Ces cruautés irritaient Constance. Persuadé que ce prince travaillait
à se rendre indépendant, il crut n'avoir pas de temps à perdre pour le
prévenir. Quelques auteurs accusent en effet Gallus d'avoir dès lors
formé ce dessein; d'autres avec plus de vraisemblance le justifient de
cette imputation: ils prétendent que c'était une calomnie inventée par
les eunuques, concertée avec Dynamius et Picentius, hommes de néant,
mais intrigants et ambitieux, et soutenue par Lampadius préfet du
prétoire, qui cherchait à quelque prix que ce fût à se rendre maître
de l'esprit de l'empereur. Julien dit que Constance abandonna son
beau-frère à l'eunuque Eusèbe, son chambellan, et au maître de ses
cuisines. Je suis porté à croire, suivant le récit d'Ammien Marcellin,
que ce jeune prince, plus imprudent et plus féroce que politique et
ambitieux, n'avait pas encore conçu ce dessein quand il en fut accusé;
et que ce fut cette accusation même qui lui en fit naître une idée
passagère, lorsqu'il se vit dans la nécessité d'exposer sa vie ou de
se soustraire à l'obéissance. Quoi qu'il en soit, Constance fut si
frappé de ce prétendu attentat, qu'il se croyait à peine en sûreté
au milieu de sa cour: il tenait de fréquents conseils, mais toujours
la nuit, dans le plus grand secret, avec ses confidents les plus
intimes. Il s'agissait de décider si l'on ferait périr Gallus dans
l'Orient même, ou si on l'attirerait en Italie, pour s'en défaire sans
obstacle. On s'en tint au dernier parti, parce qu'il demandait moins
d'éclat et de forces, et que s'il ne réussissait pas, il laissait
encore la ressource de l'autre. Il fut donc arrêté que l'empereur,
par des lettres pleines de douceur et d'amitié, presserait Gallus de
venir à Milan pour traiter avec lui d'une affaire importante, qui
demandait sa présence. Mais les adversaires d'Ursicin, entre autres
Arbétion, qui de simple soldat était devenu général de la cavalerie en
Occident, homme jaloux et ardent à nuire, et l'eunuque Eusèbe encore
plus méchant, représentèrent _que faire venir Gallus sans rappeler
Ursicin, c'était laisser en Orient un ennemi beaucoup plus dangereux et
plus capable d'y causer une révolution; que cet audacieux serait appuyé
de deux fils adorés des troupes pour leur bonne mine et leur adresse
dans les exercices militaires; que Gallus, quelque farouche qu'il fût
par caractère, ne se serait jamais porté à de si coupables excès, s'il
n'y eût été poussé par des traîtres qui abusaient de sa jeunesse, à
dessein d'attirer sur lui l'exécration publique, et de faciliter à
Ursicin et à ses enfants l'exécution de leurs projets_. Ces discours
envenimés trouvaient crédit dans l'esprit de l'empereur. Il mande
Ursicin en termes très-honorables, sous prétexte de vouloir concerter
avec lui les mesures à prendre contre les Perses qui menaçaient de la
guerre: et pour lui ôter tout soupçon, il envoie en Orient le comte
Prosper, chargé de le remplacer jusqu'à son retour, avec le titre de
son lieutenant. Ce général, qui n'avait jamais formé d'autre projet que
celui d'être fidèle à son maître, obéit sans délai et part pour Milan.
[Note latérale: XXV. Mort de Constantine.
Amm. l. 14, c. 11; et l. 21, c. 1.
Jul. ad Ath. p. 272.
Philost. l. 4, c. 1.
Acta Artemii.