Ce ne fut pas pour lui un temps de repos. Il n'avait pas affaire à des
ennemis rassemblés en un corps, qui fixassent toutes ses vues sur un
seul objet. C'étaient des essaims de Barbares, tantôt séparés, tantôt
réunis, qu'il était difficile de vaincre, difficile même d'atteindre,
les uns en-deçà du Rhin, les autres au-delà, mais toujours prêts à
franchir cette barrière, et qui partageaient son esprit en autant de
soins, qu'ils occupaient de territoires, et que le Rhin offrait de
passages. Il s'agissait d'écarter tous ces nuages, de ramener dans
les postes exposés les garnisons que la terreur avait dispersées, de
pourvoir dans des pays ruinés aux subsistances d'une armée toujours
en mouvement, et dont les marches ne pouvaient être réglées que sur
les courses imprévues des ennemis. Il venait d'être associé pour la
seconde fois à Constance dans le consulat. Pendant qu'il prenait des
mesures pour la campagne prochaine, une multitude de Barbares vint
l'assiéger dans la ville de Sens. Ils se flattaient d'autant plus de
réussir, qu'ils savaient que le manque de vivres l'avait obligé de
séparer une partie de ses meilleurs corps, et de les distribuer en
divers quartiers. Julien fit fortifier les endroits faibles de la
ville; toujours la cuirasse sur le dos, il se montrait jour et nuit
sur les remparts; il brûlait d'impatience d'en venir aux mains, mais
il était retenu par la considération du petit nombre de ses troupes.
Enfin après trente jours de siége, les Barbares aussi peu constants
dans l'exécution que prompts à entreprendre, perdirent courage et se
retirèrent.
[Note latérale: XXIII. Disgrace de Marcellus.
[Julian. ad Athen. p. 278, ed. Spanh.]