D'un autre côté, Musonianus[31] envoyé en Orient avec la qualité de
préfet du prétoire, punissait à Antioche le massacre de Domitien et de
Montius. Libanius dit que Constance lui avait expressément recommandé
d'user de la plus grande douceur, et que le préfet fut fidèle à suivre
cet ordre. On peut douter du premier de ces faits, parce qu'on est
certain de la fausseté de l'autre. Musonianus était un politique, qui
dans les commencements de sa fortune avait montré beaucoup de douceur
et d'humanité: il s'était fait aimer dans le gouvernement de l'Achaïe.
Mais au fond c'était une ame vénale et injuste; il se démasqua dans
l'occasion présente où l'iniquité pouvait l'enrichir. Les vrais auteurs
du massacre laissèrent entre ses mains leur patrimoine, et furent
renvoyés absous. Il condamna en leur place de pauvres citoyens, dont
plusieurs, loin d'avoir eu part à la sédition, n'étaient pas même alors
dans la ville. Prosper qui commandait les troupes comme lieutenant
d'Ursicin, lâche guerrier, mais hardi ravisseur, partageait ces
dépouilles avec le préfet. Tandis que ces deux officiers s'entendaient
pour piller l'Orient, il était encore désolé par les incursions que
les Perses faisaient impunément tantôt en Arménie[32], tantôt en
Mésopotamie. La poursuite des partisans de Gallus fut de longue durée:
la faveur de ce prince continua de servir de prétexte contre ceux qu'on
voulait perdre; et quelques années après ce fut une des causes qui
firent exiler Eudoxe, alors évêque d'Antioche[33], et l'impie Aëtius,
qui à l'égard de Gallus n'était peut-être coupable que de l'avoir
confirmé dans l'hérésie.
[Note 31: Cet officier portait aussi le nom de Stratégius.--S.-M.]
[Note 32: Le roi d'Arménie Arsace était alors en guerre avec Sapor.
Voyez les additions, livre X, § 2-23.--S.-M.]
[Note 33: Ce prélat fut envoyé dans l'Arménie, qui était sa
patrie.--S.-M.]
[Note latérale: AN 355.