L'empereur aurait fort désiré de s'arrêter plus long-temps dans une
ville où la majesté romaine respirait encore, du moins dans les
édifices; mais le bruit des incursions des Barbares l'obligeait de se
rapprocher des frontières. Les Suèves couraient la Rhétie; les Quades,
la Valérie; les Sarmates exercés au brigandage ravageaient la Mésie
supérieure et la seconde Pannonie; en Orient, les Perses envoyaient
sans cesse des partis qui, voltigeant çà et là, enlevaient les hommes
et les troupeaux. Les garnisons romaines étaient continuellement en
alerte, soit pour empêcher leurs pillages, soit pour leur enlever le
butin. Musonianus, préfet du prétoire, de concert avec Cassianus, duc
de la Mésopotamie, homme de service et d'expérience, entretenait des
espions qui lui donnaient avis de tous les projets des ennemis. Il
apprit par leur moyen, que Sapor était engagé dans une guerre difficile
et sanglante contre les Chionites, les Eusènes et les Gélanes[97],
peuples barbares voisins de ses états. Il crut la conjoncture favorable
pour déterminer ce prince à traiter avec l'empereur. Dans cette
pensée il envoie à Tamsapor[98], général des Perses cantonnés sur la
frontière, des officiers déguisés, qui, dans des entrevues secrètes,
lui persuadèrent d'écrire à son maître, et de le porter à la paix.
Tamsapor se chargea de la proposition; mais comme Sapor était occupé à
l'autre extrémité de la Perse, sa réponse ne vint que l'année suivante.
Ces diverses alarmes contraignirent Constance de quitter Rome le 29
mai, trente et un jours après son arrivée.
[Note 97: J'ignore quels étaient les deux premiers de ces peuples.
Pour les Gélanes, ils doivent être les Gilaniens des modernes, qui
occupent le Gilan, province au sud-ouest de la mer Caspienne. Ils
étaient déja appelés _Gelæ_ par les anciens. Il serait cependant
possible que les Chionites fussent les mêmes que les Huns. Ces peuples
étaient déja puissants, et on voit par les auteurs arméniens qu'ils
faisaient à cette époque des invasions en Asie. Ils avaient souvent la
guerre avec les Perses. Leur nom ne se prononçait peut-être pas de la
même façon en Orient que dans l'Occident, ce qui nous empêcherait de le
reconnaître.--S.-M.]
[Note 98: Le nom de ce personnage est en persan
Tenschahpour.--S.-M.]
[Note latérale: XXXI. Les dames romaines demandent le retour de
Libérius.
Theod. l. 2, c. 17.
Soz. l. 4, c. 11.
Cod. Th. lib. 16; tit. 2, leg. 13 et 14.