé; qu'apparemment comme il y a dans le cirque deux factions
distinguées par les couleurs, on veut qu'elles aient chacune leur
évêque. Enfin toutes les voix se réunissent pour crier: _Un Dieu, un
Christ, un évêque_. Constance, confus de ces clameurs, tint conseil
avec les prélats qui suivaient la cour, et consentit à rétablir
Libérius, pourvu qu'il voulût se réunir de sentiment avec eux.
[Note latérale: XXXII. Affaires de l'église.
Ath. ad monach. t. 1, p. 368; de fuga, p. 322 et 323, et epist. ad
episc. c. 6, p. 276.
Hilar. de synod. p. 1151, 1155 et 1201, et in Const. p. 1237-1260.
Hieron. de script. eccl. c. 97, t. 2, p. 918.
Rufin. l. 10, c. 27.
S. Aug. l. 1, contra Parmen. c. 4, 5, 8, t. 9, p. 15-19.
Sulp. Sev. l. 2, c. 56.
Socr. l. 2, c. 30 et 31.