Marcellus, quoiqu'il ne fût pas éloigné de Julien, ne s'était pas mis
en peine de le secourir dans un péril si pressant. Il avait cru sans
doute suivre les intentions de Constance. Mais il est dangereux de se
prêter aux vues de l'injustice: comme elle dégrade ceux qui la servent,
elle en prend droit de les mépriser; et souvent pour se disculper,
elle se fait honneur de les punir. D'ailleurs Constance voulait
tenir Julien dans l'abaissement, mais il ne voulait pas le perdre. La
conduite du général excitait les murmures; l'empereur le sacrifia sans
regret à la haine publique: il lui ôta le commandement, et lui donna
ordre de se retirer sur ses terres. Marcellus prit cependant le parti
de venir à la cour, dans l'espérance de se justifier en chargeant
Julien: il comptait sur la faveur que la calomnie trouvait auprès du
prince. Mais le César se doutant de son dessein, fit partir en même
temps son chambellan Euthérius, et lui confia le soin de le défendre.
Marcellus qui ne savait rien de cette précaution, arrive à Milan, et
se plaint hautement de sa disgrace: il était impétueux et fanfaron. Il
se fait introduire au conseil; il déclame contre Julien avec beaucoup
de chaleur: c'était, disait-il, un jeune téméraire, un ambitieux qui
prenait l'essor au point de ne plus reconnaitre de supérieur. Après
une invective fort animée à laquelle il n'attendait pas de réponse,
il est surpris de voir paraître Euthérius, qui de sang-froid et d'un
ton modeste réfute en peu de mots tous ses mensonges, développe ses
indignes manœuvres, rend un compte exact de ce qui s'est passé au
siége de Sens, et répond sur sa tête de la fidélité inviolable de son
maître. Marcellus confondu se retira à Sardique sa patrie. Le vertueux
Euthérius soutenait à la cour de Julien le rôle qu'il avait fait
inutilement dans celle de Constant. Sobre, uniforme dans sa conduite,
à l'épreuve de tout intérêt, fidèle et d'un secret impénétrable, il
ne profitait de sa faveur que pour inspirer les mêmes vertus au jeune
prince. Il s'efforçait de corriger par ses sages conseils ce que
l'éducation asiatique avait laissé de léger et de frivole dans le
caractère de Julien. Aussi ce rare courtisan eut-il un bonheur presque
inconnu aux favoris: sa considération survécut à son maître; il ne
fut pas obligé dans sa vieillesse d'aller cacher dans une retraite
voluptueuse des richesses odieuses et injustement acquises. Il passa
ses dernières années à Rome, jouissant du repos d'une bonne conscience,
chéri et honoré de tous les ordres de l'état.
[Note latérale: XXIV. Etat de la cour de Constance.
Amm. l. 13, c. 6 et 8.