Till. not. 29.]

L'empereur, instruit de ces désordres, avait déja invité Gallus

à se rendre auprès de lui. Mais comme le César ne paraissait pas

disposé à quitter l'Orient, Constance prit le parti de lui enlever

adroitement les troupes, qui pouvaient dans l'occasion appuyer sa

désobéissance. Il lui écrivit qu'il craignait pour lui les complots

d'une soldatesque oisive, et il lui conseilla de ne conserver que les

soldats de sa garde. Thalassius venait de mourir: pour lui succéder

dans la fonction de préfet, l'empereur envoya Domitien. Celui-ci, fils

d'un artisan, était parvenu à la charge d'intendant des finances. Il

était déja avancé en âge; estimable par son désintéressement et par

sa fidélité, mais dur et incapable d'aucun ménagement. Constance le

chargea d'engager avec douceur Gallus à venir à la cour. Il ne pouvait

plus mal choisir pour une commission si délicate. Le préfet, arrivé

à Antioche, au lieu de rendre visite au César, comme il était de son

devoir, affecte de passer devant le palais avec un nombreux et bruyant

cortége, et va droit au prétoire. Il s'y tient enfermé sous prétexte

d'indisposition, et passe les jours et les nuits à composer contre

Gallus des mémoires remplis de détails même inutiles, qu'il envoye à la

cour. Enfin pressé par les fréquentes invitations de Gallus, il vient

au palais; mais dès qu'il aperçoit le prince: _César_, lui dit-il sans

autre compliment, _partez comme on vous l'ordonne; et sachez que si

vous différez, je vous ferai incessamment retrancher les vivres, à vous

et à votre maison_. Après un début si peu ménagé, il sort brusquement

et ne revient plus, quoiqu'il soit plusieurs fois mandé. Gallus, irrité

de cette audace, ordonne à quelques-uns de ses gardes de s'assurer de

la personne du préfet. Montius Magnus, trésorier de la province, qui

cherchait à calmer les esprits, s'adresse aux principaux officiers de

Gallus; il leur représente d'abord les tristes conséquences qui peuvent

naître de cette animosité: mais prenant ensuite un ton de réprimande,

_Si vous entreprenez d'ôter la vie à un préfet du prétoire_, leur

dit-il, _commencez donc par abattre les statues de l'empereur._ Gallus

est informé de ce discours; et afin de pousser à bout Montius, il le

fait venir; il lui déclare qu'il va faire le procès à Domitien, et

qu'il le choisit lui-même pour l'assister dans cette procédure. Alors

le trésorier s'échappe au point de lui dire, qu'un César n'est pas

le maître d'établir un simple receveur dans une ville, loin d'avoir

l'autorité de faire mourir un des premiers officiers de l'empire. Le

prince piqué au vif de cette répartie, aigri encore par l'impérieuse

Constantine, qui lui représentait qu'il était perdu sans ressource,

s'il ne perdait ces téméraires, fait appeler tout ce qu'il avait de

gens de guerre à Antioche; et les voyant devant lui tout alarmés: _A

moi, soldats_, s'écria-t-il avec une rage indécente, _sauvez-moi,

sauvez-vous vous-mêmes; l'orgueilleux Montius nous accuse de révolte

contre l'empereur, parce que je veux ranger à son devoir un préfet

insolent qui ose me méconnaître_. A ces mots, les soldats courent à la

maison de Montius. C'était un vieillard infirme; ils le garrottent et

le traînent par les pieds jusqu'à la demeure du préfet. Ils précipitent

Domitien au bas des degrés, l'attachent avec Montius, et les traînent

tous deux ensemble par les rues et par les places de la ville. Ces

forcenés étaient animés par un receveur d'Antioche, nommé Luscus, qui

courant devant eux les excitait à grands cris. Enfin ils jettent dans

l'Oronte les deux corps, tellement meurtris et brisés, qu'on ne pouvait

plus les distinguer l'un de l'autre. L'évêque les fit retirer du

fleuve, et leur donna la sépulture.

[Note latérale: XXI. Poursuite des prétendus conjurés.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 84 / 331 题