Les excès de Gallus n'étaient pas seulement l'effet d'une simplicité
grossière, comme Julien le voudrait faire entendre; on y découvre les
traits d'une malice réfléchie. Un jour qu'il partait pour Hiérapolis,
le peuple d'Antioche, se jetant à ses pieds, le suppliait de ne pas
quitter la ville, sans avoir pris des mesures pour prévenir la famine,
dont on sentait déja les approches. Gallus se contenta de leur dire en
montrant Théophile, gouverneur de Syrie, qui se trouvait auprès de
lui: _Je vous laisse celui-ci; il ne tiendra qu'à lui qu'aucun de vous
ne manque de pain_. Ces paroles furent pour Théophile un arrêt de mort.
C'était un homme de bien, dont Gallus voulait sans doute se défaire.
Quelques jours après, la disette s'étant fait sentir dans la ville,
il s'éleva une querelle dans les jeux du cirque, ce qui était fort
ordinaire. Quatre ou cinq misérables de la lie du peuple en prennent
occasion de se jeter sur Théophile: il est assommé de coups, foulé
aux pieds, traîné par les rues. La populace furieuse court en même
temps à la maison d'Eubulus, l'un des premiers magistrats: ses grandes
richesses étaient un crime impardonnable aux yeux d'une multitude
affamée. Il se sauve avec son fils à travers une grêle de pierres,
et va se cacher dans les montagnes voisines: on réduit en cendres sa
maison qui égalait en magnificence les palais des princes. L'indulgence
de Gallus en faveur d'un homme justement odieux, augmenta encore le
mécontentement. Sérénianus, duc de la Phénicie, avait par lâcheté
abandonné une partie de la province aux ravages des Sarrasins. Il fut
juridiquement accusé de crime de lèse-majesté. On le convainquit même
d'avoir consulté un oracle pour savoir s'il pourrait se rendre maître
de l'empire. Il fut absous malgré l'indignation publique.
[Note latérale: XX. Massacres de Domitien et de Montius.
Amm. l. 14, c. 7.
[Jul. ad Athen. p. 272.