Till. not. 31.]

Aveuglé par ces discours trompeurs, le César part d'Antioche. Quand il

fut arrivé à Constantinople, il avait si bien perdu de vue le péril où

il allait se précipiter, qu'il s'amusa à faire courir les chars dans

le cirque, et à couronner de sa main le cocher victorieux. Quoique

Constance fût bien aise d'avoir réussi à endormir Gallus; cependant

cette grande sécurité le blessa, comme une marque de mépris ou d'une

confiance fondée peut-être sur des intrigues secrètes. Pour en prévenir

les effets, il fait retirer tout ce qu'il y avait de troupes dans

les villes par où devait passer Gallus. Personne, excepté ce jeune

prince, n'ignorait que sa perte était assurée; et Taurus, qui allait en

Arménie pour y faire la fonction de questeur, passa par Constantinople

sans lui rendre visite. L'empereur lui envoya plusieurs officiers, en

apparence pour remplir les charges de sa maison, mais en effet pour

éclairer ses actions et s'assurer de sa personne: c'étaient Léontius

avec le titre de trésorier[25], Lucillianus avec celui de comte des

domestiques, et Bainobaude en qualité de capitaine des gardes[26].

Gallus étant arrivé à Andrinople, s'y reposa pendant douze jours. Il

y apprit que les légions thébéennes[27], cantonnées dans les villes

voisines, lui avaient envoyé des exprès pour lui offrir leur service,

s'il voulait rester en Thrace. Mais il ne put jamais se dérober à

ses surveillants, pour voir et entretenir leurs députés. Des ordres

pressants et multipliés de la part de Constance, l'obligèrent à se

mettre en chemin, sans autre équipage que dix chariots publics. Il lui

fallut laisser à Andrinople toute sa maison, excepté les domestiques

les plus nécessaires. Alors abattu de tristesse et de fatigue, pressé

sans respect par les muletiers mêmes, il commença à se reprocher sa

téméraire crédulité, qui le réduisait à la merci des plus vils esclaves

de Constance. Les plus funestes pensées troublaient jour et nuit son

repos: il voyait pendant son sommeil les images sanglantes de Domitien,

de Montius et de tant d'autres, qui l'accablaient de reproches.

Soupirant sans cesse, et se regardant comme une victime qu'on traînait

à la mort, il arriva à Pettau [_Petobio_] dans le Norique[28]. Ce fut

là que tout déguisement cessa. Barbation qui avait lui-même servi

Gallus, et Apodémius agent de l'empereur, parurent à la tête d'une

troupe de soldats, que Constance avait choisis comme les plus dévoués à

ses ordres, et les moins capables de se laisser ni gagner par argent,

ni attendrir par les larmes. Le palais était à l'extrémité de la ville;

les soldats se saisirent des dehors. Sur le soir, Barbation étant

entré dépouille le prince de la pourpre; il le couvre d'une tunique

et d'une casaque ordinaire, lui jurant plusieurs fois, comme de la

part de l'empereur, qu'il n'avait rien à craindre pour sa vie. Selon

Philostorge, ardent panégyriste des Ariens, l'Indien Théophile entre

les mains duquel les deux princes s'étaient juré une amitié inviolable,

et qui accompagnait Gallus, s'opposa avec courage à ce traitement

injurieux. Si le fait est véritable, la résistance fut inutile:

Théophile n'y gagna que la disgrace et l'exil.

[Note 25: _Quæstor._ Il fut préfet de Rome l'année suivante.--S.-M.]

[Note 26: _Scutariorum tribunus._--S.-M.]

[Note 27: Ces légions avaient été formées en Égypte par Dioclétien,

avec les levées faites dans la Thébaïde, après la longue et sanglante

révolte de cette province. On voit par la Notice de l'empire, qu'il y

avait trois légions thébéennes.--S.-M.]

[Note 28: Ville de la Styrie sur la Drave.--S.-M.]

[Note latérale: ΧΧVIIΙ. Mort de Gallus.

Amm. l. 14, c. 11.

[Jul. ad Athen. p. 272.]

Liban. or. 10, t. 2, p. 266.

Hier. Chron.

Idat. chron.

Socr. l. 2, c. 34.

Soz. l. 4, c. 7.

Philost. l. 4, c. 1.

Acta. Artemii.

[Chron. Alex vel Pasch. p. 293.

Theoph. p. 34.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 91 / 331 题