Amm. l. 16, c. 4, 7, et 8.]

Marcellus, quoiqu'il ne fût pas éloigné de Julien, ne s'était pas mis

en peine de le secourir dans un péril si pressant. Il avait cru sans

doute suivre les intentions de Constance. Mais il est dangereux de se

prêter aux vues de l'injustice: comme elle dégrade ceux qui la servent,

elle en prend droit de les mépriser; et souvent pour se disculper,

elle se fait honneur de les punir. D'ailleurs Constance voulait

tenir Julien dans l'abaissement, mais il ne voulait pas le perdre. La

conduite du général excitait les murmures; l'empereur le sacrifia sans

regret à la haine publique: il lui ôta le commandement, et lui donna

ordre de se retirer sur ses terres. Marcellus prit cependant le parti

de venir à la cour, dans l'espérance de se justifier en chargeant

Julien: il comptait sur la faveur que la calomnie trouvait auprès du

prince. Mais le César se doutant de son dessein, fit partir en même

temps son chambellan Euthérius, et lui confia le soin de le défendre.

Marcellus qui ne savait rien de cette précaution, arrive à Milan, et

se plaint hautement de sa disgrace: il était impétueux et fanfaron. Il

se fait introduire au conseil; il déclame contre Julien avec beaucoup

de chaleur: c'était, disait-il, un jeune téméraire, un ambitieux qui

prenait l'essor au point de ne plus reconnaitre de supérieur. Après

une invective fort animée à laquelle il n'attendait pas de réponse,

il est surpris de voir paraître Euthérius, qui de sang-froid et d'un

ton modeste réfute en peu de mots tous ses mensonges, développe ses

indignes manœuvres, rend un compte exact de ce qui s'est passé au

siége de Sens, et répond sur sa tête de la fidélité inviolable de son

maître. Marcellus confondu se retira à Sardique sa patrie. Le vertueux

Euthérius soutenait à la cour de Julien le rôle qu'il avait fait

inutilement dans celle de Constant. Sobre, uniforme dans sa conduite,

à l'épreuve de tout intérêt, fidèle et d'un secret impénétrable, il

ne profitait de sa faveur que pour inspirer les mêmes vertus au jeune

prince. Il s'efforçait de corriger par ses sages conseils ce que

l'éducation asiatique avait laissé de léger et de frivole dans le

caractère de Julien. Aussi ce rare courtisan eut-il un bonheur presque

inconnu aux favoris: sa considération survécut à son maître; il ne

fut pas obligé dans sa vieillesse d'aller cacher dans une retraite

voluptueuse des richesses odieuses et injustement acquises. Il passa

ses dernières années à Rome, jouissant du repos d'une bonne conscience,

chéri et honoré de tous les ordres de l'état.

[Note latérale: XXIV. Etat de la cour de Constance.

Amm. l. 13, c. 6 et 8.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 140 / 331 题